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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2004677

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2004677

lundi 19 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2004677
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantDESFARGES PIERRE-HENRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mai 2020, M. A C, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental a rejeté le recours administratif préalable qu'il a exercé contre la décision lui réclamant le remboursement d'un trop-perçu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 640,84 euros ;

2°) de le décharger du paiement de la somme de 11 640,84 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée de défaut de motivation ;

- elle ne comporte pas les mentions prévues aux articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les droits de la défense ont été méconnus ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance du 1 de l'article 6 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dans la mesure où l'administration n'a pas examiné la stabilité et l'effectivité de sa résidence à l'aune de la décision rendue par le Conseil d'Etat le 20 octobre 2017 sous le numéro 405572 et où il n'a jamais eu la volonté de frauder ;

- il est fondé à demander une remise gracieuse totale de sa dette.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2022 le département de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné Mme B pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par cet article.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience du 21 novembre 2022.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

L'affaire a été renvoyée à une nouvelle audience.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience du 5 décembre 2022.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 4 décembre 2019, la caisse des allocations familiales de la Seine-Saint-Denis a réclamé à M. C le remboursement d'un trop-perçu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 11 640,84 euros. Par un courrier du 16 décembre 2019, M. C a exercé contre cette décision un recours administratif préalable et en l'absence de réponse, une décision implicite de rejet du président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis est née. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de la décision implicite de rejet du président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, ainsi que la décharge de la somme de 11 640,84 euros dont le remboursement lui est réclamé.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

2. Lorsque le recours dont le juge administratif est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, de prime d'activité ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans son office d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale () ", laquelle est composée et constituée au sein du conseil d'administration de la caisse d'allocations familiales. Aux termes du I de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles : " Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. / Cette convention précise en particulier : / 1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé ; / 2° Les modalités d'échange des données entre les parties ; / 3° La liste et les modalités d'exercice et de contrôle des compétences déléguées, le cas échéant, par le département aux organismes mentionnés à l'article L. 262-16 () ". Aux termes de l'article R. 262-60 de ce code : " La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à : / () 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental ; ces stipulations portent notamment sur l'objet et le montant des litiges dont la commission est saisie et les conditions financières de cette intervention () ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-90 du même code : " Lorsqu'elle est saisie, la commission de recours amiable se prononce dans un délai d'un mois à compter de la date de saisine. A réception de l'avis, le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. / Si elle ne s'est pas prononcée au terme du délai mentionné au précédent alinéa, son avis est réputé rendu et le président du conseil départemental statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. () ".

4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. L'application de ce principe n'est pas exclue en cas d'omission d'une procédure obligatoire, à condition qu'une telle omission n'ait pas pour effet d'affecter la compétence de l'auteur de l'acte.

5. Dans ce cadre, il appartient au tribunal administratif, saisi d'un moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable de l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, de s'assurer du caractère obligatoire de cette consultation dans l'hypothèse en litige, en vertu des clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et l'organisme. En revanche, la circonstance que le législateur ait entendu permettre à chaque département, agissant par voie de convention avec cet organisme, de déterminer les hypothèses dans lesquelles les réclamations dirigées contre des décisions relatives au revenu de solidarité active sont soumises pour avis à sa commission de recours amiable n'a pas pour effet de retirer à la consultation de cette commission, eu égard à sa nature et à sa composition, le caractère d'une garantie apportée, lorsqu'elle est prévue, au bénéficiaire du revenu de solidarité active.

6. Pour justifier que la commission de recours amiable prévue à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles n'a pas été consultée, le département de la Seine-Saint-Denis fait valoir en défense qu'en application de la convention de gestion du RSA conclue avec la caisse des allocations familiales conformément au I de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles citées au point 3, les demandes de remise gracieuse en matière d'indu de RSA ne sont pas soumises à l'avis de la commission de recours amiable. Cependant, il résulte des termes du courrier du 16 décembre 2019 de M. C versé au dossier que ce dernier ne formulait pas une demande de remise gracieuse mais contestait, dans le cadre du recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles cité au point 3, le bien-fondé de la décision d'indu de RSA émise à son encontre par la caisse des allocations familiales en date du 4 décembre 2019. Dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'une telle contestation ne serait pas soumise à l'avis de la commission pour recours amiable, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, qui l'a privé d'une garantie.

7. Il s'ensuit que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a rejeté le recours administratif préalable exercé par M. C contre la décision d'indu de RSA prise à son encontre par la CAF le 4 décembre 2019 doit être annulée et l'intéressé doit être déchargé du paiement de la somme de de 11 640,84 euros.

Sur les frais d'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de la Seine-Saint-Denis une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a rejeté le recours administratif préalable exercé par M. C contre la décision d'indu de RSA prise à son encontre par la CAF le 4 décembre 2019 est annulée.

Article 2 : M. C est déchargé du paiement de la somme de 11 640,84 euros.

Article 3 : Le département de la Seine-Saint-Denis versera la somme de 1 000 euros à M. C.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au département de la Seine-Saint-Denis et à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

M. B

La greffière,

Signé

T. Chonville

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.-

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