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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2405852

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2405852

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2405852
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantTSOBGNI DJOUMETIO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 10 juillet 2024, le Vice-président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Versailles le dossier de la requête de M. D A.

Par cette requête, enregistrée le 3 juillet 2024 au tribunal administratif de Melun, M. D A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de procéder à un réexamen de sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-il n'est pas établi que la signataire de la décision attaquée ait reçu délégation du préfet ;

-son père est de nationalité française et le préfet n'était pas en droit de l'obliger à quitter le territoire au motif qu'il avait usé de faux documents, sans préjudice pour aucun ;

-la décision est entachée d'une erreur de droit ;

-il réside en France depuis quatre années et a tissé des relations amicales et fraternelles avec des parents, cousins et cousines, en sorte que la décision attaquée méconnaît de manière flagrante son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2024, le préfet du Seine et Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L.921-1 et L.921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article L.922-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 septembre 2024 :

- le rapport de Mme E ;

- les observations de Me Tsobgni Djoumetio, avocate désignée d'office, représentant M. A, non présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre que le requérant a entamé des démarches en 2024 en vue de régulariser sa situation ;

-le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 9 mars 1995 à Diawara, est entré sur le territoire français au mois de septembre 2021 et a été mis en possession d'un titre de séjour en qualité d'étudiant dont il n'a pas sollicité le renouvellement à sa venue à expiration le 19 octobre 2023. Il a été interpellé le 1er juillet 2024 porteur d'une fausse carte d'identité espagnole et placé en garde à vue. Par un arrêté du 1er juillet 2024 dont il demande l'annulation, le préfet de Seine-et Marne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C B, cheffe du bureau de l'éloignement à la préfecture de Seine-et-Marne, qui avait reçu du préfet de ce département délégation à l'effet de la signer par un arrêté n°24/BC/021 du 26 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° D77-26-04-2024 du même jour, ladite délégation n'étant soumise à aucune condition d'absence ou d'empêchement. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; ()

4. En l'espèce, M. A, qui s'est maintenu sur le sol français à l'expiration de la durée de validité de son titre de séjour en qualité d'étudiant dont il n'a pas sollicité le renouvellement, se trouvait dans la situation visée au 2° de l'article L. 611 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autorisant le préfet à l'obliger à quitter le territoire. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté. La circonstance que le père du requérant né au Sénégal en 1929 est titulaire de la nationalité française demeure à cet égard sans influence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que M. A ne possède pas cette nationalité.

5. En troisième lieu, si M A soutient que l'usage de faux documents ne porte préjudice à aucun, il ressort des pièces du dossier que, si le préfet a fait mention de l'usage de faux documents, il n'a pas fondé sa décision sur cette circonstance. Par suite, le moyen tiré de ce que l'usage de faux documents ne nuit à aucun doit être écarté comme inopérant.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si M. A, célibataire et sans charge de famille, soutient en des termes généraux avoir développé des relations affectives sur le sol français, il n'en démontre pas l'intensité, tandis qu'il ne justifie d'aucun diplôme illustrant son parcours d'étudiant à raison duquel il a été admis au séjour sur le sol français. Par suite, et alors même qu'il verse au dossier des bulletins de paye en qualité de préparateur de commandes, puis d'équipier polyvalent, cette insertion professionnelle qui a débuté au mois de juillet 2022 mais n'était autorisée qu'à titre accessoire jusqu'au mois d'octobre 2023, ne peut être tenue pour suffisamment significative. Enfin, il n'établit pas la réalité des démarches qu'il aurait entreprises en vue de la régularisation de sa situation. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, la décision du préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er juillet 2024 du préfet de Seine-et-Marne et que, par suite, sa requête doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M D A et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.

La magistrate désignée,

signé

M. E Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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