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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2101600

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2101600

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2101600
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 février 2021 et 3 mai 2021, M. B A, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul, ainsi que les décisions antérieures portant retrait de points à la suite des infractions en date des 27 juillet 2018, 17 février 2017, 28 février 2018, 26 février 2018, 20 juillet 2017, 15 juin 2017 et 4 janvier 2017 et la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion des retraits de points contestés ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant retrait d'un point consécutive à l'infraction commise le 28 février 2018 sont sans objet dès lors que le point retiré a été restitué le 9 novembre 2018 ;

- les moyens soulevés par le requérant contre les autres décisions portant retrait de points ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal administratif a désigné Mme Syndique pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme Syndique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a commis les 27 juillet 2018, 17 février 2017, 28 février 2018, 26 février 2018, 20 juillet 2017, 15 juin 2017 et 4 janvier 2017 des infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de l'ensemble des points du capital affecté à son permis de conduire. Par une décision " 48 SI ", le ministre de l'intérieur a récapitulé l'ensemble des décisions de retrait de points, a invalidé son permis de conduire et lui a enjoint de le restituer. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette dernière décision, des décisions portant retrait de points de son permis de conduire consécutives aux infractions commises les 27 juillet 2018, 17 février 2017, 28 février 2018, 26 février 2018, 20 juillet 2017, 15 juin 2017 et 4 janvier 2017 ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux, par laquelle il a également demandé communication de la décision " 48 SI ", qu'il conteste avoir reçue.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte du relevé d'information intégral du 26 avril 2021, produit par le ministre, qu'antérieurement à l'introduction de la requête, le permis de conduire de M. A a été crédité d'un point le 9 novembre 2018 en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre la décision de retrait d'un point consécutive à l'infraction commise le 28 février 2018 sont dépourvues d'objet et doivent être déclarées irrecevables.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :

3. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.

Quant aux infractions des 26 février 2018, 20 juillet 2017, 15 juin 2017 et 4 janvier 2017 :

5. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral produit par le ministre que le requérant a réglé l'amende forfaitaire afférente aux infractions des 26 février 2018, 20 juillet 2017, 15 juin 2017 et 4 janvier 2017. L'intéressé a dès lors nécessairement reçu des avis de contravention de la part des agents des forces de l'ordre établis d'après les modèles du centre d'enregistrement et de révision des formulaires administratifs (CERFA) dont il est constant qu'ils comportent l'ensemble des informations dont la délivrance est requise par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré de l'absence de délivrance de ces informations lors de la constatation de ces infractions doit être écarté.

Quant aux infractions des 27 juillet 2018 et 17 février 2017 :

6. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée implique nécessairement que le contrevenant a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Tant avant qu'elles ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28 que depuis l'entrée en vigueur de cet arrêté, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

7. En ce qui concerne l'infraction relevée le 27 juillet 2018 par procès-verbal électronique, le ministre de l'intérieur produit un document émanant de la trésorerie de Seine-et-Marne attestant du paiement de l'amende forfaitaire majorée afférente.

8. En ce qui concerne l'infraction relevée également par procès-verbal électronique le 17 février 2017, le ministre de l'intérieur produit un historique des mouvements de paiement daté du 17 mai 2017 dont il est constant qu'il est relatif à cette infraction et qui établit que l'intéressé s'est acquitté, au moins partiellement, du montant de l'amende forfaitaire majorée afférente.

9. M. A a dès lors nécessairement reçu à l'adresse de son domicile les avis d'amende forfaitaire majorée relative à ces deux infractions, établis sur les modèles du centre d'enregistrement et de révision des formulaire administratifs (CERFA) comportant les mentions exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information. Par suite, le moyen tiré de ce que les retraits de points consécutifs à ces deux infractions n'auraient pas été précédés de l'information requise par les dispositions du code de la route doit être écarté.

En ce qui concerne la réalité des infractions :

10. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ". Il résulte de cette disposition ainsi que de celles de l'article L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

11. D'une part, il ressort des mentions du relevé d'information intégral que M. A a réglé l'amende forfaitaire correspondant aux infractions commises les 26 février 2018, 20 juillet 2017, 15 juin 2017 et 4 janvier 2017. Il suit de là qu'en application de l'article L. 223-1 précité du code de la route, la réalité de ces infractions est établie.

12. D'autre part, il ressort des mentions de ce même relevé que des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions commises les 27 juillet 2018 et 17 février 2017 ont été émis, sans que M. A ne fasse valoir qu'il aurait déposé une réclamation ayant entraîné l'annulation de ces titres exécutoires. Par suite, la réalité de ces infractions est également établie

13. En conséquence, le moyen tiré de l'absence de réalité de l'ensemble des infractions doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

Le magistrat désigné,

N. Syndique

La greffière,

A. Bolard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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