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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2400256

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2400256

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2400256
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantTSOBGNI DJOUMETIO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces, enregistrés les 11 janvier et 6, 9 et 10 février 2024, M. B A, alors détenu à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, représenté par Me De Sa Pallix, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 octobre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un duplicata de son certificat de résidence algérien valable du 3 janvier 2017 au 2 janvier 2027 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un duplicata de son certificat de résidence algérien valable du 3 janvier 2017 au 2 janvier 2027, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui remettre dans l'attente, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, un récépissé de demande de duplicata, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen, dans un délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 18 octobre 2021 :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait le champ d'application de la loi dès lors que la menace à l'ordre public n'est pas au nombre des motifs permettant de refuser la délivrance d'un duplicata ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

En ce qui concerne l'arrêté du 26 décembre 2023 pris dans son ensemble :

- il est insuffisamment motivé et n'a pas fait l'objet d'un examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'un vice de procédure, au regard des dispositions de l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît le droit d'être entendu garanti par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il méconnaît les dispositions régissant l'accès aux fichiers informatisés contenant des informations judiciaires ainsi que celles de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- il a été signé par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision du 18 octobre 2021 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que l'intéressé dispose d'un titre de séjour en cours de validité ;

- elle méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est entré en France avant l'âge de 13 ans ;

- elle méconnaît le champ d'application de la loi ;

- elle méconnaît le droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les dispositions de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 6 et 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en l'absence de caractérisation d'une menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen approfondi de la situation individuelle du requérant ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen approfondi de la situation individuelle du requérant ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que l'intéressé dispose d'un titre de séjour en cours de validité ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît le droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les dispositions de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Anne Winkopp-Toch pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 février 2024, en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière :

- le rapport de Mme Anne Winkopp-Toch, qui a par ailleurs informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de ce qu'il ne relevait pas de l'office du juge de l'éloignement d'annuler la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis portant refus de délivrance d'un duplicata d'un certificat de résidence algérien ;

- les observations de Me de Sa Pallix, représentant M. A, présent, qui se désiste de ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 18 octobre 2021, mais soulève, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté du 26 décembre 2023 du préfet de l'Essonne. Il soutient, en outre, que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est signée par une autorité incompétente.

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien, né le 16 novembre 1997 à Alger (Algérie), s'est maintenu sur le territoire français après s'être vu refuser la délivrance d'un duplicata d'un certificat de résidence algérien le 18 octobre 2021. Par un arrêté du 26 décembre 2023, dont M. A, alors détenu à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, demande l'annulation, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.

Sur l'office du magistrat désigné :

2. Il entre dans l'office du magistrat désigné par le président du tribunal en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de connaître des conclusions de la requête dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de destination, la décision portant interdiction de retour, ainsi que des conclusions à fin d'injonction qui s'y rattachent. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur le droit au séjour de l'intéressé.

3. En l'espèce, la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 18 octobre 2021 portant refus de délivrance de duplicata doit être regardée comme procédant au retrait du certificat de résidence algérien au motif que le comportement de M. A constitue une menace à l'ordre public.

4. Dès lors, il n'entre pas dans l'office du juge de l'éloignement d'apprécier la légalité de cette décision qui a trait au droit au séjour de M. A sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été scolarisé à l'école élémentaire Lurçat au Blanc-Mesnil en classe de CM2 au titre de l'année scolaire 2008-2009. Il a ensuite été scolarisé au collège Nelson Mandela au Blanc-Mesnil pour les années scolaires 2009 à 2013, avant d'être admis au lycée professionnel Aristide Briand au Blanc-Mesnil au titre des années 2013 à 2016. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant a été muni d'un certificat de résidence algérien le 3 janvier 2017.

7. Dès lors M. A apporte la preuve qu'il réside en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de 13 ans. Par suite la décision du préfet de l'Essonne portant obligation de quitter le territoire français en date du 26 décembre 2023 méconnait les dispositions de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit être annulée pour ce motif.

8. Ainsi, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, et par voie de conséquence, les décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office, prononçant une interdiction de retour de trois ans à son encontre et l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. D'une part, " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

10. L'annulation de l'arrêté contesté n'implique pas d'autres mesures que celles expressément prescrites par les dispositions précitées au point précédent. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant ne peuvent dès lors être accueillies.

11. D'autre part, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ".

12. Le présent jugement implique qu'il soit mis fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 26 décembre 2023 ci-dessus annulée. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de l'Essonne, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence du requérant, de prendre toutes mesures propres à mettre fin à ce signalement, sans délai et sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros à verser à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 26 décembre 2023 est annulé.

Article 2 :. Il est enjoint à la préfète de l'Essonne ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence du requérant, de prendre toutes mesures propres à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 26 décembre 2023 annulée, sans délai.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

La magistrate désignée,

signé

Mme Anne Winkopp-Toch La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2400256

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