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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101631

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101631

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101631
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantOTT-RAYNAUD

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n° 2101631 enregistré le 15 juin 2021, Mme A B, représentée par Me Ott-Raynaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 avril 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier intercommunal de Toulon La Seyne-sur-Mer (CHITS) lui a " accordé " une deuxième période de six mois de disponibilité d'office pour raisons de santé, du 1er mars 2021 au 31 août 2021 inclus ;

2°) d'enjoindre au CHITS de procéder à son reclassement dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au CHITS de reconstituer sa carrière dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du CHITS une somme de 2 000 euros, à verser à Me Ott-Raynaud, son avocat, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a reçu aucune convocation à la séance du comité médical, qu'elle a donc été privée de son droit de se faire entendre par un médecin de son choix, qu'elle n'a pas été en mesure de consulter son dossier médical et de présenter des observations ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit tirée de l'absence de démarches du centre hospitalier en vue d'un reclassement.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 février 2023, le centre hospitalier intercommunal de Toulon La Seyne-sur-Mer conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à la mise à la charge de la requérante d'une somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 7 juin 2021, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance en date du 9 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 mars 2023 en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

II. Par une requête n° 2102455 enregistré le 6 septembre 2021, Mme A B, représentée par Me Ott-Raynaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 août 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier intercommunal de Toulon La Seyne-sur-Mer (CHITS) lui a " accordé " une troisième période de six mois de disponibilité d'office pour raisons de santé, du 1er septembre 2021 au 28 février 2022 inclus ;

2°) d'enjoindre au CHITS de procéder à son reclassement dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au CHITS de reconstituer sa carrière dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du CHITS une somme de 2 000 euros, à verser à Me Ott-Raynaud, son avocat, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a reçu aucune convocation à la séance du comité médical, qu'elle a donc été privée de son droit de se faire entendre par un médecin de son choix, qu'elle n'a pas été en mesure de consulter son dossier médical et de présenter des observations ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit tirée de l'absence de démarches du centre hospitalier en vue d'un reclassement.

La requête a été communiquée à directeur du centre hospitalier intercommunal de Toulon La Seyne-sur-Mer, qui, malgré une mise en demeure, n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 27 septembre 2021, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance en date du 24 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

21 juin 2022 en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret du 13 octobre 1988 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires hospitaliers

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le décret n° 2007-1188 du 3 août 2007 portant statut particulier du corps des aides-soignants et des agents des services hospitaliers qualifiés de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Karbal, rapporteur,

-et les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, âgée de 48 ans au moment des faits, est agent de service hospitalier qualifié au sein du service pédopsychiatrie du centre hospitalier intercommunal de Toulon

La Seyne-sur-Mer (CHITS) depuis le 1er aout 1996. Cette dernière a subi plusieurs accidents reconnus comme étant imputables au service. Elle a d'abord été victime d'un premier accident, survenu le 5 septembre 2001, puis le 21 mars 2005 et enfin le 6 mars 2006. Elle a repris son poste à mi-temps thérapeutique le 23 novembre 2006. Après plusieurs rechutes et compte tenu de ses problèmes de santé, Mme B a été placée en congé de longue durée, d'abord au titre du congé de maladie ordinaire, puis du congé de longue durée du 30 août 2014 au 29 août 2017 à plein traitement, et à demi-traitement depuis le 30 aout 2017. Son congé de longue durée s'est prolongé jusqu'au 29 août 2019. Faisant suite à une demande de la direction des ressources humaines du CHITS, Mme B a, par courrier du 10 juillet 2020, sollicité son reclassement. Par décision du 5 janvier 2021, le directeur du CHITS a prononcé, pour une 1ère période de dix-huit mois, son placement en disponibilité d'office pour raisons de santé, laquelle a été prolongée, par décision du 26 avril 2021, pour une deuxième période de six mois du 1er mars 2021 au

31 août 2021 inclus, et pour une troisième période du 1er septembre 2021 au 28 février 2022 inclus, par décision du 25 août 2021.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

3. Malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 14 mars 2023 et dont il a accusé réception le 16 mars suivant, le centre hospitalier intercommunal de Toulon La Seyne-sur-Mer n'a produit aucun mémoire en défense. Il est donc réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête n°2102455. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par l'instruction et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction au requérant. En outre, l'acquiescement aux faits est en lui-même sans conséquence sur la qualification juridique au regard des textes sur lesquels l'administration s'est fondée ou dont le requérant revendique l'application.

