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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2302840

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2302840

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2302840
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantNDIAYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 août 2023, M. B A, représenté par Me Ndiaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Pakistan comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour revêtu de la mention "vie privée et familiale" ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il poursuit une scolarité sérieuse depuis plusieurs années, contrairement à ce que soutient le préfet qui n'a tenu compte que de l'année 2022-2023.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour dont il demande l'annulation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il souhaite poursuivre sa scolarité en France dans le cadre de laquelle il a signé un contrat d'apprentissage jusqu'au 1er juillet 2025, qu'il est bien intégré dans la société française et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'eu égard à l'instabilité politique et à l'insécurité qui règnent au Pakistan, il est exposé à un risque de torture et de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine.

Par ordonnance du 7 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 octobre 2023.

Le préfet de la Somme a présenté un mémoire le 14 novembre 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

20 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Le Gars, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant pakistanais né le 7 juillet 2004, déclare être entré en France le 31 mai 2020. Il a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 juillet 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Pakistan comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète de la Somme a donné délégation à Mme Myriam Garcia, secrétaire générale, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué auraient été pris par une autorité incompétente, manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que la situation personnelle de M. A n'ait été dument prise en compte. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de cette dernière doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".

5. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", présentée sur le fondement des dispositions précitées, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui était alors inscrit en vue de la préparation d'un certificat d'aptitude professionnelle, a présenté de nombreuses absences à compter du second semestre de l'année 2020-2021, qui se sont intensifiées au cours des années scolaires 2021-2022 et 2022-2023, de sorte que plusieurs enseignants ont indiqué que les notes attribuées à l'intéressé ne reflétaient pas son niveau scolaire. Si l'intéressé soutient que ses absences sont dues à son état dépressif, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. Par suite, le requérant, qui ne conteste pas les autres éléments pris en considération par le préfet, n'est pas fondé à soutenir qu'en se fondant sur ces circonstances pour refuser sa demande de titre de séjour, le préfet de la Somme, qui ne s'en est pas tenu aux résultats de l'année 2022-2023, aurait méconnu les dispositions précitées.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, compte tenu de ce qu'il a été dit au point 7, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale à raison de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

10. Si M. A fait valoir qu'il souhaite poursuivre sa scolarité en France dans le cadre de laquelle il a signé un contrat d'apprentissage jusqu'au 1er juillet 2025, qu'il est bien intégré dans la société française et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans enfant, et qu'il dispose d'attaches familiales au Pakistan où réside sa famille. Par ailleurs, M. A ne soutient, ni même n'allègue, qu'il ne pourrait pas poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de la Somme n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée en prenant la décision attaquée et n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Si M. A soutient être exposé à un risque de tortures et d'acte inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément de preuve à l'appui de ses allégations.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

V. Le Gars

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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