jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2103106 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CACCIAPAGLIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 novembre 2021, Mme B C, représentée par Me Cacciapaglia, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision n°14562 du 15 septembre 2021 par lequel le directeur du centre hospitalier (CH) Henri Guérin de Pierrefeu du Var l'a suspendue de ses fonctions à compter du même jour en vertu de l'obligation vaccinale ;
2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier Henri Guérin de Pierrefeu du Var de la réintégrer dans ses fonctions, de lui reverser son traitement avec effet rétroactif et de procéder à la reconstitution de sa carrière sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge le centre hospitalier Henri Guérin de Pierrefeu du Var la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est recevable ;
- l'auteur de l'acte est incompétent faute de délégation régulièrement publiée ou affichée ;
- la décision n'est pas motivée en fait au sens des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision méconnait le principe général de non-rétroactivité des actes administratifs puisqu'elle lui a été notifiée le 16 septembre 2021 ;
- la décision est prise en violation des articles 12, 13 et 14 de la loi n°2021-1040 du 5 août 2021, de l'article 49-1 du décret du 2021-699 du 1er juin 2021, les articles 41 et 66 de la loi
n°86-33 du 9 janvier 1986, l'article 15 du décret n°88-386 et entachée d'erreur manifeste d'appréciation : le directeur ne peut pas exiger d'un agent placé en arrêt maladie depuis le
20 septembre 2021 de présenter un schéma vaccinal valide tandis qu'il n'est plus à même d'exercer son activité professionnelle ; elle ne pouvait être privée de ses droits acquis à avancement en raison de la non présentation d'un certificat de vaccination tandis qu'elle était en arrêt maladie, arrêt transmis dans les 48 heures suivant à son établissement ; la période de suspension ne peut être assimilée à du travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés et ne peut pas ne pas être prise en compte au titre de l'avancement ;
- l'obligation vaccinale n'est pas applicable aux agents sans contact avec le public mais travaillant au sein d'un centre hospitalier, le but du législateur étant la non propagation du virus de la Covid 19 aux personnes vulnérables ;
- selon la jurisprudence du Conseil d'Etat le régime de la maladie prime sur les décisions de suspension ;
- la décision porte gravement atteinte à la liberté de travail et du droit au respect de la vie privée, atteintes qui ne sont aucunement justifiées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2022, le CH Henri Guérin de Pierrefeu du Var, représenté par Me Magnaval, conclut au rejet de la requête et de mettre à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros en application de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021, modifié par le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Karbal, rapporteur,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C épouse A est infirmière et exerce ses fonctions au sein du Centre hospitalier (CH) Henri Guérin de Pierrefeu du Var. Par une décision du 15 septembre 2021, le directeur du CH Henri Guérin de Pierrefeu du Var l'a suspendue de ses fonctions sans traitement à compter du 15 septembre 2021 jusqu'à la présentation des justificatifs requis pour l'exercice de ses fonctions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la situation de compétence liée :
2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, dans sa version applicable au litige : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code ; () ". Aux termes de l'article 13 de la même loi, dans sa version applicable au litige : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. () / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication. Ce certificat peut, le cas échéant, comprendre une date de validité. / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont salariées ou agents publics. () / V. - Les employeurs sont chargés de contrôler le respect de l'obligation prévue au I de l'article 12 par les personnes placées sous leur responsabilité. () ". Et aux termes de l'article 14 de la même loi, dans sa version applicable au litige : " I. - () B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. () / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit. () ".
3. Il résulte des dispositions précitées de la loi du 5 août 2021, d'une part, qu'à compter du 15 septembre 2021, les agents publics entrant dans la champ d'application du I de l'article 12 de cette loi qui ne justifient pas avoir satisfait à l'obligation vaccinale contre la covid-19 ou être exemptés de cette obligation vaccinale pour motifs médicaux, ne peuvent plus exercer leur activité professionnelle et, d'autre part, qu'il revient aux employeurs publics de contrôler le respect de l'obligation vaccinale de ces agents placés sous leur responsabilité. Par suite, lorsqu'un agent public n'a produit aucun élément permettant de justifier de son obligation vaccinale, ni aucun certificat médical de contre-indication à la vaccination, l'employeur public, qui ne peut que constater l'absence de vaccination et l'absence de toute justification alléguée, sans avoir à porter d'appréciation, est en conséquence légalement tenue de le suspendre de ses fonctions ou de son contrat de travail jusqu'à ce qu'il ait justifié d'un schéma vaccinal complet ou produit les justificatifs prévus au I de l'article 13 de la loi précité.
4. Lorsqu'une personne publique se trouve en situation de compétence liée pour prendre un acte, l'ensemble des moyens soulevés à l'encontre d'un tel acte sont inopérants, à l'exception des moyens susceptibles de remettre en cause l'existence même d'une situation de compétence liée.
5. En l'espèce, il est constant que la requérante, infirmière hospitalière, était soumise à l'obligation vaccinale contre la covid-19 édictée par l'article 12 de la loi du 5 août 2021. Il est également constant que, au 15 septembre 2021, la requérante, alors en activité à la date de la décision attaquée, n'a pas justifié avoir satisfait à l'obligation vaccinale ou ne pas s'y être soumise auprès du CH Henri Guérin de Pierrefeu du Var et qu'elle ne conteste d'ailleurs pas l'absence de toute contre-indication médicale particulière. Dans ces conditions, le CH Henri Guérin de Pierrefeu du Var, qui a constaté, dans le cadre de la mission de contrôle qui lui est confiée par le législateur, que les conditions impliquant que la requérante soit suspendue de ses fonctions sans traitement à compter du 15 septembre 2021 étaient réunies, sans avoir à porter d'appréciation en l'absence de justification invoquée, était en situation de compétence liée pour prendre la décision attaquée.
En ce qui concerne les moyens de la requête :
6. Les autres moyens de la requête, qui ne sont pas susceptibles de remettre en cause l'existence même de la situation de compétence liée du CH Henri Guérin de Pierrefeu du Var pour prendre la décision attaquée, doivent être écartés comme inopérants.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 15 septembre 2021 présentées par Mme C épouse A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CH Henri Guérin de Pierrefeu du Var, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande Mme C épouse A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme C épouse A une somme de 500 euros au titre des frais exposés par le CH Henri Guérin de Pierrefeu du Var et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête Mme C épouse A est rejetée.
Article 2 : Mme C épouse A versera au CH Henri Guérin de Pierrefeu du Var une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et au centre hospitalier Henri Guérin de Pierrefeu du Var.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
Mme Mathilde Montalieu, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
Z. KARBAL
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
A. CAILLEAUX
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026