Sur la jonction :

4. Les requêtes n° 2101631 et n° 2102455 concernent le même agent public et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article 71 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée prévoit que : " Lorsque les fonctionnaires sont reconnus, par suite d'altération de leur état de santé, inaptes à l'exercice de leurs fonctions, le poste de travail auquel ils sont affectés est adapté à leur état de santé. Lorsque l'adaptation du poste de travail n'est pas possible, ces fonctionnaires peuvent être reclassés dans des emplois d'un autre corps ou cadre d'emplois en priorité dans leur administration d'origine ou à défaut dans toute administration ou établissement public mentionnés à l'article 2 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé. Par dérogation, la procédure de reclassement peut être engagée en l'absence de demande de l'intéressé. Ce dernier dispose en ce cas de voies de recours. ". Aux termes de l'article 29 du décret du 13 octobre 1988 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires hospitaliers : " La mise en disponibilité d'office prévue à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée ne peut être prononcée que s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues par la section 3 du chapitre V de cette loi. () ". Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que lorsqu'un fonctionnaire a été, à l'issue de ses droits statutaires à congé de maladie, reconnu inapte à la reprise des fonctions qu'il occupait antérieurement et alors que, comme c'est le cas en l'espèce, le comité médical ne s'est pas prononcé sur sa capacité à occuper, par voie de réaffectation, de détachement ou de reclassement, un autre emploi, éventuellement dans un autre corps ou un autre grade, l'autorité hiérarchique ne peut placer cet agent en disponibilité d'office sans l'avoir préalablement invité à présenter, s'il le souhaite, une demande de reclassement.

6. Il résulte d'un principe général du droit, dont s'inspirent tant les dispositions du code du travail relatives à la situation des salariés qui, pour des raisons médicales, ne peuvent plus occuper leur emploi, que les règles statutaires applicables dans ce cas aux fonctionnaires, que, lorsqu'il a été médicalement constaté qu'un salarié se trouve, de manière définitive, atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, il incombe à l'employeur public, avant de pouvoir prononcer son licenciement, de chercher à reclasser l'intéressé. La mise en œuvre de ce principe implique que l'employeur propose à ce dernier un emploi compatible avec son état de santé et aussi équivalent que possible à l'emploi précédemment occupé ou, à défaut d'un tel emploi, tout autre emploi si l'intéressé l'accepte. Dans le cas où le reclassement s'avère impossible, faute d'emploi vacant, ou si l'intéressé refuse la proposition qui lui est faite, il appartient à l'employeur de prononcer, dans les conditions applicables à l'intéressé, son licenciement. L'employeur doit être regardé comme ayant satisfait à son obligation de reclassement s'il établit être dans l'impossibilité de trouver un nouvel emploi approprié aux capacités de son agent malgré une recherche effective et sérieuse.

7. Il ressort des pièces du dossier que le CHITS a invité la requérante à formuler une demande de reclassement par courrier du 17 juin 2020, laquelle a, par courrier du 18 juin 2020, sollicité un reclassement professionnel dans un autre corps ainsi qu'une demande de disponibilité d'office à compter du 30 août 2019, puis, par la voie de son conseil, a renouvelé sa demande le 10 juillet 2020.

8. Il ne ressort toutefois pas des termes des décisions du 26 avril 2021 et du 25 août 2021, intervenues après consultation du comité médical départemental, lequel dans sa séance du 8 avril 2021 et du 5 août 2021, s'est prononcé en faveur de la prolongation de la disponibilité d'office de Mme B pour une période de six mois, que le CHITS ait examiné la possibilité de procéder au reclassement de l'intéressée sur un poste adéquat alors même que le comité médical ne relevait aucune inaptitude définitive à tout autre emploi. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le CHITS se soit livré à cet examen. Si le CHITS se borne à faire valoir que la requérante a refusé un poste le 4 mars 2020, qu'elle n'a entrepris aucune démarche pour réaliser un bilan de compétences, il ne dément pas les assertions de l'intéressée selon lesquelles aucune proposition de reclassement lui a été faite suite à ses demandes formulées une première fois le 18 juin 2020, puis une seconde fois le 10 juillet 2020. Dès lors, les décisions du directeur du CHITS sont intervenues en méconnaissance des dispositions précitées qui imposent de justifier de l'impossibilité effective de reclasser l'agent avant de le placer en disponibilité d'office. Par suite, Mme B est fondée, sans qu'il soit besoin de statuer sur ses autres moyens, à demander l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins de reclassement :

9. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'instance enregistrée au tribunal administratif de Toulon, sous le n°2203441, et des écritures versées en défense dans la présente instance, que la requérante a été reclassée depuis le 3 janvier 2023.

10. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'injonction présentées sur le fondement de l'article L 911-1 du code de justice administrative sont devenues sans objet et il n'y a donc plus lieu d'y statuer. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'astreinte.

En ce qui concerne les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier intercommunal de Toulon La Seyne-sur-Mer, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991, la somme de 1 200 euros au profit du conseil de Mme B, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État. Ces mêmes dispositions font en revanche obstacle à ce que Mme B, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au CHITS la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions susvisées en date des 26 avril et 25 août 2021, sont annulées.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le centre hospitalier intercommunal de Toulon La Seyne-sur-Mer versera la somme de 1 200 euros au conseil de Mme B, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Ott-Raynaud et au directeur du centre hospitalier intercommunal de Toulon La Seyne-sur-Mer (CHITS).

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Karbal, conseiller,

M. Helayel conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

Z. KARBALLe président,

Signé

Ph. HARANG La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

N°s 2101631, 2102455

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