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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2100219

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2100219

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2100219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL BASIC ROUSSEAU AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2018013, enregistrée le 8 janvier 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête présentée par Mme B D, représentée par Me Rousseau.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal initialement saisi le 1er novembre 2020, et des mémoires, enregistrés les 14 mars et 22 novembre 2022, Mme D, représentée en dernier lieu par la Selarl MDMH (Me Maumont), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 21 août 2020 par laquelle le secrétaire général du Conseil d'Etat a rejeté sa demande tendant à bénéficier de la protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre au Conseil d'Etat de faire droit à sa demande de protection fonctionnelle en lui accordant notamment un soutien financier pour les frais engendrés par les procédures judiciaires envisagées devant les juridictions pénales et les frais engagés pour les procédures administrative initiées du fait de la situation de harcèlement dont elle a été victime et des préjudices qui en ont résulté ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- en rejetant sa demande de protection fonctionnelle au motif que l'enquête interne n'a pas permis d'établir la véracité des faits de harcèlement invoqués, alors que le législateur n'exige pas de qualification juridique précise pour que cette protection soit accordée et qu'il suffit que l'agent ait pu être victime de menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations et outrages, l'administration a entaché sa décision d'une erreur de droit ;

- la protection fonctionnelle aurait dû lui être accordée dès lors que l'ensemble des faits qu'elle a relatés permettent de présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral sans qu'y fasse obstacle l'insuffisance professionnelle alléguée et l'absence d'intention de l'auteur des agissements, et que la matérialité du harcèlement sexuel est établie ;

- alors que l'existence d'une situation de harcèlement suffit pour obliger l'administration à lui accorder la protection fonctionnelle afin de prendre en charge les frais d'avocat qu'elle a engagés pour défendre ses intérêts, toutes les mesures susceptibles d'être envisagées pour assurer sa protection et la préservation de sa santé face aux faits de harcèlement dont elle a été victime n'ont pas été prises ; en effet, la mise en œuvre d'une protection par l'administration a consisté uniquement en une consultation du médecin de prévention et dans un changement de fonctions au bout de six mois, sans que les agissements de son supérieur hiérarchique n'aient fait l'objet d'un signalement sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale et qu'aient été entreprises des démarches pour l'aider à retrouver un poste équivalent ;

- la Défenseure des droits a, dans ses observations du 27 octobre 2022, estimé que les mesures de protection prises par l'administration après son signalement ont été insuffisantes et incomplètes ;

- l'illégalité du défaut de protection fonctionnelle est corroborée par l'analyse de l'association européenne contre les violences faites aux femmes au travail dans son mémoire en intervention volontaire, laquelle explique notamment que le " harcèlement sexuel environnemental " est reconnu par le juge judiciaire, de même que par l'intervention volontaire de l'Union fédérale CGT des syndicats de l'Etat (UFSE-CGT).

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 juillet 2021, le 21 octobre 2022 et le 1er mars 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés ;

- les moyens invoqués par les intervenants volontaires ne sont pas fondés ;

- la requérante a été accompagnée dans ses démarches afin de solliciter l'imputabilité au service de sa maladie par courrier du 6 avril 2021.

Par des interventions, enregistrées le 8 juillet 2022 et le 30 octobre 2022, l'Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT libres et égales) demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête n°2100219 présentée par Mme D.

Elle soutient qu'elle a un intérêt suffisant et légitime à intervenir au soutien de la requête de Mme D, se réfère aux moyens exposés dans sa requête et précise que le " harcèlement sexuel environnemental " doit être reconnu en l'espèce.

Par des interventions, enregistrées le 11 juillet 2022 et le 25 février 2023, l'Union fédérale CGT des syndicats de l'Etat (UFSE-CGT) demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête n°2100219 présentée par Mme D.

Elle soutient qu'elle a un intérêt suffisant et légitime à intervenir au soutien de la requête de Mme D, se réfère aux moyens exposés dans sa requête, précise que le " harcèlement d'ambiance " est établi, et fait valoir que l'autorité administrative a failli à ses obligations de protection et de prévention et que l'enquête administrative engagée en n'a pas comporté les garanties d'impartialité, de sérieux et de diligence.

