jeudi 25 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2310199 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SAIDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 décembre 2023 et le 8 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Saidi, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du préfet de l'Essonne par laquelle il refuse d'instruire sa demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer, dans le cadre de cette instruction, un récépissé l'autorisant à travailler à titre accessoire, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que son dernier récépissé de demande de titre de séjour a expiré le 4 décembre 2023 et qu'il risque de perdre son apprentissage et ne pas pouvoir poursuivre ses études ; son employeur et son établissement scolaire l'ont mis en demeure de produire les documents justifiant de la régularité de son séjour ; l'absence de délivrance d'un récépissé le prive de la possibilité de poursuivre son projet professionnel ;
- il existe un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée tiré de qu'elle est entachée d'une erreur de droit ;
Par un mémoire en défense, enregistrés le 8 janvier 2024, le préfet de l'Essonne, représenté par Me Termeau conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que l'intéressé s'est placé lui-même dans la situation qu'il invoque dès lors qu'il n'a pas entrepris les démarches de changement d'adresse postale, notamment sur le site de l'Anef ; c'est donc en raison de sa propre négligence qu'il se trouve dans la situation qu'il invoque ; aucune demande de titre de séjour ni de changement d'adressé n'a été formulée auprès de ses services de sorte que l'intéressé s'est placé volontairement en situation irrégulière.
Vu la requête enregistrée le 11 décembre 2023, sous le n° 2310197, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a désigné M. Féral, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 9 janvier 2024 à 10 heures 00.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Laforge, greffière d'audience :
- le rapport de M. Féral, juge des référés ;
- les observations orales de Me Galé, représentant M. B, qui maintient ses conclusions par les mêmes moyens qu'il développe, M. B étant présent ;
- les observations de Me Kerkeni; représentant le préfet de l'Essonne qui développe les écritures en défense.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 11h09.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 9 juin 1995, a présenté auprès des services de la préfecture de Seine-et-Marne une demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " et s'est alors vu remettre des récépissés de demande de titre de séjour, le dernier étant valable jusqu'au 4 décembre 2023. Ayant déménagé dans le département de l'Essonne, l'intéressé a demandé, le 7 septembre 2023, aux services préfectoraux de ce département le renouvellement de son récépissé. Sa demande a été rejeté par message électronique sur le site demarches-simplifiees.fr. Ce message électronique lui inique également " Veuillez déposer en ligne une première de demande de titre de séjour étudiant ". Ainsi, par les termes mêmes qu'il emploie, ce message électronique révèle également une décision du préfet de l'Essonne de refus de poursuivre l'instruction de la demande de titre de séjour que l'intéressé avait déposée auprès des services de la préfecture de Seine-et-Marne. Par la présente requête, M. toutou doit être regardé comme demandant la suspension de l'exécution de cette décision révélée de refus de poursuivre l'instruction de sa demande de titre de séjour.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux :
3. Aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé ". Aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'exception prévue à l'article R. 426-3, le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence et, à Paris, par le préfet de police. () ". Aux termes de l'article R. 431-23 du même code : " Tout étranger, séjournant en France et titulaire d'un titre de séjour d'une durée supérieure à un an, est tenu, lorsqu'il transfère le lieu de sa résidence effective et permanente, d'en faire la déclaration, dans les trois mois de son arrivée, à l'autorité administrative territorialement compétente ".
