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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2301335

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2301335

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2301335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantLANGUEDOC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 février 2023, Mme B E A, représentée par Me Languedoc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités portugaises, responsables de l'examen de sa demande de protection internationale ;

2°) d'annuler la décision d'assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa demande d'asile.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 8 février 2023 est insuffisamment motivé ;

- elle ne dispose pas de liens familiaux au Portugal ;

- l'arrêté du 8 février 2023 méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.

La requête a été communiquée le 16 février 2023 au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais versé le 9 mars 2023 des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 mars 2023 qui s'est tenue en présence de Mme Amegee, greffière :

- le rapport de Mme C, qui a par ailleurs informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision d'assignation à résidence dès lors que cette décision n'existe pas ;

- les observations de Me Languedoc, avocate désignée d'office représentant Mme A, non présente, en présence de M. D, interprète en langue lingala, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E A, ressortissante congolaise (République Démocratique du Congo), née le 25 mai 1968 à Kinshasa, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile, le 12 octobre 2022 auprès des services de la préfecture de l'Essonne. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation de la base Visabio a révélé que Mme A avait bénéficié d'un visa délivré par les autorités portugaises le 27 juin 2022. Saisies d'une demande de prise en charge de Mme A, les autorités portugaises ont explicitement accepté cette requête le 28 novembre 2022. Par l'arrêté du 8 février 2023, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités portugaises responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision d'assignation à résidence :

2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 8 février 2023 ne comporte, contrairement aux allégations de Mme A aucune décision d'assignation à résidence. Par suite, les conclusions à fin d'annulation d'une telle décision, inexistante, sont irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de transfert :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme A ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour estimer que l'examen de sa demande de protection internationale relevait de la responsabilité d'un autre Etat. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de cette même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. Il résulte des dispositions précitées du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif, la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

6. Mme A fait valoir que l'examen de sa demande d'asile doit être pris en charge en France, au titre du droit souverain des autorités françaises d'accorder l'asile sur leur territoire, y compris lorsque cet examen relève de la compétence d'un autre Etat, eu égard à sa situation personnelle et que la décision de transfert méconnait son droit à la protection de sa vie privée et familiale. A l'appui de ce moyen, elle fait valoir qu'elle craint pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine où elle a été emprisonnée en raison de ses opinions politiques sur le pouvoir en place, qu'elle y a subi des actes de torture et des sévices corporels et y est activement recherchée. Mme A soutient également qu'elle ne dispose pas de lien familial au Portugal. En outre, si la requérante fait valoir qu'elle risque d'être exposée à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en République démocratique du Congo, la décision de transfert attaquée n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner la requérant vers ce pays mais seulement de prononcer son transfert aux autorités portugaises, sans qu'il ne ressorte des pièces du dossier que l'intéressée ne serait pas en mesure de faire valoir devant ces mêmes autorités, responsables de l'examen de sa demande d'asile, tout élément nouveau relatif aux risques auxquels elle serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine et résultant de l'évolution de sa situation personnelle ou de la situation qui prévaut actuellement dans ce pays. Par suite, eu égard à la nature des circonstances invoquées par Mme A et alors qu'elle n'apporte aucun élément justifiant de ses liens sur le territoire français, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne aurait méconnu les dispositions précitées du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni qu'il aurait méconnu les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 février 2023 de Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E A et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La magistrate désignée,

signé

N. C La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2301335

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