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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2303587

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2303587

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2303587
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantTSIKA-KAYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 mai et 25 juin 2023, M. B D, représenté par Me Tsika-Kaya, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il était susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de résidence mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie d'exception.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er aout 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 juin 2023 puis reportée au 13 juillet et au 16 aout 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bartnicki a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant haïtien né le 23 octobre 1985, entré sur le territoire français selon ses déclarations le 23 août 2009, a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français du 28 juin 2017 au 27 juin 2018, puis d'une carte pluriannuelle valable du 28 juin 2018 au 27 juin 2020 dont il a sollicité le renouvellement le 14 septembre 2020 sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 mars 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué reprend le 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 423-7 du même code et vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise les conditions de l'entrée et du séjour de M. D sur le territoire national, sa situation professionnelle et familiale ainsi que les motifs de rejet de sa demande, à savoir l'absence de tout justificatif par l'intéressé de sa contribution à l'éducation et à l'entretien de son enfant E A, née le 15 octobre 2015 de sa relation avec une ressortissante française. Ainsi, le préfet de l'Essonne a exposé les considérations de droit et de fait suffisantes ayant fondé sa décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de séjour serait insuffisamment motivée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de cette décision ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Essonne ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation de l'intéressé au regard des éléments portés à sa connaissance. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Et aux termes de l'article L. 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ".

5. M. D est le père d'un enfant, de nationalité française, E A, née le 15 octobre 2015 de sa relation avec Mme C A de nationalité française. Pour rejeter la demande de renouvellement du titre séjour de M. D en qualité de parent d'enfant français, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur l'absence de tout justificatif quant à la contribution de l'intéressé à l'entretien et à l'éducation de l'enfant en dépit d'une demande qui lui avait été remise en main propre en ce sens. S'il ressort des pièces produites dans le cadre de la présente instance que M. D contribuait, depuis au moins deux ans à la date de l'arrêté attaqué, à l'entretien de son enfant par la production de plus d'une quinzaine de justificatifs de virements bancaires à destination de la mère de l'enfant pour la période comprise entre mars 2021 et mars 2023 pour un montant total de 1 728, 80 euros, soit une moyenne de 72 euros par mois, frais bancaires compris, cette contribution uniquement financière apparait faible au regard de sa rémunération mensuelle nette comprise sur cette même période entre environ 1 300 et 1 800 euros nets et alors qu'il ne justifie pour toute autre charge que celle d'une contribution financière de même nature pour l'entretien d'une autre enfant née le 2 août 2016. A supposer même que cette contribution à l'entretien de sa fille cadette puisse être regardée comme proportionnée à ses facultés contributives, il n'est en tout état de cause justifié d'aucune contribution à l'éducation de l'enfant, en l'absence de tout élément relatif notamment au lien affectif entretenu et à l'exercice par le père de son autorité parentale. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". D'autre part, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

7. Si M. D justifie exercer un emploi d'enduiseur depuis juillet 2017 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, il n'est pas contesté que la demande d'autorisation de travail déposée en sa faveur a été clôturée en l'absence de réponse de son employeur à une demande de complément d'information de la part de l'administration. S'il justifie par ailleurs, ainsi que précédemment énoncé au point 5, effectuer des versements réguliers pour l'entretien de ses deux enfants nés en France, il ne justifie toutefois pas entretenir ou avoir noué avec ces derniers des liens, notamment affectifs, d'une intensité particulière. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas contesté que M. D n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où lui-même a toujours vécu avant son arrivée en France et où résident notamment ses parents, sa fratrie et un autre enfant né en 2006, la décision attaquée, qui, en tout état de cause, n'a ni pour objet ni pour effet de séparer M. D de ses enfants, ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doivent être écartés.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Les États parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant. Une décision en ce sens peut être nécessaire dans certains cas particuliers, par exemple lorsque les parents maltraitent ou négligent l'enfant, ou lorsqu'ils vivent séparément et qu'une décision doit être prise au sujet du lieu de résidence de l'enfant ".

9. Ces stipulations sont dépourvues d'effet direct à l'égard des particuliers qui ne peuvent donc s'en prévaloir à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination, ne sont pas fondés et doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions, en ce compris celles présentées au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

Mme Bartnicki, première conseillère,

M. Thivolle, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

A. Bartnicki

Le président,

Signé

R. Féral Le greffier,

Signé

C. Gueldry

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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