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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2306803

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2306803

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2306803
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantDEBORD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 août 2023, Mme A B, représentée par Me Debord, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2023 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a décidé qu'à l'expiration de ce délai, elle pourrait être reconduit d'office à la frontière à destination du pays dont elle a la nationalité, ou de tout autre pays dans lequel elle établirait être légalement admissible ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Mme B soutient que :

- l'arrêté méconnait le droit à être préalablement entendu consacré par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il est entaché d'un défaut de motivation et d'une examen sérieux de sa situation ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Rivet,

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine, née le 13 mars 1986, déclare, sans toutefois pouvoir l'établir, être entrée en France en avril 2016. Le 05 octobre 2022, elle a sollicité l'obtention d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans le cadre des dispositions de l'article 3 de l'accord franco-marocain. Par un arrêté du 19 juillet 2023 dont elle demande l'annulation, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il est fondé, expose la situation privée et familiale de Mme B et énonce de façon précise les circonstances de droit et de fait pour lesquelles elle ne remplit pas les conditions pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987. Par suite, l'arrêté du 19 juillet 2023 satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

4. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. En outre, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour. Ainsi, la seule circonstance que la requérante n'a pas été invitée à formuler des observations avant l'édiction de l'obligation de quitter le territoire et la fixation du pays de destination n'est pas de nature à permettre de la regarder comme ayant été privée de son droit d'être entendu, tel que garanti par le principe général du droit de l'Union européenne. Enfin, Mme B ne précise pas en quoi elle disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'elle a été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure de refus de titre de séjour et d'éloignement. Le moyen doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué et des pièces du dossier que le préfet des Yvelines ne se serait pas livré à un examen attentif et sérieux de la situation de Mme B.

6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B déclare avoir son époux de nationalité marocaine en situation irrégulière sur le territoire national, mais vivre séparée et être sans charge de famille. Mme B produit à l'appui de sa requête 18 bulletins de salaires sur les années 2020 et 2021. Toutefois, cette insertion professionnelle récente et tardive au regard de son arrivée en France en 2016, n'est pas suffisamment significative pour établir qu'elle aurait fixé en France ses centres d'intérêts personnels et privés. Mme B fait également valoir la présence d'une demie-sœur en France mais ne produit aucun élément permettant d'apprécier l'intensité ni même la réalité de leur relation. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que le rejet de la demande d'asile de la requérante a été confirmé par la cour nationale du droit d'asile le 26 août 2019, et qu'elle a fait l'objet d'un refus de titre assorti d'une obligation de quitter le territoire français le 09 décembre 2019, décision qu'elle n'a pas exécutée. Dans ces conditions, alors que Mme B qui a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 30 ans n'est pas dépourvue d'attaches familiales à l'étranger où résident deux frères et deux sœurs, le préfet des Yvelines n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant d'admettre au séjour Mme B et en décidant de l'obliger à quitter le territoire dans un délai de 30 jours. Il n'a pas davantage entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de Mme B.

8. En dernier lieu, si Mme B entend diriger l'ensemble de ses moyens contre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, il ne résulte toutefois pas de la lecture de l'arrêté attaqué qu'une telle décision aurait été prise à son encontre. Par suite, les moyens de la requête, en tant qu'ils sont dirigés contre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français doivent être écartés comme inopérants.

9. Par suite de ce qui précède, les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 juillet 2023 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2016, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

S. Rivet

La présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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