vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2301049 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - 4/11 |
| Avocat requérant | MAGBONDO |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 8 février 2023 et 16 et 19 mars 2023 sous le n°2301049, M. C D, représenté par Me Touririne-Benatmane, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre dans les mêmes conditions au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
- l'arrêté en litige a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'insuffisance de motivation ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que le préfet a relevé qu'il n'a pas de garanties suffisantes de représentation et qu'il n'établit pas la régularité du séjour de sa concubine ;
- il a relevé appel d'un jugement du tribunal rejetant sa requête contre une décision du préfet refusant son admission au séjour ; il n'est donc pas en situation irrégulière ;
- les recours contre les obligations de quitter le territoire français ayant un caractère suspensif, il n'est pas en situation irrégulière ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il est entaché d'erreur de fait dès lors que l'arrêté en litige se fonde sur la circonstance qu'il est célibataire et sans enfant ;
- il est entaché d'erreur de fait dès lors que le préfet soutient ne pas avoir retrouvé la demande d'admission exceptionnelle au séjour alors même qu'il établit avoir régulièrement formulé cette demande auprès du préfet ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur l'interdiction de retour :
- elle est illégalité par voie de conséquence ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- l'interdiction est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 mars 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
II. Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 8 février 2023 et 16 et 19 mars 2023 sous le n°2301053, M. C D représenté par Me Touririne-Benatmane, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre dans les mêmes conditions au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;
- il a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- il est entaché d'erreur de fait, dès lors que l'arrêté a relevé qu'il était célibataire et sans enfant ;
- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; ainsi que les dispositions des articles L. 313-11 7° et 11° du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour est illégale par voie de conséquence ;
Par un mémoire en défense enregistré le 16 mars 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Une note en délibéré a été enregistrée pour M. D le 21 mars 2023 après la clôture de l'instruction, laquelle n'a pas été communiquée.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Julien Le Gars, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 mars 2023 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :
- le rapport de M. E ;
- les observations de Me Nivelle substituant Me Touririne-Benatmane, représentant M. D, présent, assisté de Mme A F, interprète, qui conclut aux mêmes fins que sa requête et soutient en outre que le préfet de l'Essonne ne fait pas référence dans son arrêté à son insertion professionnelle, aux liens familiaux qu'il entretient en France ; au demeurant, il bénéficie d'un contrat à durée indéterminée en tant que cariste et a effectué plusieurs demandes de titre de séjour, dont l'une est toujours en cours ; il n'a aucune attache familiale au Maroc et ne représente pas une menace à l'ordre public ; enfin, Mme G et lui sont titulaires d'un compte courant commun ;
- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, ressortissant marocain né le 20 mars 1994, allègue être entré sur le territoire français en 2014, sans être en possession des documents et visa exigés à l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 février 2023, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. M. D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la jonction des requêtes :
2. Les requêtes susvisées sont dirigées contre un même arrêté, présentent à juger les mêmes questions de droit et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre et d'y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour édicter l'arrêté en litige, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur les circonstances tenant à ce que M. D est en séjour irrégulier, en s'étant maintenu sur le territoire français sans titre de séjour, et n'a jamais entamé de démarches lui permettant de régulariser sa situation administrative. Le préfet a également relevé que si M. D soutient qu'il est marié à Mme G, il n'établit pas la régularité du séjour de sa compagne, de sorte que la cellule familiale peut se reconstituer en dehors du territoire français. Enfin, le préfet s'est fondé sur la circonstance tenant à ce que M. D n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale au Maroc.
5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si M. D confirme à la barre être en séjour irrégulier en France, il a plusieurs fois tenté de régulariser sa situation. A cet effet, il produit une attestation de dépôt, effectuée sur le site " démarches simplifiées " qui établit qu'il a déposé le 11 juillet 2022 une demande de rendez-vous auprès du préfet de l'Essonne en vue de solliciter son admission exceptionnelle au séjour, demande toujours en cours. De même, il produit des récépissés de demande de titre de séjour en date du 22 octobre 2020, 23 février 2021 et 18 mai 2021. Il ressort également des pièces du dossier que M. D et Mme G ont une vie commune depuis le 15 avril 2017, et que cette dernière bénéficie d'une carte de résident valable jusqu'au 23 octobre 2024. Cette vie commune est établie tant par les attestations versées à l'instance, que par les multiples relevés de leur compte courant commun. Par ailleurs, bien que M. D n'ait pas d'enfant, il prend en charge les enfants de B G, ainsi que le démontrent les attestations rédigées par les enfants de cette dernière. En outre, M. D, qui est entré en France en 2014, et qui bénéficie ainsi d'une présence stable et continue en France depuis neuf ans, produit des bulletins de salaire entre le 30 juin 2018 et le 31 janvier 2023, de nombreuses factures de téléphone, ainsi qu'une attestation de suivi d'une formation en matière d'hygiène alimentaire, afin d'exercer en établissement de restauration. Il a également été confirmé à la barre que M. D dispose actuellement d'un contrat à durée indéterminée en tant que cariste. Enfin, il ressort des documents de séjours italiens versés à l'instance, que la famille de M. D se trouve, en ce qui concerne ses parents et frères et sœurs, en Italie, et pour ce qui concerne sa compagne et ses enfants, en France. Par conséquent, l'intéressé est dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine, le Maroc, et ne serait donc pas en mesure de reconstituer sa cellule familiale. Au regard de l'ensemble de ces considérations, le préfet de l'Essonne a entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux et a porté une atteinte disproportionnée au droit de M. D de mener une vie privée et familiale normale, tel qu'il est garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il suit de là, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 février 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.
Sur les conclusions aux d'injonction et d'astreinte :
7. Les motifs du présent jugement impliquent pour le préfet de l'Essonne de réexaminer la situation de M. D dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, et de le munir dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 6 février 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a obligé M. D à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de trois ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de réexaminer la situation de M. D dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, et de le munir dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à M. D une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
J. E
Le greffier,
Signé
J. Ileboudo
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2301049, 2301053
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026