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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2308628

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2308628

mercredi 13 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2308628
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantGALMOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 19 octobre et 19 novembre 2023 au tribunal administratif de Versailles, M. D C, représenté par Me Galmot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée ou familiale, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire est entachée d'incompétence de son auteur, de violation du principe du contradictoire et de défaut de motivation ;

- cette décision est également entachée d'erreur de droit, en violation de l'article L. 611-3 2° du CESEDA, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une violation de l'article 8 de la CEDH, car l'intégralité de sa vie privée et familiale se trouve sur le territoire français ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français et a été prise en violation de l'article 3 de la CEDH, car il a vécu à Port-au-Prince jusqu'à l'âge de 13 ans ;

Par un mémoire enregistré le 21 novembre 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Descours-Gatin pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 novembre 2023, qui s'est tenue en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière :

- le rapport de Mme Descours-Gatin ;

- les observations de Me Galmot, représentant les intérêts de M. C, qui reprend ses écritures et ajoute que le préfet a commis une erreur de droit, car, conformément aux dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne pouvait pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans la mesure où il établit résider en France depuis le 24 Avril 2016, date à laquelle il était âgé de moins de 12 ans, qu'en outre, l'arrêté a méconnu l'article 8 de la CEDH car il vit chez sa mère en compagnie de ses demi-frères de nationalité française, et qu'il ne peut pas retourner à Haïti, compte tenu de la situation de violence aveugle dans ce pays ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant haïtien né le 25 avril 2004 à Port-au-Prince (Haïti), demande l'annulation de l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office.

Sur les moyens communs aux deux décisions:

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A B, attaché principal d'administration, adjoint au chef de bureau de l'éloignement du territoire, lequel avait reçu délégation du préfet du département de l'Essonne par un arrêté n°2023-PREF-DCPPAT-BCA-163 du 7 septembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département, à l'effet de le signer. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. ()".

4. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Le requérant, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 41 de la charte susvisée et le principe général des droits de la défense, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français et pour fixer le pays de renvoi. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté et du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6.En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; ".

7. M. C soutient qu'il est entré avant l'âge de 13 ans en France où il a suivi sa scolarité et qu'il ne pouvait eu égard aux dispositions précitées faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Toutefois, s'agissant de la date de son entrée en France, l'intéressé ne verse aux débats qu'un certificat de scolarité attestant son inscription en classe de 4ème pour l'année scolaire 2017-2018, laquelle avait commencé au mois de septembre 2017, la seule mention d'une date d'entrée en France le 24 avril 2016 figurant sur le fichier national des étrangers ne pouvant à elle seule tenir lieu de preuve de la date effective d'entrée en France. Dans ces conditions, M. C ne justifie pas de la continuité de son séjour en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit donc être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et des libertés d'autrui ".

9. En l'espèce, M. C se prévaut de sa très longue présence sur le territoire français, de celle de sa mère, et de celle de ses demi-frères, de nationalité française. Toutefois, il n'établit pas travailler légalement et il a été interpellé le 10 octobre 2023 par les services de police de Draveil pour refus d'obtempérer, violences volontaires avec arme par destination et défaut de permis de conduire, et placé en garde à vue le même jour. Par son comportement, en dépit de sa présence depuis plusieurs années en France, où il a effectué une grande partie de sa scolarité, M. C ne démontre aucune volonté d'insertion dans la société française. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées. Pour le même motif, il n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation de l'intéressé.

10. M. C n'est donc pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français n'étant entachée d'aucune illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

12. En second lieu, M. C se borne à invoquer la situation générale d'Haïti sans faire état de risques personnels qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 17 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. Descours-Gatin La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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