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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2400451

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2400451

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2400451
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2024 au tribunal administratif de Versailles, M. A D B, représenté par Me Saïdi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer sans délai un récépissé avec autorisation de travail et d'examiner sa demande dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, émane d'une autorité incompétente et méconnait le droit d'être entendu préalablement consacré par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

-la décision intervient alors qu'il avait sollicité un rendez-vous en vue de la régularisation de sa situation en 2022, demande restée sans réponse, ce que le préfet ne pouvait ignorer ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'il remplit les conditions pour voir sa situation régularisée en application des dispositions des articles L.425-1 et 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il justifie de sa présence de cinq années sur le sol français et de bulletins de salaire ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2024 le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 février 2024 :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Saidi, représentant M. B, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et insiste sur la demande de rendez-vous déposée auprès des services de la préfecture au mois d'avril 2022 et toujours en cours d'instruction ainsi que sur la situation professionnelle d'ouvrier du bâtiment du requérant dont il justifie par les bulletins de salaire établis à son nom par la société Immo Duart,

-le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant guinéen né le 2 aout 1989 est entré selon ses dires sur le territoire français le 27 juillet 2017 sous couvert d'un titre de séjour temporaire italien. Il a fait l'objet, le 2 février 2021, d'une décision du préfet de l'Essonne l'obligeant à quitter le territoire à laquelle il s'est soustrait. Il a été interpellé le 16 janvier 2024 dépourvu de document justifiant d'une entrée régulière en France et de titre de séjour. Par un arrêté du 16 janvier 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office.

2. Il ressort des pièces du dossier que M. B a, par l'intermédiaire de son avocat, saisi le préfet de l'Essonne au mois d'avril 2022 d'une demande de rendez-vous sur le site démarches simplifiées de la préfecture aux fins de voir sa situation administrative examinée au regard de l'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié, laquelle est toujours en cours. Il ressort également de ses déclarations consignées dans le procès-verbal d'audition du 16 janvier 2024 que le requérant a porté cette démarche à la connaissance de l'officier de Police en faisant également état de son emploi de maçon et conducteur d'engins sur les chantiers, dont il justifie au jour de la présente audience par des bulletins de paye établis à son nom pour l'emploi d'ouvrier d'exécution. Dans ces conditions, le préfet de l'Essonne doit être regardé comme ne s'étant pas livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 16 janvier 2024 du préfet de l'Essonne.

4. Le présent jugement implique nécessairement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet de l'Essonne ou le préfet territorialement compétent réexamine la situation de M. B dans le délai de deux mois et lui délivre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant la durée de ce réexamen.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros qui sera versée à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 16 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Essonne a fait obligation à M. B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D B et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. C Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400451

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