Par des interventions, enregistrées le 12 juillet 2022 et le 20 février 2023, le syndicat national confédération générale du travail Conseil d'Etat - Cour nationale du droit d'asile (CGT CE-CNDA), demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête n°2100219 présentée par Mme D.

Elle soutient qu'elle a un intérêt suffisant et légitime à intervenir au soutien de la requête de Mme D, se réfère aux moyens exposés dans sa requête, précise que le " harcèlement sexuel d'ambiance " est établi et fait valoir que l'autorité administrative a failli à ses obligations de protection et de prévention et que l'enquête administrative engagée en n'a pas comporté les garanties d'impartialité, de sérieux et de diligence.

La Défenseure des droits, en application des dispositions de l'article 33 de la loi organique du 29 mars 2011 relative au Défenseur des droits, a présenté des observations, enregistrées le 27 octobre 2022 et le 27 janvier 2023.

Par une ordonnance du 2 mars 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 27 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi organique n° 2011-333 du 29 mars 2011, notamment son article 33 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-57 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lunshof,

- les conclusions de M. Cozic, rapporteur public,

- les observations de Me Maumont, représentant Mme D,

- les observations de Mme C, représentant l'Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT libres et égales),

- les observations de Mme A, représentant l'Union fédérale CGT des syndicats de l'Etat (UFSE-CGT),

- les observations de M. E, représentant le syndicat national confédération générale du travail Conseil d'Etat - Cour nationale du droit d'asile (CGT CE-CNDA),

- et les observations de Mme D.

Une note en délibéré présentée pour Mme D a été enregistrée le 26 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, attachée d'administration de l'Etat à compter du, a été affectée en qualité de. En, Mme D a alerté sa hiérarchie sur le comportement inapproprié de son supérieur hiérarchique direct, chef dudit département. Elle a été placée en congé maladie ordinaire à compter du Ayant fait part de sa volonté de changer de poste, elle a, à son retour de congé maladie, été affectée en qualité de, à compter du Parallèlement, une enquête administrative a été diligentée par la secrétaire générale du Conseil d'Etat et a donné lieu, le, à l'engagement d'une procédure disciplinaire à l'encontre de son supérieur hiérarchique lequel s'est vu infliger un avertissement par une décision du Après avoir été placée en disponibilité pour convenance personnelle le , Mme D a été placée en congé de longue durée pour une durée de dix-huit mois, à compter du . Par un courrier du 26 juin 2020, Mme D a sollicité la reconnaissance de faits de harcèlement moral, de harcèlement sexuel et d'agression sexuelle et l'octroi de la protection fonctionnelle à raison de ces différents faits. Par une décision du 21 août 2020, dont Mme D demande l'annulation, le secrétaire général du Conseil d'Etat a rejeté sa demande.

Sur les interventions :

En ce qui concerne l'intervention de l'Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT) :

2. L'association susmentionnée, au regard de son objet social, justifie d'un intérêt suffisant à l'annulation de la décision attaquée. Ainsi, son intervention à l'appui de la requête formée par Mme D est recevable.

En ce qui concerne l'intervention de l'Union fédérale CGT des syndicats de l'Etat (UFSE-CGT):

3. L'UFSE-CGT, au regard de son objet social, justifie d'un intérêt suffisant à l'annulation de la décision attaquée. Ainsi, son intervention à l'appui de la requête formée par Mme D est recevable.

En ce qui concerne l'intervention du syndicat national confédération générale du travail Conseil d'Etat - Cour nationale du droit d'asile (CGT CE-CNDA) :

