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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2406001

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2406001

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2406001
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBARON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2024, M. A B C, représenté par Me Baron, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner au directeur du centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis :

- de garantir, sans délai et de manière effective, son accès à un suivi médical spécialisé et adapté à son état de santé, en ce compris un suivi psychologique ;

- de garantir, sans délai et de manière effective, son affectation dans un secteur garantissant le respect de son intégrité physique et psychique et notamment :

- à l'écart des codétenus susceptibles de lui infliger des mesures de représailles ;

- à l'écart de l'autorité du gradé le soumettant à un traitement discriminatoire et arbitraire ;

- dans une cellule garantissant des conditions de détention respectueuses de sa dignité ;

- dans un secteur lui permettant d'exécuter sa peine privative de liberté dans les conditions prévues par le code de procédure pénale et notamment lui permettant de préparer sa réinsertion ;

3°) d'assortir cette injonction d'une astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code pénitentiaire ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Boukheloua, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C a été écroué le 23 février 2024 pour une peine de 25 mois d'emprisonnement au centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis. Selon ses dires, après avoir été affecté au quartier D1, il a été transféré au quartier D4 à la fin du mois d'avril 2024, puis placé préventivement en quartier disciplinaire dans la soirée du 10 juillet 2024, dont il a été libéré pour être placé, durant la nuit du 10 juillet au 11 juillet 2024, dans une salle d'attente située au quartier D2 puis dans une cellule de confinement au quartier D4. Il demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner plusieurs mesures afin de faire cesser les atteintes graves et manifestement illégales portées à ses libertés fondamentales.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B C, d'admettre l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administratives :

En ce qui concerne l'office du juge des référés en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Aux termes de l'article L. 521-2 du même code : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 803-8 du code de procédure pénale : " I.- Sans préjudice de sa possibilité de saisir le juge administratif en application des articles L. 521-1, L. 521-2 ou L. 521-3 du code de justice administrative, toute personne détenue dans un établissement pénitentiaire en application du présent code qui considère que ses conditions de détention sont contraires à la dignité de la personne humaine peut saisir le juge des libertés et de la détention, si elle est en détention provisoire, ou le juge de l'application des peines, si elle est condamnée et incarcérée en exécution d'une peine privative de liberté, afin qu'il soit mis fin à ces conditions de détention indignes. / Si les allégations figurant dans la requête sont circonstanciées, personnelles et actuelles, de sorte qu'elles constituent un commencement de preuve que les conditions de détention de la personne ne respectent pas la dignité de la personne, le juge déclare la requête recevable et, le cas échéant, informe par tout moyen le magistrat saisi du dossier de la procédure du dépôt de la requête. Cette décision doit intervenir dans un délai de dix jours à compter de la réception de la requête ". En vertu également de ces dispositions, le juge judiciaire peut ordonner à l'administration de mettre fin, par tout moyen, à ces conditions de détention dans un délai maximum d'un mois. Passé ce délai, si ces conditions perdurent, le juge ordonne soit le transfèrement de la personne, soit sa mise en liberté immédiate, le cas échéant sous contrôle judiciaire ou assignation à résidence, soit une autre mesure prévue au paragraphe III de l'article 707 de ce code.

5. Il résulte des dispositions citées au point 3 qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsqu'aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte. Le juge des référés peut, sur le fondement de cet article L. 521-2, ordonner à l'autorité compétente de prendre, à titre provisoire, une mesure d'organisation des services placés sous son autorité lorsqu'une telle mesure est nécessaire à la sauvegarde d'une liberté fondamentale. L'intervention du juge des référés dans les conditions d'urgence particulière prévues par le même article L. 521-2 est subordonnée au constat que la situation litigieuse permette de prendre utilement et à très bref délai les mesures de sauvegarde nécessaires. Compte tenu du cadre temporel dans lequel se prononce le juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 cité au point 3, les mesures qu'il peut ordonner doivent s'apprécier en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises.

6. En application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les dispositions de l'article L. 522-1 de ce code relatives à la procédure contradictoire et à la tenue d'une audience.

En ce qui concerne le bien-fondé des conclusions à fin d'injonction du requérant :

7. D'une part, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi ". Aux termes de l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ".

8. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 2 du code pénitentiaire : " Le service public pénitentiaire s'acquitte de ses missions dans le respect des droits et libertés garantis par la Constitution et les conventions internationales ratifiées par la France, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ". Aux termes de l'article L. 6 du même code : " L'administration pénitentiaire garantit à toute personne détenue le respect de sa dignité et de ses droits. L'exercice de ceux-ci ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles résultant des contraintes inhérentes à la détention, du maintien de la sécurité et du bon ordre des établissements, de la prévention de la commission de nouvelles infractions et de la protection de l'intérêt des victimes. Ces restrictions tiennent compte de l'âge, de l'état de santé, du handicap, de l'identité de genre et de la personnalité de chaque personne détenue ". Aux termes de l'article L. 7 de ce code : " L'administration pénitentiaire doit assurer à chaque personne détenue une protection effective de son intégrité physique en tous lieux collectifs et individuels ".

