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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2300256

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2300256

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2300256
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2300421 du 24 janvier 2023, la présidente du tribunal administratif de Marseille a transmis au tribunal administratif d'Amiens, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme A B.

Par cette requête enregistrée le 13 janvier 2023 au greffe du tribunal administratif de Marseille, Mme B, représentée par Me Colas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une violation de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision rejetant sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 février 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 8 février 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,

- et les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine née le 26 novembre 2002, est entrée en France le 22 juillet 2019 selon ses déclarations. Le 18 août 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 422-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière. Par un jugement du 4 juillet 2022, le tribunal administratif de Marseille a annulé cet arrêté et a enjoint au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois. Par un arrêté du 12 décembre 2022, dont Mme B demande l'annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour refuser de délivrer à Mme B un titre de séjour en qualité d'étudiante, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur le motif tiré de ce que, d'une part, l'intéressée est entrée en France le 17 septembre 2019 sous couvert d'un passeport démuni de visa et déclare s'y être maintenue continuellement depuis, d'autre part, qu'elle ne dispose pas du visa long séjour " étudiant " prévu à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et, enfin, qu'elle ne produit aucun certificat de scolarité pour l'année 2022-2023 auprès d'un établissement d'enseignement supérieur français et ne justifie pas de ressources suffisantes telles que prévues à l'article L. 422-1 du même code.

4. Il est constant que Mme B est entrée en France démunie d'un visa de long séjour. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et il n'est pas contesté par le préfet des Bouches-du-Rhône, que l'intéressée est entrée régulièrement en France le 6 juillet 2019, puis le 17 septembre 2019, munie d'un visa de court séjour valable du 24 juin 2019 au 23 juin 2020 alors qu'elle était âgée de seize ans. Il ressort également des pièces du dossier que Mme B a été scolarisée en classe de Première au sein du lycée Victor Hugo à Marseille au titre de l'année scolaire 2019/2020, puis en classe de Terminale au sein du même établissement en 2020/2021, et qu'elle a obtenu son baccalauréat en 2021. Elle a ensuite réussi sa première année de bachelor universitaire de technologie (BUT) " technique de commercialisation " au titre de l'année universitaire 2021/2022 au sein de l'institut universitaire de technologie (IUT) d'Aix Marseille et s'est inscrite pour l'année universitaire 2022/2023 en deuxième année de diplôme universitaire de technologie (DUT) " techniques de commercialisation marketing " au sein de l'Université de Picardie Jules Verne d'Amiens. Ainsi, la requérante justifie avoir suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et poursuivre, à la date de la décision attaquée, des études supérieures. Par ailleurs, Mme B, par les pièces qu'elle produit, notamment des relevés et attestation bancaires en date des 6 juillet 2021 et 3 août 2022, justifie disposer de moyens d'existence suffisants, constitués en l'espèce de ressources versées par ses parents pour chaque année d'études. Enfin, il ressort des nombreuses attestations de ses professeurs et de l'ensemble des relevés de notes produits, que l'intéressée est sérieusement impliquée dans ses études. Dans ces conditions, en refusant de déroger à la condition tenant à l'exigence de visa de long séjour à raison du déroulement de ses études, le préfet des Bouches-du-Rhône a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du préfet des Bouches-du-Rhône du 12 décembre 2022 rejetant la demande de titre de séjour de Mme B doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et celle fixant le pays à destination de sa reconduite à la frontière.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, son exécution implique que le préfet de la Somme délivre à Mme B un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Il y a lieu, d'enjoindre à cette autorité d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. En l'espèce, Mme B n'établit pas avoir exposé d'autres frais que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été accordée par décision du 8 février 2023. Par suite sa demande tendant à ce que l'Etat lui verse la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 décembre 2022 du préfet des Bouches-du-Rhône est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Somme de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

La rapporteure,

signé

L. Bazin

La présidente,

signé

C. GalleLe greffier,

signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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