4. Le syndicat susmentionné, au regard de son objet social, justifie d'un intérêt suffisant à l'annulation de la décision attaquée. Ainsi, son intervention à l'appui de la requête formée par Mme D est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, il ressort des termes de la décision contestée que, pour rejeter la demande de protection fonctionnelle présentée le 26 juin 2020 par Mme D, le secrétaire général du Conseil d'Etat a, après avoir rappelé les termes du IV de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, détaillé l'ensemble des mesures adoptées depuis le signalement par Mme D, , au, des comportements déplacés de son supérieur hiérarchique, et expliqué les raisons pour lesquelles ces mesures ont constitué des mesures de protection fonctionnelle appropriées aux faits que l'enquête administrative menée à la suite de ce signalement avait permis d'établir, raison pour laquelle il n'y avait pas lieu de lui accorder une nouvelle mesure de protection pour les mêmes faits. L'administration a ainsi suffisamment motivé en droit et en fait sa décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, il est constant qu'à la suite des signalements oraux et écrits de Mme D concernant le comportement déplacé de son supérieur hiérarchique, une enquête administrative a été ouverte et a donné lieu le , à l'engagement d'une procédure disciplinaire à l'encontre de l'intéressé. Si le syndicat national confédération générale du travail Conseil d'Etat - Cour nationale du droit d'asile (CGT CE-CNDA) et l'Union fédérale CGT des syndicats de l'Etat (UFSE-CGT) soutiennent que l'enquête administrative engagée en , qui a " méconnu la définition du harcèlement sexuel et le principe de l'aménagement de la preuve ", n'a pas comporté les garanties d'impartialité, de sérieux et de diligence, ils n'apportent en tout état de cause aucune précision à l'appui de leur moyen permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors applicable, dont les dispositions ont été reprises aux articles L. 134-1 et L. 134-5 du code général de la fonction publique : " I.- A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire () IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté () ".

8. Aux termes de l'article 6 ter de la loi du 13 juillet 1983 susmentionnée alors en vigueur , dont les dispositions ont été reprises à l'article L. 133-1 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les faits () de harcèlement sexuel, constitué par des propos ou comportements à connotation sexuelle répétés qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante ()". Il résulte de ces dispositions que des propos, ou des comportements à connotation sexuelle, répétés ou même, lorsqu'ils atteignent un certain degré de gravité, non répétés, tenus dans le cadre ou à l'occasion du service, non désirés par celui ou celle qui en est le destinataire et ayant pour objet ou pour effet soit de porter atteinte à sa dignité, soit, notamment lorsqu'ils sont le fait d'un supérieur hiérarchique ou d'une personne qu'elle pense susceptible d'avoir une influence sur ses conditions de travail ou le déroulement de sa carrière, de créer à l'encontre de la victime, une situation intimidante, hostile ou offensante sont constitutifs de harcèlement sexuel.

9. Aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquies de la même loi alors en vigueur, dont les dispositions ont été reprises à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".

10. D'une part, les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 mentionnées au point 7 établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

11. D'autre part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement sexuel et de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause ne peuvent être regardés comme constitutifs de harcèlement moral ou sexuel. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements, dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement, revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral ou sexuel est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.

En ce qui concerne le harcèlement moral :

12. Pour faire présumer l'existence de faits de harcèlement moral à son encontre, Mme D soutient que ses conditions de travail ainsi que son état de santé se sont dégradés à la suite du comportement familier, autoritaire et brutal de son supérieur hiérarchique direct, lequel a en outre dénigré de manière humiliante son travail alors qu'aucune insuffisance professionnelle n'avait été établie à l'occasion de son affectation dans ce service. Si la requérante se prévaut d'abord " d'intimidations diverses et répétées ", le seul témoignage venant corroborer ses allégations indique avoir entendu une fois l'appeler en " tapant " sur la cloison du bureau mitoyen. Ce seul fait ne permet pas d'établir que l'intéressé aurait de manière habituelle interpellé brutalement Mme D en frappant sur cette cloison de manière intempestive ou oppressante. L'intéressée soutient également que son supérieur hiérarchique la surveillait particulièrement s'agissant de rumeurs concernant sa relation supposée avec un collègue. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si son supérieur hiérarchique a utilisé des termes vulgaires et déplacés lorsqu'il lui a fait part de ces rumeurs, cette circonstance ne permet pas de considérer que le fait pour son supérieur hiérarchique d'avoir évoqué avec elle cette relation supposée, dès lors qu'elle donnait lieu à de nombreuses rumeurs au sein du service dont il s'est inquiété, aurait excédé l'exercice normal du pouvoir hiérarchique et aurait constitué une surveillance particulière et déplacée de son comportement. La requérante fait aussi état de l'attitude humiliante adoptée à son égard par son chef de service à compter de , laquelle s'est caractérisée par de nombreuses demandes professionnelles dépourvues d'intérêt et contraignantes, ainsi que par des convocations injustifiées dans son bureau destiné à l'humilier. Toutefois, elle ne produit aucun élément à l'appui de ces allégations, hormis son propre témoignage qui bien que circonstancié ne suffit pas à lui seul à établir la réalité de ces faits. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier, en particulier de son témoignage corroboré par celui de l'une de ses collègues, que son supérieur hiérarchique a pu lui reprocher de manière brutale de ne fournir un travail qu'à hauteur de 40% de celui d'un attaché, ce seul élément présente un caractère isolé et ne permet pas de faire présumer l'existence de faits de harcèlement moral à son encontre. Par suite, s'il est constant que son supérieur hiérarchique usait, ainsi que l'a constaté la secrétaire générale du Conseil d'Etat à l'issue de l'enquête administrative menée en , d'un " management familial de nature autoritaire " qui a pu être vécu comme familier et déstabilisant par Mme D, dont c'était le premier poste en administration, les faits relatés par l'intéressée, pris isolément ou dans leur ensemble, ne sont pas de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral de la part de son supérieur hiérarchique direct. Par suite, l'administration a pu, sans entacher sa décision d'erreur de droit ou d'appréciation, se fonder sur le défaut de matérialité du harcèlement moral allégué pour refuser à Mme D la protection fonctionnelle qu'elle a sollicité à ce titre.

