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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2103669

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2103669

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2103669
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBOIRON-BERTRAND MAX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2021, la société civile immobilière (SCI) LL et la SCI de l'Oise, représentées par Me Vanoutryve, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mai 2021 par lequel le maire de la commune de Lamorlaye s'est opposé à la déclaration préalable tendant à la division avec détachement d'un lot à bâtir des parcelles cadastrées section BI n°s 3 et 108, situées aux n°s 58-60 avenue Charles de Gaulle et au n°12 de la 6ème avenue, sur le territoire de cette commune ;

2°) d'enjoindre à la commune de Lamorlaye de réexaminer sa demande de déclaration préalable dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lamorlaye la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elles soutiennent que :

- le projet litigieux a déjà fait l'objet d'une décision de non-opposition à déclaration préalable en date du 31 janvier 2014, de telle sorte que le maire de Lamorlaye ne pouvait s'opposer à leur nouvelle demande du 29 mars 2021 ;

- c'est à tort que le maire a estimé que le projet méconnait l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme dès lors que le projet s'insère parfaitement dans son environnement et qu'il ne prévoit l'abattage d'aucun arbre.

Une mise en demeure a été adressée le 20 juin 2022 à la commune de Lamorlaye, en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 11 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 10 novembre 2023 à 12h00.

Un mémoire en défense a été produit pour la commune de Lamorlaye le 19 avril 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Parisi, conseillère,

- et les conclusions de Mme Beaucourt, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 29 mars 2021, la SCI LL et la SCI de l'Oise ont déposé, par l'intermédiaire de la SELARL Cabinet André, société de géomètres-experts, une demande de déclaration préalable tendant à la division avec détachement d'un lot à bâtir des parcelles cadastrées section BI n°s 3 et 108, situées au n°s 58-60 avenue Charles de Gaulle et au n°12 6ème avenue sur le territoire de la commune de Lamorlaye. Par un arrêté du 26 mai 2021, dont les sociétés LL et de l'Oise demandent l'annulation, le maire de cette commune s'est opposé à cette déclaration préalable.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Il résulte de ces dispositions que, sous réserve du cas où, postérieurement à la clôture de l'instruction, le défendeur soumettrait au juge une production contenant l'exposé d'une circonstance de fait dont il n'était pas en mesure de faire état avant cette date et qui serait susceptible d'exercer une influence sur le jugement de l'affaire, le défendeur à l'instance qui, en dépit d'une mise en demeure, n'a pas produit avant la clôture de l'instruction est réputé avoir acquiescé aux faits exposés par le requérant dans ses écritures. Il appartient alors seulement au juge de vérifier que la situation de fait invoquée par le demandeur n'est pas contredite par les pièces du dossier.

3. En dépit de la mise en demeure dont elle a pris connaissance dès le 20 décembre 2022, comme cela résulte de l'accusé réception délivré par l'application " Télérecours ", la commune de Lamorlaye n'a produit un mémoire en défense que le 19 avril 2024, soit cinq mois après la clôture de l'instruction qui a été fixée au 10 novembre 2023 par une ordonnance du 11 octobre 2023. Dans ces conditions, et alors que ce mémoire ne contient l'exposé d'aucune circonstance de fait dont la commune n'était pas en mesure de faire état avant la clôture de l'instruction, la commune de Lamorlaye est réputée avoir acquiescé aux faits exposés par les requérants qui ne sont pas contredits par les pièces du dossier.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis ". L'article L. 421-7 du même code dispose que : " Lorsque les constructions, aménagements, installations et travaux font l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à leur exécution ou imposer des prescriptions lorsque les conditions prévues à l'article L. 421-6 ne sont pas réunies ". Et aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " Le permis de construire () ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords () ".

5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager ou de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. "

7. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux paysages naturels avoisinants, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité des permis de construire délivrés, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux qu'elles visent.

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la rubrique n°4 " le projet " du formulaire cerfa de demande de déclaration préalable ainsi que du plan de division, que le projet consiste à diviser les parcelles cadastrées section BI n° 108 et n° 3, appartenant respectivement à la SCI LL et à la SCI de l'Oise, en deux lots, un lot A à bâtir et un lot B supportant des constructions préexistantes. Il est constant que le site d'implantation du projet est situé dans un site inscrit, la vallée de la Nonette, qui se caractérise par un caractère largement boisé et qu'il s'implante au sein du Domaine du Lys, objet d'un classement particulier en zone UL du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Lamorlaye, laquelle bénéficie dans son intégralité " d'une protection paysagère ". Dans ces conditions, la division projetée s'insère dans un cadre résidentiel au sein d'un espace forestier et un environnement patrimonial qui présentent tous deux un intérêt naturel, architectural et patrimonial particulier ainsi que des caractéristiques paysagères qu'il convient de préserver.

9. Premièrement, pour s'opposer à la déclaration préalable litigieuse au motif de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, la commune de Lamorlaye a considéré que le projet ne respecte pas la morphologie parcellaire du quartier résidentiel forestier du Domaine du Lys. S'il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement du plan de situation, que le découpage cadastral au sein du Domaine du Lys se caractérise par des parcelles rectangulaires et standardisées, la seule circonstance qu'une des parcelles issues de la division en litige déroge à cette morphologie type ne suffit pas, à elle seule, à créer une rupture telle qu'elle témoignerait un défaut d'insertion dans le parcellaire existant.

10. Deuxièmement, si la commune a estimé, dans sa décision, que la création d'un lot à bâtir porte atteinte au caractère protégé du site inscrit en ce qu'elle implique l'abattage de nombreux arbres, une telle circonstance ne ressort pas des pièces du dossier alors que les sociétés requérantes soutiennent, ce à quoi il est acquiescé et non contredit par les pièces du dossier, que le projet de lotissement n'entrainera aucun abattage d'arbre. En tout état de cause, il n'est pas établi que le projet de lotissement litigieux ne permettrait pas une implantation d'une construction dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme précitées ne pourrait être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.

11. Dans ces conditions, et alors même que l'architecte des bâtiments de France a rendu un avis simple défavorable au projet, les sociétés requérantes sont fondées à soutenir qu'en opposant le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, le maire de Lamorlaye a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

12. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen de la requête n'est pas de nature à justifier l'annulation de l'arrêté attaqué.

13. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté litigieux du 26 mai 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, comme les requérantes le demandent sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au maire de la commune de Lamorlaye de procéder au réexamen de la déclaration préalable dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

15. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Lamorlaye une somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance.

16. D'autre part, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à cet égard par la SCI LL et la SCI de l'Oise sont sans objet.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 mai 2021 du maire de la commune de Lamorlaye est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Lamorlaye de procéder au réexamen de la déclaration préalable déposée par la SCI LL et la SCI de l'Oise dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Lamorlaye versera à la SCI LL et à la SCI de l'Oise une somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière LL, la société civile immobilière de l'Oise et à la commune de Lamorlaye.

Délibéré après l'audience du 23 avril 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- M. Lapaquette, premier conseiller,

- Mme Parisi, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

J. PARISI

Le président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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