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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2400054

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2400054

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2400054
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantHOMEHR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 janvier 2024 et le 30 janvier 2024, la commune de Bouvaincourt-sur-Bresle, représentée par Me Homehr, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'autoriser, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de M. B T, de M. Y AD, de M. AA K, de M. O E, de M. G U, AE Z X, de M. R AB, AE A M, de M. B J et de M. Q H, des emplacements qu'ils occupent au sein du camping municipal, et ce à leurs frais et risques, au besoin avec le concours de la force publique ;

2°) d'enjoindre aux intéressés de libérer les lieux sans délai sous astreinte de 50 euros par jours de retard en évacuant les objets mobiliers leur appartenant ou étant placés sous leur garde ;

3°) de mettre à la charge de chacun des intéressés le versement d'une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les personnes mises en cause se maintiennent sans droit ni titre au sein du camping alors que les conventions d'occupation, conclues à titre précaire et révocable, dont ils bénéficiaient sont venues à leur terme le 31 décembre 2023 et n'ont pas été renouvelées ;

- leur présence fait obstacle à la réalisation des travaux d'entretien, de réparation de mise aux normes et en conformités indispensables à l'exploitation de ce camping, qui a été fermé dans ce but jusqu'au 1er avril 2024 et retarde d'autant la réouverture des installations au public ; elle compromet par elle-même la santé et la sécurité publique, compte tenu notamment des risques d'insalubrité et d'incendie inhérents aux non-conformités constatées.

Par un mémoire enregistré le 22 janvier 2024 M. L et Mme D, font valoir qu'ils disposent d'une solution de relogement à l'extérieur du camping à compter du 1er février 2024 ;

Par un mémoire enregistré le 22 janvier 2024, M. H fait valoir qu'il a quitté depuis le 20 décembre 2023 l'emplacement qu'il occupait au sein du camping municipal;

Par un mémoire enregistré le 29 janvier 2024, M. B T, M. AA K, M. O E et Mme A M, représentés par Me Colliou, concluent au rejet de la requête et à la mise à la charge de la commune de Bouvaincourt-sur-Bresle d'une somme totale de 2 500 euros.

Ils et elle font valoir que :

- il n'est pas établi que les travaux dont la commune fait état présentent un caractère urgent ni que leur présence sur les lieux fait obstacle à leur réalisation ; des travaux d'abattage d'arbres ont d'ailleurs été réalisés le 23 janvier 2024, en méconnaissance des dispositions du plan local d'urbanisme et des dispositions de l'article R.421-19 du code de l'urbanisme, et des travaux d'élagage sont en cours ; il en est de même des défauts de conformité invoqués par la commune qui n'ont été constatés que postérieurement aux premières décisions d'éviction ; certains nouveaux locataires ont été autorisés à regagner le camping en dépit de sa fermeture ce qui démontre que l'intention réelle de la commune est de modifier le profil des résidents alors qu'eux-mêmes ne disposent à ce jour d'aucune solution de relogement ;

- dans ces conditions, l'expulsion ne présente aucun caractère d'utilité ;

- les décisions de non-renouvellement de leur convention d'occupation temporaire font l'objet de recours contentieux, critiquant leur légalité externe et interne, de sorte que ces conventions seront regardées comme ayant été tacitement renouvelées, si ces recours sont accueillis ; par ailleurs, ils se sont acquittés du loyer correspondant au mois de janvier 2024 ; dans ces conditions, il existe une contestation sérieuse quant à leur qualité d'occupants sans droit ni titre du domaine public ;

- il existe une contestation sérieuse sur la légalité des décisions de non-renouvellement de ces conventions tenant au défaut de motivation en droit et en fait, à l'absence de procédure contradictoire préalable, au caractère inapplicable ratione temporis du règlement intérieur sur lequel elles se fondent, aux erreurs de droit et de faits entachant les motifs de la mise en demeure, au caractère irrégulier et infondé de l'éviction encourue, à la rupture d'égalité entre les usagers du service public et au caractère disproportionné de la mesure d'expulsion.

