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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2100765

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2100765

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2100765
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantUHRY D'ORIA GRENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2021, régularisée le 22 janvier 2021, et un mémoire en réplique, enregistré le 14 mai 2021, M. C D, représenté par Me d'Oria, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le recteur de l'académie de Créteil a implicitement rejeté sa demande tendant à l'octroi de la protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Créteil de lui accorder la protection fonctionnelle dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

- que la décision attaquée n'est pas motivée ;

- qu'il a fait l'objet de propos discriminatoires à raison de son sexe et d'un harcèlement moral de la part de sa supérieure hiérarchique qui justifient que le recteur lui accorde le bénéfice de la protection fonctionnelle.

M. D a maintenu sa requête le 27 janvier 2021, en application des dispositions de l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2021, le recteur de l'académie de Créteil conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hardy, rapporteure,

- les conclusions de M. Löns, rapporteur public,

- les observations de Me Grenier, représentant M. D.

Cinq notes en délibéré, présentées par M. D, ont été enregistrées les 21 octobre, 24 octobre, 8 novembre, 9 novembre et 15 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. C D, attaché principal d'administration de l'Etat affecté à la gestion comptable de la cité scolaire Henri Wallon d'Aubervilliers, demande l'annulation du refus implicite opposé par le recteur de l'académie de Créteil à la demande de protection fonctionnelle qu'il a présentée le 28 septembre 2020 en raison du harcèlement moral et de la discrimination qu'il estimait subir de la part de la proviseure de cette cité scolaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Si M. D soutient que la décision attaquée n'est pas motivée, ce moyen est inopérant dès lors qu'il n'a pas, conformément aux exigences des dispositions précitées, sollicité la communication des motifs de la décision implicite contestée.

4. En deuxième lieu aux termes de l'article 6 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais codifié aux articles L. 131-2 et L. 131-3 du code général de la fonction publique : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leur sexe. / Aucun fonctionnaire ne doit subir d'agissement sexiste, défini comme tout agissement lié au sexe d'une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant () ". Aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais codifié à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ". Aux termes de l'article 11 cette même loi, désormais codifié à l'article L. 134-5 du code général de la fonction publique : " A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire () La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté () ".

5. Si la protection fonctionnelle résultant d'un principe général du droit n'est pas applicable aux différends susceptibles de survenir, dans le cadre du service, entre un agent public et l'un de ses supérieurs hiérarchiques, il en va différemment lorsque les actes du supérieur hiérarchique sont, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. A cet égard, il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de discrimination et de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à toute discrimination et à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements discriminatoires et de harcèlement moral sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. D'une part, le requérant soutient qu'il a fait l'objet, à plusieurs reprises, de propos discriminatoires de la part de sa supérieure hiérarchique entre le mois d'août 2019 et le mois de décembre 2020. Ces allégations, consignées dans un rapport rédigé par l'intéressé, ne sont toutefois pas étayées par les pièces du dossier.

7. D'autre part, M. D soutient qu'il a subi un dénigrement permanent dans l'exercice de ses fonctions, dès lors que sa supérieure hiérarchique a omis de le saluer à plusieurs reprises, qu'elle a tenu des propos et eu une attitude méprisante envers lui, qu'il a été mis en difficulté en raison de défauts d'informations récurrents, et qu'elle l'a volontairement mis à l'écart de l'équipe de direction en ne le conviant pas aux réunions ou à des invitations privées, ainsi qu'en diminuant volontairement ses attributions. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que M. D et sa supérieure hiérarchique ont rencontré d'importantes difficultés relationnelles et se sont opposés sur de nombreuses questions d'organisation, les documents versés à l'instance ne permettent pas de laisser présumer que sa supérieure hiérarchique aurait eu à l'égard du requérant des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail.

8. Enfin, si le syndrome dépressif qui a motivé le placement de M. D en congé de maladie du 7 au 21 septembre 2020 puis du 18 au 22 décembre 2020 révèle une situation de souffrance au travail, il ne constitue pas, par lui-même, un élément laissant présumer une situation de harcèlement moral.

9. Par conséquent, les éléments versés au dossier par le requérant ne sont pas de nature à faire présumer que le requérant aurait fait l'objet d'une discrimination en raison de son sexe ou d'un harcèlement moral pendant l'exercice de ses fonctions à la cité scolaire Henri Wallon d'Aubervilliers.

10. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le recteur de l'académie de Créteil a implicitement rejeté sa demande tendant à l'octroi de la protection fonctionnelle.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au recteur de l'académie de Créteil et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,

Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

La rapporteure,

M. B

La présidente,

K. Weidenfeld

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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