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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2310599

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2310599

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2310599
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSIDI-AISSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées le 25 décembre 2023, le 31 janvier et le 1er février 2024, M. F B, alors retenu au centre de rétention administratif de Plaisir et représenté par Me Sidi-Aïssa, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays dont il a la nationalité comme pays de renvoi, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine , ou tout préfet territorialement compétent, de procéder à un nouvel examen de sa situation en application des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative dans un délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que le signataire de cet arrêté ait reçu une délégation régulière ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle, familiale et professionnelle ;

Sur la décision portant refus de départ volontaire :

- il présente des garanties de représentation sérieuses ;

- il ne présente pas de risques de soustraction à la mesure d'éloignement ;

Sur la décision d'interdiction de retour pour une durée de deux ans :

- il justifie être entré régulièrement en France, d'une insertion professionnelle et d'une vie privée et familiale stable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal administratif de Versailles a délégué M. Michel Brumeaux, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue au I bis de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er février 2024 :

- le rapport de M. Michel Brumeaux,

- les observations de Me Sidi-Aïssa qui conclut aux mêmes fins de la requête et s'en rapporte aux écritures produites. Elle fait valoir que les antécédents judiciaires invoqués par le préfet ne sont que des signalements qui ont été classés sans suite. M. F a été remis en liberté le 26 décembre 2023 par le juge des libertés et de la détention. Le préfet n'a pas procédé à un examen suffisant de la situation du requérant, dont la communauté de vie avec sa future épouse, de nationalité française, est établie. Il apporte la preuve de son retour dans son pays d'origine et il a ainsi exécuté la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 23 décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. F, ressortissant algérien, né le 21 avril 1988, à quitter sans délai le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. Par un arrêté n° 2023-49 du 30 juin 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 2023-06-30 du même jour de la préfecture des Hauts-de-Seine, Mme C A, cheffe du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions contenues dans l'arrêté attaqué en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature des actes attaqués. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées auraient été signées par une autorité incompétente doivent être écartés.

3. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour obliger M. F à quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a retenu que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français à l'expiration de la durée de son visa court séjour sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Si le requérant a produit le jour de l'audience le visa court séjour Schengen délivré le 5 juin 2022 par les autorités espagnoles, celui-ci a expiré le 2 août 2022 et n'autorisait qu'un séjour de 30 jours. Il fait valoir qu'il vit maritalement avec une ressortissante française depuis 2017, il ressort des pièces du dossier que cette situation familiale n'est justifiée qu'à compter de 2021 mais qu'elle a été interrompue du fait de l'exécution volontaire d'une mesure d'éloignement à la fin de la même année et que la vie commune n'a repris qu'à compter de l'été 2022. Ainsi elle doit être regardée comme de courte durée Enfin s'il affirme exercer une activité professionnelle, laquelle est en tout état de cause nécessairement illicite, depuis son arrivée en France, elle n'est justifiée, de façon discontinue, qu'à compter de juillet 2022. Il a déclaré à cet égard lors de son audition du 22 décembre ne pas avoir d'employeur et de faire " des petits chantiers " à droite à gauche ". Dès lors le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en prenant cette décision d'éloignement.

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

4. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). " Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; ()3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;(.) 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; (..) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (..) ".

5. M. F ne conteste pas s'être maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa et ne pas être titulaire d'un titre de séjour. Il a été interpellé par les services de police le 23 décembre 2023 pour conduite d'un véhicule sans permis. Dès lors, en l'absence de circonstances particulières de nature à y faire obstacle, il y a lieu de d'estimer que le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public et de regarder comme établi le risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français. Il ne peut utilement faire valoir qu'il présente des garanties de représentation suffisantes en raison d'une domiciliation stable dans la mesure où le préfet ne s'est pas fondé sur le 8° de l'article L. 612-3 précité. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine pouvait, pour ces motifs, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-2 et du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

7. M. F n'a pas établi l'illégalité de la mesure d'éloignement. Par suite l'exception d'illégalité de celle-ci à l'encontre de la décision d'interdiction de retour pour une durée de deux ans doit être écartée.

8. Si le requérant soutient être entré régulièrement en France et se prévaut d'une insertion professionnelle et d'une vie privée et familiale stable, ces éléments, à les supposer tous établis, ne constituent pas en l'espèce des circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-6 précité du CESEDA.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. F tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 23 décembre 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

M. D Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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