La requête a été communiquée à M. N C, Mme D F, M. I L, Mme W AC et à M. P S qui n'ont pas présenté d'observations.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 janvier 2024 à 15 heures 15, en présence AE Grare, greffière :

- le rapport de M. Binand, juge des référés ;

- les observations de Me Homehr pour la commune de Bouvaincourt-sur-Bresle qui reprend en les développant, les moyens et arguments de la requête en insistant sur ce que :

- la mesure d'expulsion sollicitée est nécessaire pour assurer la mise aux normes régissant l'accès des personnes à mobilité réduite, de défense contre l'incendie et d'assainissement ainsi que le respect de l'obligation de ne pas élire domicile au sein du terrain de camping prévue au code du tourisme ;

- les intéressés disposent d'une résidence principale, à l'exception de deux qui n'ont pas donné suite aux propositions de relogement qui leur ont été adressées :

- les observations de Me Monange pour M. B T, M. AA K, M. O E et Mme A M qui reprend, en les développant, les arguments déjà développés, en insistant sur ce que ;

- l'urgence alléguée n'est pas établie dès lors que leur présence ne fait nullement obstacle à la réalisation des travaux prévus durant la période de fermeture du camping ;

- la proposition de relogement dont la commune fait état concerne un seul et même logement et excède en tout état de cause leur capacité financière ;

- les observations de M. AD qui fait valoir la durée continue et les conditions régulières d'occupation depuis plusieurs années d'un emplacement au sein du camping municipal ;

- les observations de M. U qui fait valoir la durée continue et les conditions régulières d'occupation depuis plusieurs années d'un emplacement au sein du camping municipal ;

- les observations de M. X qui fait valoir la durée continue et les conditions régulières d'occupation depuis plusieurs années d'un emplacement au sein du camping municipal ;

- les observations AE AC qui prend acte de l'abandon des conclusions de la commune dirigées à son encontre ;

- et les observations de M. H qui conclut au rejet des demandes de la commune dirigées à son encontre dès lors qu'il a quitté les lieux avant l'introduction de la requête.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience à 16h15 la clôture de l'instruction.

Une note en délibéré a été présentée pour MM T, K, E et Mme M le 30 janvier 2024 à 19h31.

Une note en délibéré a été présentée pour la commune de Bouvaincourt-sur-Bresle le 1er février 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. " Saisi sur ce fondement d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, dont l'expulsion d'occupants sans titre du domaine public, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

2. Il résulte de l'instruction que la commune de Bouvaincourt-sur-Bresle a décidé en 2022 de modifier le classement du parc résidentiel de loisirs " Les grands prés " ouvert sur son territoire et a adopté, en conséquence un nouveau règlement intérieur prévoyant notamment, la fermeture annuelle du camping du 1er janvier au 31 mars à compter de l'année 2024 ainsi qu'une augmentation de la tarification de l'occupation des emplacements. Parallèlement, la commune a décidé de ne pas renouveler les conventions d'occupation conclues avec certains des occupants du camping venant à leur terme au 31 décembre 2023 et, par un arrêté du 12 décembre 2023, son maire a décidé la fermeture du camping au public du 1er janvier 2024 au 31 mars 2024 inclus afin de permettre la réalisation de travaux de mise en conformité. Par cette requête, et dans le dernier état de ses écritures et observations présentées avant la clôture de l'instruction, la commune demande au juge des référés d'autoriser, au besoin avec le concours de la force publique, l'expulsion de M. T, de M. AD, de M. K, de M. E, de M. U, AE X, de M. AB, AE M, de M. J et de M. H, au motif qu'ils se maintiennent depuis le 1er janvier 2024 sur les emplacements dont ils disposaient antérieurement sans autorisation d'occupation et ce en dépit de la fermeture saisonnière au public qui a été prescrite.

