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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2004293

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2004293

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2004293
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantLE PRADO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 21 avril 2020 et le 12 mars 2021, la société Batigère en Ile-de-France, représentée par Me Didier Le Prado, avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, demande au tribunal administratif :

1°) d'annuler le titre exécutoire en date du 6 novembre 2019 par lequel le maire de Sevran (93) a mis à sa charge la somme de 51 875,95 euros correspondant aux frais d'entretien des " espaces libres " du quartier Montceleux pour l'année 2019 ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme réclamée en ce qu'elle excède le montant de 7 847 euros (= 13 300 m2 * 0,59 €) ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Sevran la somme de 3 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire contesté est irrégulier en la forme en ce qu'il n'est pas signé par son auteur, ne comporte pas la mention du prénom, nom et qualité de celui-ci et n'indique pas les bases de liquidation de la créance ;

- il est mal fondé en raison du caractère excessif des sommes réclamées du fait de la diminution de la surface plancher hors-œuvre des édifices déterminant le montant de la participation forfaitaire, résultant de la destruction de la tour n° 1 de la résidence " Belle Aurore " ; la contribution doit désormais être calculée sur la base d'une surface de 13 300 m2 et d'un montant par m2 de la participation égal à 0,59 €.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 24 septembre 2020 et 25 mars 2022, la commune de Sevran, représentée par le cabinet HDLA avocats, conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête de la société Batigère ;

- à titre subsidiaire, à ce que la somme de 41 057,10 € (= 13 965 m2 * 2,94 €) soit maintenue à la charge de la société Batigère ;

- enfin, à la condamnation de la société Batigère à lui payer la somme de 3 500 € sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient :

- que le titre de perception contesté est régulier en la forme : il n'avait pas à être signé par le maire, dès lors que le bordereau l'était ; l'absence de mention des nom et prénom du maire de Sevran est sans incidence ; enfin, le courrier accompagnant le titre exécutoire litigieux comportait l'indication du détail du calcul de la somme de 51 875,95 euros réclamée ; dès lors le titre exécutoire permettait à la société Batigère de connaître les bases de liquidation.

- qu'elle a bien tenu compte de la destruction d'une des tours pour calculer le montant de la participation, le montant de la redevance initiale ayant été réduit d'1/3, pour aboutir à 51 875,95 € ;

- à titre subsidiaire, le montant doit être ramené à 41 057,10 € = 13 965 m2 correspondant à la surface hors œuvre nette (SHON) des tours 2 et 3 * 2,94 € correspondant au montant par m2 actualisé de la participation.

Le recours a régulièrement été communiqué au comptable assignataire de la recette,

M. le trésorier principal de la commune de Sevran, qui n'a pas produit d'observation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Romnicianu, vice-président,

- les conclusions de Mme Mathieu, rapporteure publique,

- et les observations de Me Dimondo, représentant la commune de Sevran.

Considérant ce qui suit :

1.Par un titre exécutoire émis le 6 novembre 2019, le maire de la commune de Sevran (93) a mis à la charge de la société Batigère en Ile-de-France la somme de 51 875,95 € correspondant aux frais d'entretien des espaces libres du quartier Montceleux pour l'année 2019. La société Batigère demande, d'une part, l'annulation de ce titre exécutoire et, d'autre part, à être déchargée de l'obligation d'acquitter cette somme en ce qu'elle dépasse le montant de 7 847 euros.

En ce qui concerne la régularité du titre de perception attaqué :

2.Aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Ainsi, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

3.En l'espèce, la commune fait valoir que le titre exécutoire litigieux, au demeurant non produit à l'instance, faisait référence à un courrier adressé à la société Batigère le

26 octobre 2019 intitulé " mémoire des sommes dues " au titre de l'entretien des espaces libres / quartier Montceleux / année 2019 et détaillant les modalités de calcul de la redevance 2019 d'un montant de 51 875,95 €, en fonction, d'une part, de la participation par m2 de surface plancher hors-œuvre en application de la formule de réévaluation et, d'autre part, du nombre de m2 de surface plancher hors-œuvre.

