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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2101128

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2101128

mercredi 14 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2101128
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre (J.U)
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 janvier et 2 septembre 2021,

M. A B, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 28 août 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul, lui a interdit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis, ainsi que l'ensemble des décisions antérieures portant retrait de points à la suite des infractions en date des 24 janvier 2016, 11 janvier 2018,

16 février 2018, 21 mai 2018, 7 novembre 2018 et 28 janvier 2019, ensemble le rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion des retraits de points contestés ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2021, le ministre de l'intérieur conclut, d'une part, au non-lieu à statuer partiel sur les conclusions de la requête dirigées contre la décision " 48 SI " du 28 août 2019 et contre les décisions de retrait de points relatives aux infractions des 16 février 2018 et 28 janvier 2019 et à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les mentions relatives à la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du

16 février 2018 ont été supprimées, les points retirés consécutivement à l'infraction du

28 janvier 2019 ont été restitués, et l'administration doit être regardée comme ayant retiré la décision " 48 SI ", dès lors que le relevé d'information intégral de M. B présente un solde de points positif ;

- les moyens soulevés par le requérant contre les autres décisions portant retrait de points ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal administratif a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme C. Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis les 24 janvier 2016, 11 janvier 2018, 16 février 2018,

21 mai 2018, 7 novembre 2018 et 28 janvier 2019 des infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de l'ensemble des points du capital affecté à son permis de conduire. Par une décision " 48 SI " du 28 août 2019, le ministre de l'intérieur a récapitulé l'ensemble de ces décisions de retrait de points, a invalidé son permis de conduire et lui a enjoint de le restituer. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette dernière décision et des décisions portant retrait de points de son permis de conduire, ensemble le rejet de son recours gracieux.

Sur l'exception de non-lieu présentée par le ministre de l'intérieur :

2. Il ressort du relevé d'information intégral du 8 juin 2021 renseigné par l'officier du ministère public que les mentions relatives à la décision de retrait de points consécutive à l'infraction commise le 16 février 2018 ont été supprimées, que les points retirés consécutivement à l'infraction du 28 janvier 2019 ont été restitués, et que la décision " 48 SI " attaquée n'apparaît plus sur le relevé d'information intégral de M. B, dont le solde de point est positif avec deux points sur douze. Dès lors, le ministre doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement retiré, postérieurement à la date d'introduction de la requête, les décisions précitées. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions et du rejet du recours gracieux formé par le requérant en tant qu'il concerne ces décisions, ainsi que celles présentées à fin d'injonction afférentes à ces décisions, sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence d'information préalable :

3. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.

S'agissant de l'infraction commise le 11 janvier 2018 :

5. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date par

procès-verbal électronique, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. Il en est de même de la mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée, qui possède la même valeur probante.

6. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral que l'infraction du 11 janvier 2018 a été constatée par un procès-verbal électronique du même jour, qui est produit par le ministre à l'instance. Ces procès-verbal porte la signature de l'intéressé et comportent l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, moyen tiré de ce que M. B n'aurait pas reçu l'ensemble de l'information prescrite par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté pour cette infraction.

S'agissant des infractions commises les 24 janvier 2016 et 21 mai 2018 :

7. La seule circonstance que le contrevenant n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes.

8. L'administration produit à l'instance le procès-verbal électronique dressé pour l'infraction commise le 24 janvier 2016, consistant en un arrêt ou stationnement dangereux de véhicule et sanctionnée d'un retrait de trois points, ainsi que le procès-verbal électronique dressé pour l'infraction commise le 21 mai 2018, consistant en un franchissement d'une ligne continue et sanctionnée d'un retrait de trois points. Les procès-verbaux ayant été dressés en l'absence du contrevenant, ils ne comportent pas sa signature. Si l'administration fait valoir que le requérant s'est acquitté en 2012 et 2015 d'une amende forfaitaire et d'une amende majorée forfaitaire, prouvant ainsi la délivrance de l'information préalable obligatoire, il est constant que ces infractions ne portaient pas sur le même type de fait sanctionnés (usage d'un téléphone par un conducteur de véhicule en circulation et non-respect de l'arrêt à un feu rouge ou clignotant) et, au demeurant, l'infraction de 2012 n'était pas récente. En conséquence, et alors que les infractions des 24 janvier 2016 et 21 mai 2018 ont donné lieu à des amendes forfaitaires majorées qui n'ont pas été payées, le ministre de l'intérieur n'apporte pas la preuve que

M. B avait reçu les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223 3 du code de la route avant qu'il ne soit procédé au retrait de points consécutifs à ces deux infractions. Dans ces conditions, le moyen doit être accueilli et les décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 24 janvier 2016 (trois points) et 21 mai 2018 (trois points) doivent être annulées, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen soulevé à leur encontre.

S'agissant de l'infraction commise le 7 novembre 2018 :

9. Il résulte du relevé d'information afférent à la situation de M. B, édité le

8 juin 2021, que l'infraction du 7 novembre 2018, relevée par l'intermédiaire d'un radar automatique et qui a donné lieu au retrait d'un point, a fait l'objet de l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Si la réalité de cette infraction est ainsi établie, la seule circonstance qu'ait été émis un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée ne suffit pas à faire présumer que l'intéressé a eu connaissance de l'avis de contravention comportant l'information exigée par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le spécimen d'avis de contravention produit par le ministre ne permet pas, à lui seul, d'établir que cette information aurait été délivrée à M. B dont aucune pièce du dossier ne permet d'établir qu'il se serait acquitté de l'amende forfaitaire majorée relative à cette infraction. En outre, il ne résulte pas davantage de l'instruction que l'intéressé aurait été rendu destinataire de l'ensemble des informations exigées par la loi à l'occasion d'une infraction antérieure suffisamment récente et portant sur des faits de même nature. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision de retrait d'un point consécutive à cette infraction est intervenue au terme d'une procédure irrégulière et à en demander l'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen soulevé à son encontre

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de réalité des infractions :

10. Aux termes de l'article L.223-1 du code de la route, " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ".

11. Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite dans le système national de permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

12. Il ressort des mentions du relevé intégral du 8 juin 2021 qu'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction commise le 11 janvier 2018 a été émis, sans que Mme B ne fasse valoir qu'il aurait déposé une réclamation ayant entraîné l'annulation de ce titre exécutoire. Par suite, la réalité de cette infraction est établie.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation des décisions portant retrait de points consécutives aux infractions des

24 janvier 2016, 21 mai 2018 et 7 novembre 2018 ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision implicite de rejet en tant qu'elle refuse de retirer ou d'abroger ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Eu égard aux motifs du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer à M. B les sept points illégalement retirés au capital affecté à son permis de conduire et d'en tirer toutes conséquences, à la date de sa nouvelle décision, sur ledit capital et le droit de conduire de ce dernier, dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification de ce jugement.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision " 48 SI " du 28 août 2019, des décisions de retrait de points relative aux infractions des

16 février 2018 et 28 janvier 2019 et du rejet du recours gracieux formé par M. B en tant qu'il concerne ces décisions, ainsi que sur les conclusions à fin d'injonction afférentes.

Article 2 : Les décisions du ministre de l'intérieur portant au total retrait de sept points affectés au permis de conduire de M. B à la suite des infractions commises les 24 janvier 2016,

21 mai 2018 et 7 novembre 2018 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de restituer à M. B, dans le système automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route, le bénéfice des sept points visés à l'article 2, dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution, et d'en tirer toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 4 : Les surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023.

La magistrate désignée,

N. C

La greffière,

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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