En ce qui concerne l'agression sexuelle :

13. Mme D soutient avoir été victime d'une agression sexuelle et se prévaut en particulier des faits relatés dans le rapport qu'elle a rédigé le selon lesquelles se serait glissé sous son bureau sans attendre qu'elle en dégage les jambes, pour atteindre la poubelle, ou serait passé derrière elle en ralentissant son mouvement et en se collant à elle. Toutefois, elle n'apporte aucun élément à l'appui de cette allégation qui a été réfutée par son auteur. Ainsi, l'agression sexuelle n'est pas établie et l'administration a pu se fonder sur le défaut de matérialité de l'agression alléguée pour refuser à Mme D la protection fonctionnelle qu'elle a sollicitée à ce titre.

En ce qui concerne le harcèlement sexuel :

14. Mme D soutient avoir subi un harcèlement sexuel de la part de son supérieur hiérarchique direct, M. lequel, outre qu'il aurait cherché à trois reprises un contact physique avec elle, tenait régulièrement des propos à connotation sexuelle, en sa présence et devant d'autres agents sous formes de plaisanteries salaces qui la mettaient mal à l'aise mais aussi des propos déplacés et ambigus qui lui étaient directement adressés de manière habituelle, à travers notamment ses interpellations et, en particulier, le texte très vulgaire d'une chanson grivoise qu'elle a été amenée à chercher sur internet à la demande de son supérieur hiérarchique, fait qui a au demeurant donné lieu à une sanction disciplinaire à son encontre. Elle fait encore valoir qu'il l'aurait interrogée de manière très crue sur des rumeurs de liaison avec l'un de ses collègues, ainsi que cela a été mentionné de manière précise dans son signalement du adressé à la secrétaire générale adjointe du Conseil d'Etat.

15. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des deux témoignages recueillis lors de l'enquête administrative émanant des deux collègues de la requérante, corroborés par le témoignage d'un ancien agent du qui font état de " blagues à connotation sexuelle " ou de " blagues de mauvais goût ", que tenait, de manière habituelle, des propos salaces sous forme de plaisanteries, en sa présence et devant d'autres agents. Si l'administration produit des témoignages en sens contraire, ceux-ci émanent d'agents en poste lors d'années antérieures, lesquels ne sont pas susceptibles de remettre en cause la véracité des témoignages d'agents en fonction lors des faits litigieux sollicités par l'administration dans le cadre de l'enquête administrative qu'elle a menée. S'il est constant que ces propos ne s'adressaient pas toujours spécifiquement à la requérante, il est toutefois avéré qu'elle en a également été la destinataire de manière récurrente, ainsi que cela ressort de son témoignage précis, concordant et non sérieusement contesté, dans lequel elle relate que son supérieur hiérarchique avait notamment pour habitude de l'interpeller au moyen de formules ambigües, sexuellement connotées, telles que " alors, heureuse ' " et " je t'allonge sur le divan et je te psychanalyse ". Il ressort également des pièces du dossier en particulier de son témoignage précis, corroboré par celui dequ'au cours de l'évocation par son supérieur hiérarchique de rumeurs sur sa relation supposée avec ce collègue et de ses conséquences sur sa carrière, son supérieur hiérarchique lui a tenu des propos crus à caractère sexuel extrêmement vulgaires et offensants. Enfin il est constant, ainsi que la secrétaire générale du Conseil d'Etat l'a relevé pour engager une procédure disciplinaire à l'encontre de à la suite du signalement de Mme D relatif à son mal-être face au comportement déplacé de son supérieur hiérarchique, conduisant à son placement en congé de maladie ordinaire conformément aux préconisations du médecin de prévention du Conseil d'Etat, que a interpellé Mme D un soir vers 19 heures dans son bureau par des propos susceptibles d'être connotés sexuellement et lui a demandé avec insistance de rechercher sur internet l'origine de l'expression utilisée, ce qui l'a conduite au texte d'une chanson grivoise particulièrement vulgaire. La motivation de la sanction disciplinaire prononcée par la secrétaire générale du Conseil d'Etat à l'encontre de mentionne que ce dernier a eu " un comportement et tenu des propos inadéquats, dépourvus de tout lien avec le travail à l'égard " de Mme D, " jeune attachée soumise à son autorité, dans le bureau de celle-ci ". Il est également constant que la requérante, dont l'état de santé s'en est trouvé altéré dès le justifiant, à la suite des préconisations du médecin de prévention, un changement d'affectation, n'a à aucun moment manifesté un consentement ou une approbation quelconque face à l'attitude de son supérieur hiérarchique et a au contraire fait part dès le mois de, du Conseil d'Etat, de son malaise face aux propos déplacés tenus par lors de l'évocation de sa relation supposée avec un collègue. Dans ces conditions, alors même que n'aurait pas eu l'intention de lui nuire, Mme D est fondée à soutenir, ainsi que l'a au demeurant estimé la Défenseure des droits dans ses observations, que son supérieur hiérarchique, avec lequel elle se trouvait dans l'obligation de travailler au quotidien, a par ses propos ou comportements à connotation sexuelle répétés et non désirés, tenus dans le cadre ou à l'occasion du service, instauré une situation intimidante, hostile ou offensante constitutive d'un harcèlement sexuel.

16. Ainsi, en se bornant à retenir l'existence du seul fait lié à l'interpellation mentionnée au point 15 pour lequel a été sanctionné par un avertissement et alors même qu'elle a mis en place un suivi de la requérante par le médecin de prévention et l'a changée d'affectation, l'administration a commis une erreur d'appréciation en estimant que le comportement global du supérieur hiérarchique de Mme D, décrit au point 15, n'était pas constitutif d'un harcèlement sexuel. Par suite, Mme D est fondée à obtenir l'annulation de la décision attaquée du lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle au titre du harcèlement sexuel.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

17. Les énonciations des points 14 à 17 impliquent nécessairement que la protection fonctionnelle soit accordée à Mme D au titre du harcèlement sexuel dont elle a été victime. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à l'Etat d'accorder à Mme D la protection fonctionnelle sur cet unique fondement, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de l'Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT) est admise.

Article 2: L'intervention de l'Union fédérale CGT des syndicats de l'Etat (UFSE-CGT) est admise.

Article 3: L'intervention du syndicat national confédération générale du travail Conseil d'Etat - Cour nationale du droit d'asile (CGT CE-CNDA) est admise.

Article 4: La décision du du secrétaire général du Conseil d'Etat, en tant qu'elle a rejeté la demande de Mme D tendant à bénéficier de la protection fonctionnelle au titre des faits de harcèlement sexuel dont elle a été victime, est annulée.

Article 5 : Il est enjoint à l'Etat, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, d'attribuer la protection fonctionnelle à Mme D au titre des faits de harcèlement sexuel dont elle a été victime.

Article 6 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, au garde des sceaux, ministre de la justice, à l'Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT libres et égales), à l'Union fédérale CGT des syndicats de l'Etat (UFSE-CGT) et au syndicat national confédération générale du travail Conseil d'Etat - Cour nationale du droit d'asile (CGT CE-CNDA).

Copie en sera adressée au Conseil d'Etat et à la Défenseure des droits.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

La rapporteure,

M. Lunshof

La présidente,

N. Ribeiro-Mengoli

La greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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