3. Pour justifier de l'urgence et de l'utilité de la mesure d'expulsion qu'elle sollicite, la commune de Bouvaincourt-sur-Bresle fait valoir que le maintien d'occupants au sein du camping empêche la bonne réalisation des travaux d'entretien et de mise en conformité devant être réalisés durant la période de fermeture et qui constituent le préalable à sa remise en exploitation. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, au regard des éléments versés au débat contradictoire, que la présence, qui au demeurant n'est pas systématique au cours de la journée, d'une quinzaine d'occupants et de leurs véhicules au sein du camping, constituerait par elle-même un obstacle difficilement surmontable à la réalisation des travaux de mise en conformité mentionnés par l'arrêté du 12 décembre 2023, qui consistent à vérifier les installations électriques et de défense contre l'incendie, à renforcer ces dernières, à assurer l'accessibilité des équipements aux personnes à mobilité réduite, à revoir et afficher les consignes d'évacuation et l'éclairage des issues de secours, à installer des dispositifs d'alerte sonore, à créer un accès routier carrossable supplémentaire pour les services de secours et à abattre des arbres, cette dernière opération ayant pu être mise en oeuvre, au demeurant, en dépit de difficultés tenant notamment à la gêne et au non-respect du balisage du chantier qui ont été rencontrées. Il en est de même des autres travaux d'élagage prévus et des opérations de diagnostic et d'intervention sur le réseau d'assainissement et des divers travaux d'entretien dont il est fait état. Il n'est pas davantage établi, en l'état de l'instruction, que lesdites causes de non-conformités, relevées par les organismes de contrôle dès le mois de septembre 2023 et qui n'ont pas conduit à décider la fermeture immédiate du camping, présenteraient par leur nature un risque immédiat pour la sécurité publique, et donc celle des occupants, auquel il ne pourrait être remédié aisément par d'autres mesures que la libération des lieux. Par ailleurs, si la commune fait valoir que le maintien des occupants sans titre, et plus généralement, des aménagements qu'ils ont réalisés à demeure sur leurs habitations et abords en violation des prescriptions du règlement intérieur, compromet à ce jour l'affectation du camping à son usage normal, cette assertion n'est pas confortée en l'état de l'instruction, alors que cette occupation ne porte que sur une part restreinte de la capacité d'accueil, d'environ 130 emplacements et que les installations ne pourront être réouvertes au public, en tout état de cause, que lorsqu'il aura été remédié aux non-conformités mentionnées dans l'arrêté municipal du 12 décembre 2023.

4. Il résulte de ce qui précède, que, en l'état de l'instruction, la commune de Bouvaincourt-sur-Bresle ne justifie pas que la mesure d'expulsion qu'elle sollicite présente un caractère d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 511-3 du code de justice administrative. Il s'ensuit que les conclusions qu'elle présente sur ce fondement doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner si elles se heurtent à une contestation sérieuse.

5. Enfin, les dispositions de l'article L .761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le versement d'une somme soit mis sur leur fondement à la charge des défendeurs, qui ne sont pas la partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Bouvaincourt-sur-Bresle la somme que MM T, K, E et Mme M demandent au titre des mêmes dispositions.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de la commune de Bouvaincourt-sur-Bresle est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de MM T, K, E et AE Mme M présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article3 : La présente ordonnance sera notifiée la commune de Bouvaincourt-sur-Bresle, à M. B T, M. Y AD, M. AA K, M. O E, M. G U, Mme Z X, M. R AB, Mme A M, M. B J, M. Q H, M. N C, Mme D F, M. I L, Mme W AC et à M. P S.

Fait à Amiens, le 8 février 2024.

Le juge des référés,

Signé :

C. BINANDLa greffière,

Signé :

S. GRARE

La République mande et ordonne au préfet de la Somme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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