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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2301526

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2301526

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2301526
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantTRAORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2023, M. B A, représenté par la SAS Itra Consulting, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de délivrance de certificat de résidence algérien et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation, notamment en ce qu'il a rejeté la demande de certificat de résidence algérien sur le fondement de l'article 6 de l'accord franco-algérien au seul motif qu'il ne justifiait pas d'une entrée régulière sur le territoire français dès lors qu'il ne disposait pas d'un visa d'entrée ;

- cette décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplissait les conditions pour une admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de certificat de résidence algérien qui la fonde et dont il entend également se prévaloir par la voie de l'exception ;

- cette décision méconnait le 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juin 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gibelin, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 13 mars 1988, entré en France le 26 février 2019 selon ses déclarations, a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 23 janvier 2023, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français. L'intéressé demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 dudit code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision portant refus de certificat de résidence algérien. En effet, après avoir rappelé les textes dont le préfet a fait application, l'arrêté énonce les éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A. Il indique en particulier l'état civil du requérant et sa nationalité, la date alléguée de son arrivée en France et le fondement juridique de sa demande. Il expose par ailleurs les circonstances de fait propres à la situation du requérant ayant justifié le rejet de sa demande de titre de séjour, qui a été examinée au visa de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ainsi que dans le cadre du pouvoir discrétionnaire de régularisation que détient le préfet même sans texte. Ainsi, contrairement à ce que fait valoir l'intéressé, et alors même que les motifs de l'arrêté attaqué ne reprennent pas l'ensemble des éléments caractérisant sa situation, la décision portant refus de titre de séjour répond aux exigences de motivation posées par les dispositions citées au point précédent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2°) Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ".

5. En l'espèce, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen particulier de la situation de M. A. A ce titre et ainsi que l'a relevé le préfet, qui pouvait valablement rejeter la demande de l'intéressé présentée sur le fondement des stipulations du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 pour ce motif, aucune des pièces produites, notamment le billet de bus faisant état d'un trajet de Rome à Paris le 26 février 2019, n'est de nature à prouver que M. A serait entré régulièrement sur le territoire français. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré récemment en France à l'âge de trente ans, et ne justifie ni même n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident ses parents et sa fratrie. En outre, il n'apporte pas la preuve d'une activité salariée en France antérieure à l'année 2022, et celle-ci s'est exercée en contrat à durée déterminée à temps partiel. Enfin, si M. A fait valoir que son épouse est française, le mariage contracté le 18 janvier 2020 est récent et aucun enfant n'est issu de cette union. Dans ces conditions, le préfet de l'Essonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

9. En l'espèce, pour les raisons précédemment exposées au point 7, en particulier l'instabilité et le caractère récent de son activité professionnelle, le préfet n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en ne procédant pas à la régularisation de la situation de M. A dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 6° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A est marié avec une ressortissante de nationalité française, avec laquelle la communauté de vie n'a pas cessé, depuis plus de trois années à la date de l'arrêté contesté. Par suite, il est fondé à soutenir que le préfet ne pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français, et que cette décision doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

13. En application de ces dispositions, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet réexamine la situation de M. A dans le délai d'un mois et lui délivre une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de ce réexamen.

Sur les frais liés au litige :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 23 janvier 2023 est annulé en tant qu'il oblige M. A à quitter le territoire français.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de réexaminer la situation de M. A dans le délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de ce réexamen.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2023.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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