mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2201989 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BIROLINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 juin 2022, Mme A B, épouse C, représentée par Me Birolini, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à la préfète de l'Oise, dans le délai de quinze jours, sous
astreinte de cinquante euros par jour de retard, de lui délivrer par tous moyens une carte de résident de dix ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa situation présente un caractère d'urgence, dès lors qu'il n'est pas contesté qu'elle a droit à une carte de résident, qu'un délai excessif et injustifié de fabrication de sa carte lui est opposé, ce qui la place dans une situation de précarité depuis avril 2021 ;
- sa demande de rendez-vous présente un caractère d'utilité dès lors que l'inaction de la préfète de l'Oise fait obstacle à sa propre décision lui reconnaissant son droit à la délivrance d'une carte de résident ;
- il n'existe aucune décision administrative faisant obstacle à l'injonction de délivrance d'une carte de résident et aucune contestation sérieuse à sa demande.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que la demande de la requérante ne peut être validée en raison d'un problème informatique, en cours de traitement mais qu'un récépissé valide jusqu'au 2 décembre 2022 lui a été délivré.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Derlange, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
2. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article
L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles
L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
3. Il résulte de l'instruction que Mme A B, épouse C, de nationalité marocaine, est entrée en France sous couvert d'un visa de long séjour au titre du regroupement familial, le 10 avril 2021 et a déposé une première demande de titre de séjour le 3 mai 2021. Il est constant que malgré cette demande, elle n'a pas pu obtenir la délivrance de la carte de résident à laquelle elle pouvait prétendre et ne s'est vue délivrer que des récépissés pour justifier du caractère régulier de sa situation administrative.
4. D'une part, la préfète de l'Oise ne conteste pas sérieusement le caractère urgent de la demande de Mme C de se voir délivrer une carte de résident, notamment eu égard au fait qu'un tel titre de séjour lui est demandé pour obtenir la délivrance d'un permis de conduire français ou s'inscrire à une formation diplômante, outre le fait que le maintien dans la situation de précarité dans laquelle elle s'est trouvée aussi longtemps entraine par lui-même des troubles dans les conditions d'existence et une atteinte à ses droits, en particulier de voir sa situation traitée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France.
5. D'autre part, en se bornant à faire valoir que la demande de Mme C ne peut être validée à raison d'un problème informatique à la préfecture, en cours de traitement à la suite d'une demande de dépannage au ministère de l'intérieur du 24 février 2022 mais qu'un récépissé valide jusqu'au 2 décembre 2022 lui a été délivré, la préfète de l'Oise n'oppose aucune contestation sérieuse aux conclusions de la requérante, en particulier compte tenu du caractère manifestement excessif du temps mis à traiter sa demande de carte de résident.
6. Dans ces conditions, la demande de Mme C tendant à obtenir la délivrance de sa carte de résident présente un caractère urgent et utile, en l'absence d'autres voies lui permettant de l'obtenir. Sa demande ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer cette carte de résident, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision, en assortissant cette injonction, compte tenu de l'inaction caractérisée de l'administration, d'une astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros qui sera versée à Mme C en application de ces dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er Il est enjoint à la préfète de l'Oise de délivrer à Mme C sa carte de résident dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 2 : L'Etat versera à Mme C une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, épouse C et à la préfète de l'Oise.
Fait à Amiens, le 5 juillet 2022.
Le président de la 2ème chambre,
Juge des référés
Signé :
S. Derlange
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.