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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2203436

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2203436

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2203436
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2022, M. A, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2022 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour à raison de son état de santé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la république du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que ses pathologies nécessitent un accès à un plateau technique et à un traitement qui ne sont pas accessibles au Congo ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen complet de sa situation, dès lors qu'il justifie d'une durée de présence en France importante et qu'il est titulaire d'un contrat de travail ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen complet de sa situation, dès lors qu'il justifie d'une durée de présence en France importante et qu'il est titulaire d'un contrat de travail ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Par ordonnance du 10 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

30 novembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure,

- et les observations de Me Pereira, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant congolais, né le 21 novembre 1967 à Pointe Noire (République du Congo), déclare être entré en France le 10 septembre 2013, sous couvert d'un visa touristique. Par arrêté du 12 octobre 2022, dont le requérant demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la république du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du

28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ".

5. M. A a déclaré à l'office français de l'immigration et de l'intégration plusieurs pathologies, dont une hypertension artérielle sévère, confirmée par une ordonnance délivrée le

14 février 2022, deux accidents vasculaires cérébraux ischémiques, dont le dernier s'est doublé d'une hémiparésie, ainsi qu'une fragilité anxio-dépressive. Il ressort également des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'une intervention ophtalmique le 18 octobre 2022 en raison d'une hémorragie intravitréenne de l'œil droit, diagnostiquée par une angiographie rétinienne ordonnée le 26 juillet 2022. Aux termes de l'avis qu'a rendu le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration le 19 août 2022, l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais un traitement approprié est effectivement disponible dans son pays, vers lequel il peut voyager sans risque. Si M. A soutient que son état de santé, en particulier lié à ses accidents vasculaires cérébraux et à son hypertension, nécessite l'accès à un plateau technique dans des délais raisonnables ainsi qu'un traitement, auxquels il n'aurait pas accès en République du Congo, dès lors, notamment qu'il en est parti depuis plus de neuf ans, il ne produit toutefois aucun élément de nature à l'établir. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise aurait méconnu les dispositions précitées.

6. En deuxième lieu, à supposer que, contrairement à ce qu'a retenu la préfète, M. A justifie d'un emploi dès lors qu'il bénéficie d'un contrat avec l'ESAT du Thérain, ce motif n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision litigieuse, dès lors que la préfète ne s'est pas fondée sur ce seul motif pour refuser de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, alors même que la préfète a retenu qu'il ne déclarait pas d'emploi et a par ailleurs indiqué que M. A ne justifiait pas d'un plein droit au séjour, le requérant n'est pas fondé à soutenir que sa demande n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet de sa situation, ni que le refus de titre de séjour, au demeurant, demandé sur le fondement de l'article L. 425-9 précité, résulterait d'un défaut d'examen de sa situation, ou serait entaché d'une erreur de fait.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () " et selon l'article L.611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

8. D'une part, M. A s'est vu refuser la délivrance du titre de séjour qu'il avait demandé, sans que l'illégalité de cette décision n'ait été établie. D'autre part, et comme cela a été exposé ci-dessus, M. A ne fait état d'aucun élément de nature à établir qu'il ne pourrait pas avoir accès aux soins nécessités par son état de santé en cas de retour en république du Congo. Enfin, M. A n'établit relever d'aucune des autres hypothèses listées par l'article L.611-3 précité. A cet égard, la circonstance que la décision litigieuse ait relevé qu'il déclarait être "sans emploi déclaré", alors qu'il bénéficie d'un contrat avec l'ESAT du Thérain depuis le 12 septembre 2022, sans toutefois avoir actualisé sa demande de titre de séjour auprès des services de la préfecture, est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire. Par suite, M. A n'est fondé ni à soutenir que l'examen de sa situation était incomplet, ni que la décision litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation.

9. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été exposé aux points 5 et 6 du présent jugement que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2022 doivent être rejetées, ainsi que celles qu'il a présentées à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète de l'Oise et à Me Pereira.

Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle, près le tribunal judiciaire d'Amiens.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Richard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

A. Rondepierre

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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