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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2300186

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2300186

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2300186
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantTRAORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 janvier 2023 et le 1er février 2023, M. B A, représenté par la SAS ITRA consulting, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 janvier 2023 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet n'a pas pris en compte les éléments de sa situation personnelle ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, pour les mêmes motifs ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire qui a été prise en méconnaissance les dispositions de l'article L 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il devait faire l'objet d'une régularisation au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a communiqué des pièces, enregistrées le 8 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. de Miguel ;

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant de nationalité togolaise né le 16 mars 1999 à Lomé au Togo, a fait l'objet d'un arrêté du 3 janvier 2022 par lequel le préfet du Loiret lui a refusé le séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Il s'est toutefois abstenu d'exécuter cette mesure et s'est maintenu sur le territoire en situation irrégulière. Par un arrêté du 5 janvier 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux mentionne les dispositions du 3° de l'article L. 611-1, des articles L. 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les règlements n°1987/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 et n°2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016. Il fait état des conditions d'entrée et de séjour de M. A, ainsi que des principales caractéristiques de sa situation personnelle et familiale et indique en particulier que l'intéressé s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français après s'être abstenu d'exécuter une mesure d'éloignement édictée par le préfet du Loiret. L'arrêté attaqué comporte ainsi les considérations de fait et de droit propres à la situation de M. A, qui n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une insuffisance de motivation.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier des termes de la décision attaquée, que le préfet des Yvelines, qui s'est prononcé après un examen approfondi de la situation de M. A et au vu de son dossier, n'aurait pas pris en compte la situation personnelle de l'intéressé. Le moyen ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui déclare sans le justifier être revenu en France en 2018, a fait l'objet d'un arrêté du 4 janvier 2022 par lequel le préfet du Loiret lui a refusé le séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, qu'il n'a pas exécuté. L'intéressé ne justifie pas avoir engagé de démarches pour régulariser sa situation et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, sans être titulaire d'un titre de séjour. Il a été interpellé à l'occasion d'un contrôle d'identité et ne peut être considéré comme présentant des garanties de représentation suffisantes, compte tenu de ses déclarations lors de son audition par les services de police, où M. A a déclaré ne pas envisager de retourner au Togo, son pays d'origine. L'intéressé s'est en outre soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le préfet des Yvelines était fondé à considérer que M. A entrait dans les cas prévus aux dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées au point 2 de ce jugement et a pu, sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation ni d'erreur de droit, obliger M. A à quitter le territoire français et lui refuser un délai de départ volontaire.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Si M. A fait valoir que le centre de ses intérêts privés et familiaux se trouve désormais en France, il ne justifie pas de la date d'entrée en France, n'y exerce aucune activité professionnelle, ne justifie pas de ressources ni avoir noué des liens d'une particulière intensité sur le territoire national. S'il invoque la présence de frères en France, il ne justifie pas que sa présence auprès d'eux serait indispensable. Il ne démontre pas être dépourvu de toutes attaches avec son pays d'origine, où résident ses parents. De plus, si M. A soutient qu'il est en couple avec une ressortissante française avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité le 6 décembre 2022, soit un mois avant l'arrêté attaqué, la relation présente un caractère très récent et son intensité et sa stabilité ne sont pas démontrés. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts pour lesquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Le requérant, qui n'a pas au demeurant présenté de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut utilement soutenir que le préfet des Yvelines a entaché la décision en litige d'illégalité en ne régularisant pas sa situation sur le fondement de ces dispositions.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, soulevé à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

11. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

12. D'une part, M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui était assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours qu'il n'a volontairement pas exécuté. Les circonstances dont le requérant fait état ne présentent pas un caractère humanitaire et ne font ainsi pas obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, c'est à bon droit que le préfet des Yvelines a décidé d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A d'une telle interdiction. D'autre part, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. A, s'il est en couple et pacsé depuis le 6 décembre 2022, soit moins d'un mois avant l'arrêté attaqué, et ne justifie pas d'une ancienneté ni d'une stabilité de la relation engagée avec une ressortissante de nationalité française. Il ne justifie en outre d'aucune intégration sociale ou professionnelle, étant sans emploi ni ressources. Par suite, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que sa présence en France ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, le préfet des Yvelines n'a pas, en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre du requérant, méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A ne peut prétendre à l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. de Miguel, premier conseiller,

Mme Mathé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le rapporteur,

F-X de Miguel

Le président,

P. OuardesLa greffière,

C. Benoît-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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