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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2201484

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2201484

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2201484
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU4
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mai 2022, M. C A représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français sous un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement, une autorisation provisoire de séjour valable durant le temps nécessaire au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à Me Pereira, son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- cet arrêté, en toutes les décisions qu'il exprime, est insuffisamment motivé en fait et a été pris sans examen de sa situation familiale qui n'est absolument pas décrite ;

- cet arrêté en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français et fixe la Guinée comme pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au vu des nouveaux éléments qui n'ont pu être examinés dans le cadre de sa demande d'asile ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Binand, magistrat désigné,

- les observations de Me Pereira pour M. A qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, fait valoir que la préfète de la Somme, en l'autorisant le 25 mai 2022 à saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides d'une demande de réexamen de sa demande d'asile, a implicitement mais nécessairement abrogé les décisions en litige et insiste sur le caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français, dès lors qu'il ne fait pas état de l'appréciation portée sur chacun des critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant de la République de Guinée né le 19 novembre 1998, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par décisions du 16 septembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et du 23 décembre 2021 de la Cour nationale du droit d'asile. Par cette requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du

12 avril 2022 par lequel la préfète de l'Oise, a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République de Guinée ou tout autre pays dans lequel il serait admissible comme pays de renvoi pour l'exécution de son éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant un an.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte des dispositions de l'article L. 541-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsque l'étranger, sollicitant l'enregistrement d'une demande d'asile a fait l'objet, préalablement à la présentation de sa demande, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, cette dernière ne peut être mise à exécution tant que l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 de ce code. Aussi, la délivrance à M. A le 25 mai 2022, par la préfète de l'Oise, d'une attestation de demandeur d'asile afin de lui permettre de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides d'une demande de réexamen en procédure accélérée, si elle a fait obstacle à l'exécution d'office de la mesure d'éloignement dont l'intéressé est l'objet jusqu'à l'issue de ce réexamen ne peut être regardée comme procédant implicitement mais nécessairement à l'abrogation définitive de l'arrêté attaqué. La requête de M. A n'ayant dès lors pas perdu son objet en cours d'instance, il y a lieu de statuer sur ses conclusions.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français sous trente jours :

3. En premier lieu, la préfète de l'Oise a indiqué de manière suffisamment précise les motifs de droit et les considérations de fait sur lesquels elle s'est fondée. En particulier, il est exposé que M. A du fait du rejet définitif de sa demande d'asile et de l'absence de droit au séjour à un autre titre, notamment en raison de sa situation familiale, entre dans le champ d'application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et qu'aucune circonstance tenant à sa situation ne justifie de lui octroyer un délai supérieur à trente jours pour déférer volontairement à l'obligation de quitter le territoire qui lui est faite. Dès lors, cet arrêté permet de vérifier que l'autorité préfectorale a procédé à un examen de la situation particulière de M. A au regard des stipulations et des dispositions législatives et réglementaires applicables et met ce dernier à même d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant un délai de départ volontaire de trente jours qu'il exprime, auraient été prises par la préfète de l'Oise sans procéder à l'examen d'ensemble de la situation de M. A dont elle avait connaissance, alors, d'ailleurs, que le requérant ne fait valoir aucun élément caractérisant sa situation familiale que l'autorité préfectorale n'aurait pas pris en considération. Il s'ensuit que le moyen en ce sens doit être écarté.

5. En troisième lieu, M. A ne peut utilement invoquer invoquer, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il est l'objet, les risques auxquels il serait exposé en cas de retour en Guinée, dès lors que cette mesure d'éloignement, n'a ni pour objet ni pour effet de le renvoyer dans ce pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par cette décision de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

6. En premier lieu, en indiquant, pour fixer la Guinée comme pays de renvoi, au visa des stipulations et dispositions pertinentes, que M. A se déclare ressortissant de ce pays et qu'il ne justifie être exposé au risque de subir des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni attentatoires à sa vie ou à sa liberté, la préfète de l'Oise a suffisamment motivé l'arrêté sur ce point. Il s'ensuit que le moyen en ce sens doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort des motifs mêmes de l'arrêté attaqué que la décision fixant le pays de renvoi pour l'éloignement d'office de M. A a été précédé de l'examen de sa situation. Il s'ensuit que le moyen en ce sens doit être écarté.

8. En troisième lieu, , en critiquant l'appréciation portée par la Cour nationale du droit d'asile sur le bien-fondé de sa demande d'asile, en indiquant qu'il a réuni de nouveaux éléments justifiant le réexamen de celle-ci, et en produisant, sans les assortir toutefois d'un développement circonstancié, un avis de recherche, un mandat d'arrêt, datés de 2019 ainsi que le témoignage daté du début de l'année 2022 du secrétaire général adjoint de l'union des forces démocratiques de Guinée venant au soutien de ses activités militantes et des arrestations en 2016 et 2017 qu'il a fait valoir dans son récit, M. A n'établit pas la bien-fondé et l'actualité des risques auxquels il serait exposés en cas de retour en Guinée. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué, en tant qu'il fixe la République de Guinée comme pays de renvoi, méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté sa décision, dans son principe, lorsqu'elle a accordé un délai de départ volontaire, et dans tous les cas dans sa durée, eu égard aux critères prévus à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

10. En l'espèce, pour décider d'interdire M. A de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, la préfète de l'Oise a exposé que l'intéressé entrait dans le champ d'application de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que, " dans les circonstances propres au cas d'espèce ", cette décision ne porterait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale. Elle n'a indiqué, toutefois, dans aucune des mentions de l'arrêté en litige, les circonstances de l'espèce se rapportant à chacun de critères qu'elle a ainsi prise en considération, et notamment si l'intéressé avait ou non fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement. Par suite, M. A est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivé.

11. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 12 avril 2022 de la préfète de l'Oise, doit être annulé en tant qu'il interdit M. A de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette interdiction.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement n'implique pas que l'autorité préfectorale réexamine la situation de M. A. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées en ce sens doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Me Pereira, conseil de M. A, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Pereira renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 avril 2022 de la préfète de l'Oise est annulé en ce qu'il interdit le retour de M. A sur le territoire français pour une durée d'un an.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Me Pereira, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Pereira renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la préfète de l'Oise et à Me Pereira.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

C. B

Le greffier,

Signé

N. Verjot

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2201484

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