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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2308634

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2308634

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2308634
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSIDI-AISSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 octobre 2023, Mme B C, représentée par Me Sidi-Aïssa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle devait être renvoyée ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour est irrégulière, en l'absence de production de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ; en effet, il n'est pas établi que cet avis a été signé par les trois membres de ce collège ;

- elle est insuffisamment motivée et ne procède pas d'un examen, par le préfet lui-même, des éléments portant sur l'état de santé de son fils, l'arrêté se bornant à reprendre l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, son fils ne pouvant accéder aux soins appropriés dans son pays d'origine ; la décision méconnait ainsi les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation et celle de ses enfants, scolarisés en France, et ne prend pas en compte l'ensemble des éléments ayant trait à sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'elle repose sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le secret médical ayant été levé par la requérante, le tribunal a sollicité de l'OFII la communication du dossier, lequel a été produit le 15 janvier 2024.

Le préfet de l'Essonne a présenté un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction. Celui-ci n'a pas été communiqué.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milon,

- et les observations de Me Sidi-Aïssa, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante égyptienne née en 1980, déclare être entrée en France, accompagnée de ses trois enfants, le 15 décembre 2018, munie d'un visa de court séjour. Elle a présenté, le 21 janvier 2019, une demande d'admission au séjour au titre de l'asile, qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 30 avril 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 19 décembre 2020, le préfet de l'Essonne a retiré l'attestation de demande d'asile délivrée à Mme C et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Celle-ci s'est toutefois maintenue sur le territoire français et a présenté, le 19 septembre 2022, une demande tendant à la délivrance, sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent accompagnant un enfant malade. Par un arrêté du 15 mars 2023 le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle devait être renvoyée. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / (). " Aux termes de l'article L. 425-10 de ce code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".

3. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi et d'un accès effectif à ce traitement. La partie qui justifie d'un avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Pour refuser de délivrer à Mme C le titre de séjour sollicité, le préfet de l'Essonne a notamment fondé son appréciation sur l'avis émis le 16 novembre 2022 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) précisant que le défaut de prise en charge médicale de son fils est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que celui-ci peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que le fils de la requérante, né en 2006, est atteint de plusieurs pathologies dont un diabète insulino-dépendant considéré par l'ensemble des médecins consultés, y compris le médecin rapporteur du dossier devant l'OFII, comme étant particulièrement difficile à équilibrer. Il ressort par ailleurs de certificats établis notamment au cours de l'année 2022 par les praticiens hospitaliers en charge du suivi du jeune homme au sein du groupe hospitalier Grand Paris Nord Est que la prise en charge de ce diabète nécessite, au quotidien, l'utilisation d'une pompe à insuline, mise en place au cours de l'année 2020 et utilisée notamment au cours de l'année 2022, d'après les ordonnances versées au dossier. Il ressort encore des pièces du dossier que le jeune homme a dû être conduit au service d'urgences médicales le 3 juin 2021 suite à un malaise lié à un dysfonctionnement de la pompe à insuline. Il ressort en outre d'un certificat établi le 11 novembre 2023 par un médecin de l'hôpital anglo-américain du Caire, spécialisé notamment en diabétologie, que la prise en charge d'un diabète dépendant principalement de la pompe à insuline n'est proposée ni par le système hospitalier de l'assurance maladie, ni par les hôpitaux privés en Egypte et qu'il n'existe donc pas dans ce pays de suivi pour les patients devant utiliser un tel dispositif. Dès lors, il doit être regardé comme établi, au vu des pièces du dossier, d'une part, que la prise en charge du diabète dont est atteint le fils de Mme C nécessite l'utilisation d'une pompe à insuline dont le défaut est susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, d'autre part, que, contrairement à ce qu'a estimé le collège des médecins de l'OFII, dont l'avis, sur ce point, n'est étayé par aucun élément et le dossier transmis et au vu duquel il s'est prononcé ne l'est pas davantage, un tel dispositif n'est pas disponible en Egypte. Par suite, en l'état des pièces du dossier, l'arrêté attaqué doit être regardé comme procédant d'une application inexacte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est par ailleurs pas allégué en défense que Mme C ne remplirait pas les autres conditions prévues par l'article L. 425-10 du même code. Dès lors, Mme C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué lui refusant la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent accompagnant un enfant malade, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".

6. Eu égard à ses motifs, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que soit délivrée à Mme C, en sa qualité de parent accompagnant un enfant malade, une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois, renouvelable dans les conditions définies à l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Essonne de prendre cette mesure, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'est pas nécessaire, en revanche, d'assortir cette mesure d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Mme C ayant été admise à l'aide juridictionnelle, son avocate peut prétendre au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Sidi-Aïssa de la somme de 1 000 euros, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 15 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté la demande de Mme C tendant à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle devait être renvoyée est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de délivrer à Mme C, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois, renouvelable dans les conditions définies à l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Article 3 : L'Etat versera à Me Sidi-Aïssa, avocate de Mme C, la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de l'Essonne et à Me Sidi-Aïssa.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère.

- M. Connin, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La rapporteure,

signé

A. Milon

La présidente,

signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

signé

K. Dupré

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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