9. Eu égard à la vulnérabilité des détenus et à leur situation d'entière dépendance vis à vis de l'administration, il appartient à celle-ci, et notamment aux directeurs des établissements pénitentiaires, en leur qualité de chefs de service, de prendre les mesures propres à protéger leur vie ainsi qu'à leur éviter tout traitement inhumain ou dégradant afin de garantir le respect effectif des exigences découlant des principes rappelés notamment par les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le droit au respect de la vie ainsi que le droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains ou dégradants constituent des libertés fondamentales au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Lorsque la carence de l'autorité publique crée un danger caractérisé et imminent pour la vie des personnes ou les expose à être soumises, de manière caractérisée, à un traitement inhumain ou dégradant, portant ainsi une atteinte grave et manifestement illégale à ces libertés fondamentales, et que la situation permet de prendre utilement des mesures de sauvegarde dans un délai de quarante-huit heures, le juge des référés peut, au titre de la procédure particulière prévue par l'article L. 521-2 précité, prescrire toutes les mesures de nature à faire cesser la situation résultant de cette carence.

10. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment des écritures du requérant et des courriels envoyés les 4 et 11 juillet 2024 par son avocat à la direction de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, d'une part, que les craintes de représailles que M. B C a signalé, à la suite d'un incident intervenu avec des détenus du quartier D1, ont donné lieu à son éloignement de ce quartier à la fin du mois d'avril 2024, et d'autre part, que si la cellule du quartier D4, dans laquelle il a été affecté à partir de cette période, était infestée de nuisibles, la direction de la maison d'arrêt a procédé à sa désinfection au début du mois de juillet 2024. En outre, les écritures du requérant mentionnent qu'il a demandé, le 2 juillet 2024, à ce que sa sécurité soit garantie, au besoin par son placement à l'isolement, à la suite de l'arrivée supposée au quartier D4 d'un détenu précédemment affecté au quartier D1, et que c'est sur décision médicale prise par le médecin de garde, que son placement en quartier disciplinaire dans la soirée du 10 juillet 2024 a été interrompu au bout de quelques heures au bénéfice d'un placement en cellule de confinement. Ainsi, en l'état de l'instruction, il n'est démontré ni que les difficultés signalées par M. B C ne sont pas suivies d'effet, ni qu'il est fait obstacle à un suivi médical adapté ou à sa détention dans des conditions respectueuses de sa dignité, l'accompagnement de son placement en cellule de confinement, à la suite de sa demande de protection, par une surveillance nocturne quotidienne, n'étant pas étranger à l'état de santé dégradé dont il se prévaut. Ainsi, l'administration pénitentiaire devant être regardée comme tentant de remédier dans des délais raisonnables, compte tenu des moyens dont elle dispose, aux difficultés signalées par M. B C, il n'y a pas lieu de douter de la volonté de cette administration de répondre, compte tenu de ses moyens, à ses autres demandes, notamment à celle de disposer d'un suivi psychologique, d'accéder à nouveau à des activités sportives ou de participer à des activités ayant pour finalité de préparer sa réinsertion.

11. En deuxième lieu, M. B C n'établit par aucun commencement de preuve qu'une des correspondances de son avocat aurait été ouverte par l'administration pénitentiaire, ni qu'il ferait personnellement l'objet d'une discrimination ou d'une hostilité verbale, voire physique, de la part de certains personnels de surveillance du quartier D4. A cet égard, les seules déclarations de son conseil figurant dans un courriel du 11 juillet 2024 ne peuvent en tenir lieu.

12. Il résulte de tout ce qui précède qu'il ne saurait être constaté, dans les circonstances de l'espèce, une carence avérée de l'autorité publique créant un danger caractérisé et imminent pour la vie de M. B C ou l'exposant à être soumis, de manière caractérisée, à un traitement inhumain ou dégradant.

13. Dès lors, en dépit de la situation difficile du requérant, et en l'état de l'instruction, M. B C ne justifie pas qu'il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à ses libertés fondamentales, et que sa situation propre impose de prendre utilement les mesures de sauvegarde qu'il demande dans un délai de quarante-huit heures.

14. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte de M. B C doivent être rejetées sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Sur les frais du litige :

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B C présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B C est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B C et à Me Chloé Baron.

Fait à Versailles, le 16 juillet 2024.

La juge des référés,

signé

N. Boukheloua

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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