4. Il résulte de ces dispositions que, d'une part, l'étranger qui n'est pas titulaire d'un titre de séjour d'une durée supérieure à un an et qui transfère le lieu de sa résidence effective n'a aucune d'obligation d'en informer les services préfectoraux en charge de l'instruction de sa demande de titre de séjour. D'autre part, il résulte de ces dispositions qu'il appartient au préfet, saisi d'une demande de titre de séjour, d'apprécier si celle-ci relève de sa compétence territoriale à la date à laquelle il se prononce. Dans le cas où il considère qu'elle n'en relève pas, il lui incombe, conformément aux dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration, de la transmettre au préfet qu'il estime territorialement compétent pour se prononcer sur le droit au séjour de l'intéressé.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B, lorsque qu'il résidait dans le département de la Seine-et-Marne et a déposé auprès des services de la préfecture de ce département sa demande de titre de séjour " étudiant ", n'était pas titulaire d'un titre de séjour d'une durée supérieure à un an. Ainsi, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, l'intéressé, lorsqu'il a ensuite transféré sa résidence dans l'Essonne, n'était pas tenu d'en informer les services préfectoraux de Seine-et-Marne. M. B produit néanmoins une attestation établie le 5 septembre 2023 par le bureau de l'accueil et du séjour de la préfecture de Seine-et-Marne aux termes de laquelle il s'est présenté à la préfecture à cette date afin de déclarer qu'il avait déménagé dans l'Essonne. Dans ces conditions, dès lors que l'intéressé avait déclaré le transfert de sa résidence, le préfet de Seine-et-Marne était informé que la demande de titre de séjour qu'il avait présenté ne relevait plus de sa compétence et, conformément aux dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration, était tenu de transmettre cette demande au préfet de l'Essonne pour qu'il en poursuive l'instruction. En conséquence, quand bien même les services de la préfecture de Seine-et-Marne n'avaient pas encore procédé de manière effective à ce transfert à la date de la décision en litige, la demande de délivrance d'un titre de séjour est réputée à cette date avoir été transférée au préfet de l'Essonne. Par suite, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Essonne ne pouvait légalement refuser d'instruire la demande de délivrance d'un titre de séjour " étudiant " présentée par M. B est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.
En ce qui concerne l'urgence :
6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France pour fuir la guerre en Ukraine et s'est inscrit au sein d'un établissement scolaire en BTS " Métiers des services à l'environnement ". Au titre de cette formation, il a signé un contrat d'apprentissage avec la société " Limpa nettoyages " pour la période du 9 novembre 2022 au 30 août 2024. L'intéressé produit un courrier de l'établissement scolaire, en date du 5 décembre 2023, lui demandant de fournir un justificatif de la régularité de son séjour et lui indiquant qu'à défaut de production d'un tel document ses chances de terminer son cursus sont compromises dès lors que son contrat d'apprentissage ne pourra se poursuivre. Il produit également un courrier de l'entreprise qui l'emploie en date du 20 novembre 2023, lui demandant de fournir dans un délai de quinze jours un justificatif de régularité de son séjour l'autorisant à travailler, faute de quoi elle sera amenée " à prendre les décisions qui s'imposent ". Ainsi, le requérant justifie de la nécessité, pour lui, de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire. Si le préfet de l'Essonne soutient que l'intéressé s'est placé lui-même dans la situation d'urgence qu'il invoque et qu'il n'a entrepris aucune démarche pour l'informer de son changement de résidence, il résulte toutefois de ce qui a été exposé au point 5 que l'intéressé a informé les services de la préfecture de Seine-et-Marne en charge de l'instruction de sa demande de son changement de résidence et ces services étaient alors tenus de transférer son dossier au préfet de l'Essonne. Aucune négligence ne saurait être opposée au requérant. Par suite, la condition d'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.
8. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de poursuivre l'instruction de la demande de titre de séjour déposée par M. B, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Sur les conclusions aux d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
10. La suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de poursuivre l'instruction de la demande de M. B implique nécessairement que, dans l'attente d'un jugement par une formation collégiale du tribunal sur les conclusions de l'intéressé tendant à l'annulation de cette décision, le préfet de l'Essonne réexamine la situation du requérant et procède à l'instruction de sa demande qu'il a déposée, à l'origine, auprès des services de la préfecture de Seine-et-Marne, et lui délivre une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail à titre accessoire. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Essonne de procéder à cette mesure d'exécution dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de poursuivre l'instruction de la demande de titre de séjour que M. B avait déposée auprès des services de la préfecture de Seine-et-Marne est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de réexaminer la situation de M. B et de procéder à l'instruction de la demande qu'il a déposée, à l'origine, auprès des services de la préfecture de Seine-et-Marne, et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail à titre accessoire, dans un délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.
Fait à Versailles, le 25 janvier 2024.
Le juge des référés,
R. Féral
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir l'exécution de la présente décision.
N°2310199
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026