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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2306765

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2306765

vendredi 22 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2306765
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantTSIKA-KAYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 août 2023 au greffe du tribunal administratif de Paris puis transmise et enregistrée le 17 août 2023 au greffe du tribunal administratif de Versailles, M. B C, représenté par Me Tsika-Kaya, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2023 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'accord franco-brésilien.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2023, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-brésilien du 28 mai 1996 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 19 septembre 2023, tenue en présence de M. Ileboudo, greffier d'audience :

- le rapport de Mme A ;

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant brésilien né le 19 novembre 1984, déclare être entré en France le 3 septembre 2021. Par un arrêté du 12 décembre 2022, la préfète de la Haute-Marne a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, à laquelle l'intéressé s'est soustrait. Par un arrêté du 5 août 2023, le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C est régulièrement entré en France, sur présentation de son passeport brésilien en cours de validité, le 3 septembre 2021 selon ses déclarations, accompagné de son épouse et de ses deux enfants, tous trois titulaires de passeports brésiliens. La demande d'asile de M. C ayant été définitivement rejetée, la préfète de la Haute-Marne a pris à son encontre, le 12 décembre 2022, un arrêté portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, dont il a manifesté la connaissance acquise le 16 janvier 2023 en formant à son encontre un recours gracieux. Il est constant que M. C s'est ensuite maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire.

4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C vit en France avec son épouse de nationalité brésilienne, qui est elle-même en situation irrégulière sur le territoire français, et leurs trois enfants, respectivement nés en 2016, 2021, et juillet 2023, dont les deux aînés sont scolarisés en France. Par ailleurs, si l'intéressé a déclaré être entré en France pour des motifs tenant à une situation d'insécurité au Brésil, il ressort des pièces du dossier que sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 16 mai 2022, dont la décision a été confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 3 novembre 2022. Rien ne s'oppose, dès lors, et en dépit du jeune âge du dernier enfant, à ce que la cellule familiale puisse se recomposer dans le pays d'origine. De plus, si le requérant fait valoir qu'il est titulaire d'un diplôme de médecine, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé tire ses ressources en France d'un emploi non déclaré. Dans ces conditions, M. C n'établit pas l'existence de circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction à son encontre d'une interdiction de retour d'une durée d'un an.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet de prendre à l'encontre de l'intéressé une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

6. Compte tenu de la situation personnelle de M. C telle qu'elle a été exposée aux points 3 et 4 du présent jugement, le préfet de police de Paris n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à un an la durée pendant laquelle il a interdit au requérant de revenir sur le territoire français.

7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Ainsi qu'il l'a été dit au point 4 du présent jugement, et pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale de M. C ne pourrait pas se reconstituer au Brésil. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'accord franco-brésilien du 28 mai 1996 : " 1. Les ressortissants de la République fédérative du Brésil auront accès au territoire européen de la République française sans visa, sur présentation d'un passeport national diplomatique, officiel, de service ou ordinaire en cours de validité, pour des séjours d'une durée maximale de trois mois par période de six mois. Lorsqu'ils entreront sur le territoire européen de la République française après avoir transité par le territoire d'un ou de plusieurs Etats Parties à la Convention d'application de l'accord de Schengen, en date du 19 juin 1990, le séjour de trois mois prendra effet à compter de la date de franchissement de la frontière extérieure délimitant l'espace de libre circulation constitué par ces Etats. () / 4. Les ressortissants de l'un et l'autre pays continueront à être soumis à l'obligation de visa pour des séjours d'une durée supérieure à celle mentionnée aux points 1 et 2. () / 5. Les dispositions de la présente note s'appliquent sous réserve des lois et règlements en vigueur dans la République française et dans la République fédérative du Brésil. () ".

10. M. C soutient que le préfet de police de Paris a méconnu l'accord franco-brésilien du 28 mai 1996 en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Toutefois, en vertu de ses stipulations précitées, l'accord franco-brésilien prévoit seulement que les ressortissants brésiliens peuvent entrer en France sans visa, sur présentation notamment d'un passeport ordinaire en cours de validité, pour des séjours d'une durée maximale de trois mois par période de six mois, sous réserve des lois et règlements en vigueur en France. Cet accord ne fait pas obstacle à ce qu'un ressortissant brésilien se trouvant en situation irrégulière sur le territoire français et faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, puisse faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le préfet de police de Paris n'a pas méconnu les stipulations de l'accord franco-brésilien en prononçant à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 août 2023 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé

E. A Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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