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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2310180

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2310180

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2310180
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée 11 décembre 2023, M. C A B, représenté par Me Saïdi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour, à défaut, de lui enjoindre de réexaminer sa demande d'admission au séjour dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et dans l'attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et que ses trois enfants, dont l'un est français, sont scolarisés en France ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour qui la fonde ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La clôture de l'instruction a été fixée au 26 janvier 2024.

Un mémoire en défense a été produit, pour le préfet de l'Essonne, le 19 mars 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Geismar, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant brésilien né le 2 janvier 1984, a déclaré être entré en France en 2015. Il a sollicité, le 30 août 2021, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 14 novembre 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a refusé de la lui délivrer et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, en fixant le pays de destination.

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle résume le parcours de l'intéressé, notamment sa situation familiale. Elle est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de ces dispositions, par un étranger dont la présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

4. Le requérant fait valoir que les infractions commises listées dans son casier judiciaire, anciennes, n'impliquent pas qu'il constitue une menace à l'ordre public. Il se prévaut en outre de l'existence de ses trois enfants, dont l'un dispose de la nationalité française, qui sont scolarisés sur le territoire. Toutefois, il ne ressort pas des termes de l'arrêté critiqué que, pour refuser le titre de séjour demandé, le préfet se soit fondé sur la circonstance que le requérant constitue un trouble à l'ordre public. Il ressort au contraire de la décision attaquée que le préfet a pris en compte plusieurs éléments, incluant les quatre condamnations dont le requérant avait fait l'objet, ainsi que l'absence d'insertion professionnelle et de perspective d'emploi et l'absence de ressources personnelles. Le préfet a également noté que le requérant a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 31 ans et a relevé que sa sœur vivait en France. Ainsi, et alors que M. B n'apporte aucun élément de nature à établir l'existence d'une situation exceptionnelle, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que le préfet de l'Essonne a pu refuser de l'admettre au séjour.

5. En troisième lieu, l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. B soutient ne plus disposer d'attaches dans son pays d'origine et précise que sa sœur réside en France. Il ajoute que ses trois enfants sont scolarisés sur le territoire et que l'aîné, né le 9 décembre 2009, est de nationalité française. Toutefois, il n'établit pas entretenir des liens intenses avec sa sœur, dont il n'est au demeurant pas démontré qu'elle soit en situation régulière sur le territoire. En outre, le requérant n'apporte aucun élément justifiant de l'existence d'une insertion sur le territoire, et ne fait état d'aucun obstacle à ce que sa cellule familiale, incluant son épouse de nationalité brésilienne, se reconstitue dans leur pays d'origine, où leurs enfants peuvent également être scolarisés. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 doit donc être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

8. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 novembre 2023 du préfet de l'Essonne.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative, à fin d'injonction, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, président,

- M. Maitre, premier conseiller,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

M. Geismar

Le président,

Signé

C. GosselinLa greffière,

Signé

I. de Dutto

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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