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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2309485

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2309485

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2309485
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSIDI-AISSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 17 novembre 2023, le vice-président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Versailles la requête présentée par M. C B.

Par cette requête enregistrée le 25 octobre 2023, et un mémoire complémentaire enregistré le 28 novembre 2023, M. C B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 février 2023, par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination de son éloignement.

Il soutient que :

- le signataire de l'acte attaqué est incompétent ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation individuelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de l'arrêté sur sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il méconnait le principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L.611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il souffre d'un trouble bipolaire de type 2 qui lui impose un traitement quotidien, le système de santé pakistanais n'étant pas en mesure d'assurer la continuité de ses soins ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui a produit un mémoire en défense le 30 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Le Montagner pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 novembre 2023 en présence de M. Rion, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Le Montagner ;

- les observations de Me Sidi Aïssa, avocate désignée d'office, représentant M. B, non présent ;

- en présence de M. A, interprète en langue ourdou ;

- le préfet de Seine Saint Denis n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant pakistanais, né le 2 avril 1978 et entré en France le 7 janvier 2004, avait été mis en possession de titres de séjour depuis le 6 juin 2013 dont il a sollicité le renouvellement en 2022. Par un arrêté du 20 février 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler sa carte de séjour et a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En l'absence de tout moyen dirigé contre la décision du préfet portant refus de renouvellement de titre de séjour, les conclusions de M. B, qui n'a expressément désigné dans sa requête que les décisions portant obligation de quitter le territoire, désignation du pays de renvoi, et refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doivent être regardées comme portant exclusivement sur lesdites décisions.

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-0220 du 7 février 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives, le préfet de la Seine Saint-Denis a donné délégation à M. Mame-Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, en cas d'absence ou d'empêchement du sous-préfet du Raincy, pour ce qui concerne les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour refuser de renouveler sa carte de séjour, lui faire obligation de quitter le territoire français, lui accorder un délai de départ volontaire de 30 jours et fixer le pays de destination de son éloignement. Dès lors, cet arrêté, qui énonce notamment que l'intéressé a fait l'objet de plusieurs condamnations et ne justifie d'aucune communauté de vie avec la ressortissante française avec laquelle il est lié par un pacte civil de solidarité, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation, de même que celui tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle et administrative, doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

6. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecte la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

7. En l'espèce, le requérant, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaitrait les stipulations de l'article 41 de la charte susvisée et le droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, si M. B soutient que la décision est entachée d'une erreur de droit, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite ce moyen doit être écarté.

9. En cinquième lieu, si M. B fait état de troubles bipolaires de type 2 pour lesquels il est astreint à un traitement quotidien, il ne résulte pas des pièces du dossier que l'intéressé ne pourrait recevoir des soins appropriés à son état dans son pays d'origine. Par suite, M B n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions du 9° de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. B ne justifie d'aucune intégration particulière, notamment familiale ou professionnelle, sur le territoire national. Dans ces conditions et alors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doit également être écarté.

12. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Ces stipulations font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de renvoi d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un Etat pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne.

13. Pour les motifs exposés au point 9 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse l'exposerait à un traitement inhumain ou dégradent en cas de renvoi dans son pays d'origine. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

14. En dernier lieu, si M. B entend contester le refus d'octroi de départ volontaire que lui aurait opposé le préfet, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet lui a accordé un délai de trente jours pour quitter le territoire.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation des décisions du 20 février 2023 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : la requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Lu en audience publique le 30 novembre 2023,

La magistrate désignée,

signé

M. Le Montagner Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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