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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2402318

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2402318

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2402318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantFAUVEAU IVANOVIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2024, M. C B, représenté par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2024 par lequel le préfet des Yvelines a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande de protection internationale ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à Me Fauveau Ivanovic au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que l'entretien individuel prévu par les dispositions de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 n'a été mené ni dans des conditions en garantissant la confidentialité, ni par une personne qualifiée en vertu du droit national, ni dans une langue qu'il comprend ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que les informations mentionnées par les dispositions de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 ne lui ont pas été remises par écrit dans une langue qu'il comprend ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les autorités françaises auraient dû décident d'examiner sa demande de protection internationale, par dérogation aux dispositions de l'article 3 du règlement du 26 juin 2013 et en application de la clause discrétionnaire mentionnée à l'article 17 de ce même règlement puisqu'il a subi des violences en Espagne ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire enregistré le 23 mars 2024, le préfet des Yvelines a produit des pièces.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 avril 2024 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Tordeur, avocate substituant Me Fauveau Ivanovic et représentant M. B non présent, en présence de M. B, interprète, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

- Me Hacker, avocate représentant le préfet des Yvelines, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais né le 20 mai 1986 a présenté une demande d'asile auprès de la préfecture des Yvelines le 19 janvier 2024. Après avoir constaté que l'intéressé avait été enregistré par les autorités espagnoles, le préfet a, le 28 décembre 2023, saisi ces autorités d'une demande de prise en charge qu'elles ont acceptée le 9 février 2024. Par un arrêté du 1er mars 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet des Yvelines a ordonné son transfert aux autorités espagnoles qu'il a estimées responsables de sa demande d'asile.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui le fonde. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. Il en est de même de celui tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et la brochure B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " ont été remises au requérant en langue française qu'il ne comprend pas au motif que ces documents n'existent pas en langue peule, seule langue comprise par le requérant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment du document signé par le requérant le 20 décembre 2023 à l'occasion de la remise des brochures que les informations que ces documents contiennent ont été portées oralement à sa connaissance par un interprète. Dans ces conditions, la remise orale des informations prévues par le 2. de l'article 4 du règlement du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 n'a pas privé le requérant d'une garantie ni n'a été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision de transfert. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 doit être écarté.

5. En cinquième lieu, il ressort des mentions portées sur le compte rendu de l'entretien individuel que ce dernier a été conduit par un agent qualifié de la préfecture dont les initiales figurent sur ce compte rendu ainsi que le cachet de la préfecture. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme établissant que l'entretien a bien, conformément aux dispositions du 5. de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013, été " mené par une personne qualifiée en vertu du droit national ".

6. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement du 26 juin 2013 : " Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. () ". Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.

7. En se bornant à produire divers documents, dont peu présentent un caractère particulièrement récents, du Haut-commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés, du comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations-Unies, de la commission et du Parlement européen ainsi que de certaines organisations non gouvernementales qui comportent des considérations générales sur le nombre de demandeurs d'asile présents en Espagne et relatent les conditions difficiles dans lesquelles certains d'entre eux ont été pris en charge, le requérant, qui ne fait état d'aucune vulnérabilité particulière, n'apporte pas la preuve qu'il existerait dans cet Etat membre de l'Union européenne des défaillances systémiques qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. A cet égard, la circonstance que la commission européenne a adressé une lettre de mise en demeure aux autorités espagnoles pour défaut de transposition de manière pleinement conforme de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale n'est pas plus de nature à établir l'existence de telles défaillances.

8. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté méconnaît l'article 3 précité doit être écarté. Il en est de même de celui tiré de la méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 qui est fondé sur les mêmes arguments.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 6 mars 2024 doit être annulé. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation ne peuvent qu'être rejetées ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. C B est admis, provisoirement, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

N. A Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2402318

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