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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2300129

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2300129

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2300129
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLOUISA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 10 et 27 janvier ainsi que le 10 mars 2023, Mme A E C, représentée par Me Louisa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, à titre principal, de renouveler son titre de séjour " raison de santé " ou de lui délivrer un titre " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est entaché de vices de procédure dès lors que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'a pas émis d'avis d'une part et dès lors qu'il méconnait le principe de contradictoire d'autre part ;

- il est également entaché d'un vice de procédure en l'absence de l'avis préalable de la commission du titre de séjour ;

Sur la décision rejetant sa demande de renouvellement de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une inexacte application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de l'ancienneté de son séjour et de son insertion professionnelle ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour qui la fonde ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de l'ancienneté de son séjour et de son insertion professionnelle ;

Sur la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la désignation du pays de destination :

- elle méconnait l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 mai 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, modifiée.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Geismar a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A E C, ressortissante ivoirienne née le 14 décembre 1982, a déclaré être entrée en France le 14 mars 2012 et y séjourner depuis. Elle a obtenu deux titres de séjour valables jusqu'au 28 avril 2020. Elle a sollicité, le 23 août 2021, un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 12 décembre 2022, dont Mme C demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours.

Sur l'arrêté dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par M. D B, sous-préfet de Palaiseau, qui, par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA- 129 du 23 août 2022 publié le jour même au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de l'Essonne, accessible en ligne, a reçu délégation de signature à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 8 décembre 2021 est signé des trois médecins ayant siégé. Ainsi, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté serait entaché d'un vice de procédure en raison de l'inexistence de cet avis ou de la signature de leurs auteurs.

4. En outre, le préfet n'avait pas l'obligation, alors que l'arrêté litigieux répond à une demande motivée de la requérante, d'informer préalablement l'intéressée de son intention de refuser le titre sollicité et de l'inviter à présenter ses observations. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire, qui est inopérant, doit donc être écarté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Mme C a été médicalement suivie en raison d'un cancer du sein traité par une mastectomie et un traitement hormonal de 2014 à 2018. Pour refuser le titre de séjour demandé, le préfet s'est notamment fondé sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 8 décembre 2021 qui a estimé que si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Or, les pièces médicales qu'elle produit sont principalement antérieures à 2020. Et les documents postérieurs, soit un certificat médical attestant qu'elle a été traitée de juin 2014 à mai 2019, et que son état de santé " nécessite une surveillance régulière avec des bilans sanguins et une imagerie pour une durée indéterminée " ainsi qu'un compte rendu de consultation du 20 décembre 2022 qui mentionne que " son bilan sanguin est tout à fait normal " en prévoyant une consultation de suivi en juin 2023, ne permettent pas d'établir que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut serait susceptible d'entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de droit, de l'erreur de fait et de l'inexacte application de l'article L. 425-9 précité doivent être écartés.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale "

9. Selon l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

10. Mme C soutient séjourner en France depuis près de 10 ans avec son fils, né en France le 21 décembre 2020, et justifie détenir un emploi en qualité d'assistant de vie, à temps partiel, depuis le 18 août 2021. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, qui ne sont pas contestés sur ce point, que deux de ses enfants, sa mère, et sa fratrie résident dans son pays d'origine où elle a vécu, au moins, jusqu'à l'âge de 30 ans. En outre, si Mme C fait valoir que le père de son troisième enfant est de nationalité malienne et que sa cellule familiale ne peut se reconstituer en Côte d'Ivoire, elle n'établit pas que ces derniers entretiennent des relations stables ni, en tout état de cause, qu'il lui serait impossible de les suivre alors même qu'elle n'allègue pas qu'il serait en situation régulière sur le territoire français. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour méconnaitrait l'article 8 précité ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Pour les mêmes motifs et en tout état de cause, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision refusant de lui délivrer le titre de séjour méconnaitrait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

12. Enfin, si l'intéressée soutient que le préfet aurait commis une erreur de fait en considérant qu'elle avait déclaré " n'occuper aucun emploi ", d'une part, elle n'établit pas avoir transmis au préfet les éléments relatifs à sa situation professionnelle dans le cadre de sa demande de titre de séjour. D'autre part, alors qu'elle n'a pas sollicité un titre de séjour pour un motif salarié, mais en raison de son état de santé, elle ne saurait donc utilement soutenir que la décision attaquée serait, sur ce point, entachée d'une erreur de fait.

13. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance (). ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues, notamment, à l'article L. 425-9, et non de tous ceux qui se prévalent des dispositions de cet article.

14. D'une part, il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme C n'entre pas dans le champ d'application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, elle n'établit pas, par les pièces produites, qu'elle séjourne en France de manière ininterrompue depuis plus de dix ans, notamment en raison de l'absence de pièce produite pour l'année 2013 et le début de l'année 2014. Ainsi, le préfet n'était pas tenu, en application des dispositions précitées, de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de cet article.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qui la fonde.

16. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée.

Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ". Et l'article L. 611-1 du même code prévoit : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

17. Il résulte de ces dispositions, et de ce qui précède que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme inopérant.

18. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours

19. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

20. La requérante ne démontre pas qu'un délai plus important lui était nécessaire en se bornant à soutenir qu'elle a disposé, par le passé, de titres de séjour et qu'elle justifie d'un emploi. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit donc être écarté.

Sur le pays de destination :

21. La requérante soutient que l'arrêté fixant le pays de destination est entaché d'une erreur d'appréciation au motif que le père de son enfant est de nationalité malienne et qu'en cas de retour en Côte d'Ivoire, ce dernier sera séparé de son fils. Toutefois, d'une part, elle n'établit pas que son enfant et le père de celui-ci entretiennent des relations stables. D'autre part, elle n'établit pas que ce dernier ne pourrait la suivre en Côte d'Ivoire ni qu'ils pourraient reconstituer leur cellule familiale dans un autre pays où ils seraient admis, alors même que l'intéressé ne justifie pas séjourner régulièrement sur le territoire français.

Sur les autres conclusions :

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 12 décembre 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E C et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, présidente,

Mme Vincent, première conseillère,

Mme Geismar, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 mai 2023.

La rapporteure,

signé

M. GeismarLe président,

signé

C. Gosselin

La greffière,

signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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