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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403529

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403529

vendredi 10 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403529
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantAARPI ANDOTTE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 avril 2024 et le 6 mai 2024, M. B A, représenté par Me Ogier, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 30 juin 2023 par laquelle le président du conseil départemental des Yvelines a refusé de lui accorder un contrat jeune majeur et de la nouvelle décision de refus faite à sa demande présentée le 22 avril 2024, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;

3°) de mettre à la charge du département des Yvelines une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Ogier sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat et, en tout état de cause, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête en annulation est recevable ; le courrier électronique produit par le département ne permet pas d'établir la date de notification de la décision ; en admettant même qu'il aurait signé la notification de la décision le 4 juillet 2023, il justifie avoir déposé son recours en annulation le 22 août 2023, soit dans le délai de recours contentieux ; en tout état de cause, il a déposé une nouvelle demande, reçue par le département le 25 avril 2024 ;

- la condition d'urgence est remplie ; depuis le mois de juillet 2023, il n'a plus d'hébergement, a bénéficié ponctuellement de l'aide du 115 et alterne entre la rue et des dispositifs d'urgence ; les membres de sa famille résidant en France ne peuvent être regardées comme un soutien familial suffisant ;

- le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles est propre à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée ; scolarisé en classe de première professionnelle, il n'a pas d'emploi et ne dispose ni de ressources, ni de soutien familial suffisant ; il a seulement fait état de l'existence d'un ami sur le territoire français ; le caractère non sérieux des études est inopérant dès lors qu'il ne concerne ni les ressources, ni le soutien familial et qu'il ne figure pas parmi les motifs pouvant justifier un refus de contrat de jeune majeur ; au demeurant, un tel motif manque en fait dès lors qu'il obtient d'excellents résultats dans le cursus qu'il suit actuellement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2024, le conseil départemental des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête en référé est irrecevable dès lors que la requête en annulation est irrecevable car tardive ; la décision du 30 juin 2023, qui comportait les voies et délais de recours, lui a été remise en mains propres le 4 juillet 2023 alors que la requête en annulation a été enregistrée le 27 octobre 2023 ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que M. A n'est pas isolé en France et dépourvu de solution de logement, son oncle, sa tante et deux cousins du requérant résidant en Ile-de-France ;

- le moyen invoqué n'est pas propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n°2308865 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Sauvageot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 7 mai 2024 à 11 heures en présence de Mme Laforge, greffière d'audience, Mme Sauvageot a lu son rapport et entendu les observations de Me Ogier, représentant M. A, présent, qui reprend les conclusions et moyens développés dans les écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A sollicite du juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 30 juin 2023 par laquelle le président du conseil départemental des Yvelines a refusé de lui accorder un contrat jeune majeur et de la nouvelle décision de refus faite à sa nouvelle demande présentée le 22 avril 2024.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur la recevabilité de la requête :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ".

S'agissant des conclusions dirigées contre la décision du 30 juin 2023 :

4. Le conseil départemental des Yvelines soutient que la requête en référé est irrecevable dès lors que la demande en annulation présentée par M. A serait tardive car enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 27 octobre 2023 alors que la décision du 30 juin 2023, qui comporte les voies et délais de recours, a été notifiée en mains propres au requérant le 4 juillet 2023. Toutefois, les mentions de la décision contestée ne contiennent pas la date à laquelle elle a été signée par M. A. Quant au courrier électronique produit par le département dans lequel un agent indique que le document a été signé le 4 juillet 2023, il ne permet pas d'établir avec certitude la date à laquelle la décision a été notifiée à M. A et que les délais de recours contentieux auraient par suite couru à compter de cette date. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de l'Essonne, tirée de la tardiveté de la requête au fond, doit être écartée.

S'agissant des conclusions dirigées contre la décision de refus opposée à sa nouvelle demande de prise en charge par un courrier reçu le 25 avril 2024 :

5. M. A sollicite la suspension de la décision du département de lui refuser le bénéfice d'un contrat jeune majeur opposée à la nouvelle demande qu'il a formulée le 25 avril 2024 et qui serait révélée par les écritures produites par le département dans le cadre de l'instance au fond. Toutefois, à la date de la présente ordonnance, aucune décision n'est encore née sur cette demande, de sorte que la suspension d'une telle décision ne peut être utilement sollicitée. Ces conclusions sont donc irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

7. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Eu égard aux effets particuliers d'une décision refusant de poursuivre la prise en charge, au titre des deux derniers alinéas de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, d'un jeune jusque-là confié à l'aide sociale à l'enfance, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsqu'il demande la suspension d'une telle décision de refus. Il peut toutefois en aller autrement dans les cas où l'administration justifie de circonstances particulières, qu'il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.

8. Il résulte de l'instruction que M. A, entré sur le territoire français à l'âge de 16 ans a fait l'objet d'une mesure de placement jusqu'à sa majorité auprès des services de l'aide sociale à l'enfance du département des Yvelines par une décision du juge des enfants du tribunal judiciaire de Versailles du 9 août 2022. Si le département des Yvelines fait valoir que M. A n'est pas isolé sur le territoire et dépourvu de solution de logement dès lors qu'une tante, un oncle et deux de ses cousins résident en Seine-et-Marne et en Essonne, il ne résulte pas de l'instruction que ces derniers hébergeraient et pourvoiraient aux besoins du requérant. Au contraire, le rapport de l'intervenante socio-éducative du 16 juin 2023 indique que la tante du requérant ne veut pas s'occuper du requérant. Par ailleurs, M. A, actuellement scolarisé en classe de 1ère professionnelle, ne dispose d'aucune ressource et expose être dépourvu de tout logement. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux :

9. Aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article. () ".

10. Il résulte des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, qui a modifié cet article sur ce point, les jeunes majeurs de moins de vingt et un ans ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficie d'un droit à une nouvelle prise en charge par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.

11. Il est constant, en l'espèce, que M. A n'avait pas atteint l'âge de vingt et un an à la date de la décision attaquée et qu'il avait fait l'objet d'une mesure de placement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance jusqu'au 19 juillet 2023, date à laquelle il a atteint sa majorité. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le président du conseil du départemental des Yvelines, en refusant de prendre en charge de M. A, a méconnu les dispositions précitées du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et familiale, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

12. Les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le président du conseil départemental des Yvelines a rejeté sa demande de prise en charge " jeune majeur ".

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.

14. Il y a lieu, en l'espèce d'enjoindre au département des Yvelines d'accorder provisoirement au requérant, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision litigieuse, le bénéfice de la prise en charge temporaire prévue en faveur des jeunes majeurs par les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.

Sur les frais d'instance :

15. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département des Yvelines la somme de 1 000 euros à verser à Me Ogier, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision du président du conseil départemental des Yvelines du 30 juin 2023 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 3 : Dans l'attente du jugement au fond sur la requête de M. A, il est enjoint au département des Yvelines d'accorder provisoirement à celui-ci, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le bénéfice de la prise en charge temporaire prévue en faveur des jeunes majeurs par l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Ogier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, le département des Yvelines versera à Me Ogier, avocate de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au Conseil départemental des Yvelines.

Fait à Versailles, le 10 mai 2024.

La juge des référés,

Signé

J. Sauvageot

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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