4.Toutefois, outre qu'elle ne produit pas le titre exécutoire litigieux comportant la référence précitée, la commune n'établit, en tout état de cause, ni que le courrier du

26 octobre 2019 était joint au titre de perception, ni qu'il aurait été précédemment notifié à la société Batigère, alors que celle-ci conteste fermement l'avoir reçu. Dans ces conditions, la société Batigère est fondée à soutenir que la participation litigieuse a été mise en recouvrement sans que les bases de liquidation de la créance lui aient été précisément indiquées au préalable et, pour ce seul motif de forme, à demander l'annulation du titre de perception en litige.

En ce qui concerne le bien-fondé du titre de perception attaqué :

5.D'une part, il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'aménagement de la zone d'aménagement concertée (ZAC) de Sevran, la société anonyme d'habitation à loyer modéré La Seimaroise, aux droits de laquelle est venue la société Batigère en Ile-de-France, a conclu le

23 août 1979 avec la commune de Sevran une convention d'entretien par laquelle elle s'est engagée au versement d'une participation annuelle de 3,90 francs (= 0,59 €) " par mètre carré de surface plancher hors-œuvre des édifices construits " par elle, au titre de l'entretien des espaces libres du quartier Montceleux. Le montant de cette participation est réévalué au 1er janvier de chaque année selon une formule arithmétique déterminée. La convention, qui est signée pour une durée de

60 ans, est renouvelable par tacite reconduction.

6.D'autre part, il résulte de l'instruction et, notamment, des pages 34 et 39 de la convention partenariale conclue le 24 mai 2010 entre la commune de Sevran, l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) et les bailleurs sociaux, dont la société Batigère en Ile-de-France, que le projet de rénovation du quartier Monceleux, qui repose notamment sur une volonté de diversification d'une offre de logements " plus proches des aspirations des habitants ", prévoit la démolition en deux phases des trois tours de la résidence Belle Aurore construite en 1975 par la société requérante pour une surface totale de 21 253,05 m2. La démolition de la première tour de la résidence Belle Aurore d'une surface de 7 288,05 m2 a été effective le 17 novembre 2016.

7.Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points 5 et 6 que la destruction de la tour

n° 1 de la résidence Belle-Aurore en 2016 a entraîné une diminution du nombre de mètres carrés de la surface plancher hors œuvre des édifices construits par la société Batigère, laquelle doit désormais être fixée à 13 965 m2, après déduction de 7 288,05 m2 de la surface initiale de 21 253,05 m2.

8. En outre, il n'est pas contesté par la société requérante que le montant actualisé, après réévaluation au 1er janvier de chaque année selon la formule arithmétique déterminée, prévue par la convention, de la participation par m2 de surface plancher hors-œuvre, doit être fixé à 2,94 € / m2.

9.Dans ces conditions, le montant de la redevance au titre de l'année 2019 doit être fixé, en retenant une surface de 13 965 m2 multipliée par 2,94 euros le m2, à 41 057,10 euros.

10.Il résulte de ce qui précède que la société Batigère en Ile-de-France est seulement fondée à être déchargée de la redevance mise à sa charge pour la partie excédant le montant de 41 057,10 euros.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société Batigère, qui n'est pas en l'espèce la partie perdante, soit condamnée à verser à la commune de Sevran une somme au titre des frais engagés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de Sevran le versement d'une somme de 1 500 euros à la société Batigère au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre exécutoire en date du 6 novembre 2019 par lequel le maire de Sevran a mis à la charge de la société Batigère en Ile-de-France la somme de 51 875, 95 € est annulé.

Article 2 : La somme réclamée par la commune de Sevran à la société Batigère en Ile-de-France est ramenée à un montant de 41 057,10 euros, la société Batigère étant déchargée de l'obligation de paiement du surplus.

Article 3 : La commune de Sevran versera la somme de 1 500 euros à la société Batigère en Ile-de-France au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Batigère en Ile-de-France est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Sevran présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société Batigère en Ile-de-France et à la commune de Sevran.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romicianu, président,

Mme Nathalie Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Youssef Khiat, conseiller.

Lu en audience publique le 16 novembre 2022.

Le président rapporteur,

Signé

M. AL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

N. Dupuy-Bardot

La greffière,

Signé

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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