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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2304680

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2304680

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2304680
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL DRAI ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2023, la Ligue des droits de l'homme, représentée par Me Crusoé et Me Ogier, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 25 mai 2023 par lequel le maire de la commune de Vélizy-Villacoublay a interdit tout attroupement de personnes sur certaines voies et certains espaces publics tous les jours de 15 h 00 à 6 h 00 du 25 mai au 1er septembre 2023 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vélizy-Villacoublay une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;

- la condition d'urgence est satisfaite, dès lors que l'arrêté litigieux porte atteinte à la liberté d'aller et venir et au droit d'occuper librement le domaine public ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté, dès lors, premièrement, que la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie en application des dispositions combinées des articles L. 2214-4 et L.2212-2 du code général des collectivités territoriales ;

- deuxièmement, la mesure n'est pas nécessaire, n'est pas adaptée et est disproportionnée en l'absence de conciliation entre l'objectif de sauvegarde de l'ordre public et la liberté d'aller et venir, la liberté de réunion et la liberté d'utilisation du domaine public ainsi qu'en raison du caractère trop large de ses modalités spatio-temporelles et de l'absence de définition suffisamment précise de ce qui constitue un attroupement de nature à porter atteinte à l'ordre public ;

- troisièmement, l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur d'appréciation en l'absence de circonstances locales particulières le rendant nécessaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, la commune de Vélizy-Villacoublay, représentée par Me Margaroli, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la Ligue des droits de l'homme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urgence n'est pas caractérisée en l'absence d'atteinte suffisamment grave à la liberté d'aller et venir, alors que l'exécution de l'arrêté litigieux présente un caractère d'urgence au regard de la situation dans la commune ;

- aucun des moyens n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté.

La présidente du tribunal a désigné Mme Grenier, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu :

- la requête enregistrée sous le n°2304679 par laquelle la Ligue des droits de l'homme demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le Premier protocole additionnel ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 28 juin 2023, tenue en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, Mme Grenier a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Crusoé, pour la Ligue des droits de l'homme, qui relève que l'arrêté litigieux soulève des difficultés sur le plan des libertés. Les troubles dont il est question peuvent être prévenus pénalement ou par des interventions de la police municipale. Cet arrêté n'est ainsi pas nécessaire au vu des dispositions pénales existantes. Il n'y a pas de preuve que la commune s'est efforcée de verbaliser les contrevenants à l'ordre public. Cet arrêté n'est pas suffisamment précis quant à la notion d'attroupement. Un certain nombre d'éléments produits par la commune pour démonter l'existence de troubles à l'ordre public, s'agissant notamment de tags ou de faits commis à l'intérieur d'immeubles ou de magasins, ne portent pas sur ce que l'arrêté litigieux entend interdire. L'arrêté litigieux n'est ni adapté, ni proportionné. Il porte sur une période de plusieurs mois et des plages horaires étendues, dès 15h00 et l'ensemble des jours de la semaine. Le risque pour l'ordre public n'est pas suffisamment établi pour justifier une telle interdiction. Cet arrêté porte atteinte aux libertés des personnes. Il ne pourra pas être fait droit aux conclusions subsidiaires tendant à la modification en cours d'instance de l'arrêté.

- les observations de Me Margaroli, représentant la commune de Vélizy-Villacoublay, qui fait valoir que l'analyse de la requérante est erronée. Le maire a pris un certain nombre de mesures préventives. L'arrêté est justifié par les circonstances locales et notamment l'accroissement des signalements pour troubles à l'ordre et à la tranquillité publics depuis le début de l'année 2022. L'arsenal pénal n'est pas exclusif des pouvoirs de police générale du maire. L'arrêté est pris sur le fondement des troubles de voisinage et le maire est compétent pour ce faire. 56 plaintes ont été déposées depuis janvier 2022 pour des nuisances sur la voie publique. La police intervient systématiquement, sans que ces troubles ne cessent. Depuis le début de l'année 2023, ce phénomène s'accentue. Les nuisances sont graves. L'arrêté est nécessaire car l'arsenal préventif ne suffit plus. Le cadre spatio-temporel de l'interdiction est délimité. La notation d'attroupement est définie. L'arrêté est adapté au regard des faits en litige. Il est proportionné par rapport aux troubles constatés qui sont récurrents. L'interdiction dès 15h00 est adaptée en raison des troubles de voisinage commis par des mineurs en période diurne, qui se prolongent ensuite dans la soirée.

- et les observations de M. A, maire de la commune de Vélizy-Villacoublay, qui relève que l'interdiction ne porte pas sur les espaces verts et les squares mais sur cinq lieux strictement délimités. Ces faits sont essentiellement commis par des mineurs sans réponse pénale adaptée. Il a obtenu le soutien de la population.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 15 h 40.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 25 mai 2023, le maire de la commune de Vélizy-Villacoublay a interdit tout attroupement de personnes causant des troubles à l'ordre public, tous les jours de 15h00 à 6h00, du 25 mai au 1er mai 2023, sauf dans le cadre des manifestations organisées par la commune et lors des foires et marchés, sur l'avenue Roland Garros, la place de l'aviation, le mail à l'exclusion du parvis devant les commerces, rue Paulhan, entre les numéros 12 et 20 de l'avenue Charles de Gaulle et sur les espaces verts et chemins aménagés autour du bassin Louvois. La Ligue des droits de l'homme demande la suspension, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens tirés de l'incompétence du maire de la commune de Vélizy-Villacoublay en application des dispositions combinées des articles L. 2214-4 et L.2212-2 du code général des collectivités territoriales pour édicter cet arrêté, de ce qu'il n'est pas nécessaire, pas adapté et disproportionné en l'absence de conciliation entre l'objectif de sauvegarde de l'ordre public et la liberté d'aller et venir, la liberté de réunion et la liberté d'utilisation du domaine public ainsi qu'en raison du caractère trop large de ses modalités spatio-temporelles et de l'absence de définition suffisamment précise de ce qui constitue un attroupement de nature à porter atteinte à l'ordre public et enfin, de l'erreur d'appréciation dont est entaché cet arrêté en l'absence de circonstances locales particulières le rendant nécessaire n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 25 mai 2023 du maire de la commune de Vélizy-Villacoublay.

4. Il résulte de ce qui précède que l'une des deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, la requête de la Ligue des droits de l'homme doit être rejetée.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Vélizy-Villacoublay, qui n'est pas la partie perdante, la somme que demande la Ligue des droits de l'homme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions que présente la commune de Vélizy-Villacoublay au titre des mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la Ligue des droits de l'homme est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Vélizy-Villacoublay en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la Ligue des droits de l'homme et à la commune de Vélizy-Villacoublay.

Fait à Versailles, le 30 juin 2023.

La juge des référés, La greffière,

Signé Signé

C. Grenier N. Gilbert

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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