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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2101618

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2101618

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2101618
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantHAGEGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 février 2021 et 23 août 2021, Mme A B, représentée par Me Hagege, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 janvier 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite, ainsi que la décision désignant l'autorité compétente pour exécuter cet arrêté et la décision abrogeant le récépissé de demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer, d'une part, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement, d'autre part, une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", dans un délai d'un mois à compter du jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 15 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché de l'incompétence de son signataire ;

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- la commission du titre de séjour aurait dû être saisie avant la décision de refus de titre de séjour, en application de l'article L. 313-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les dispositions du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de son droit d'obtenir une admission exceptionnelle au séjour au titre du travail ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'elle est fondée sur un refus de titre de séjour illégal.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation d'une décision désignant l'autorité chargée de l'exécution de l'arrêté attaqué.

Par une ordonnance du 30 août 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 20 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- et les observations de Me Hagege, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine née le 19 janvier 1988 à Oujda, a déposé le 7 septembre 2020 une demande de renouvellement du titre de séjour qui lui avait été délivré en qualité de conjointe de ressortissant français. Par un arrêté du 7 janvier 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B demande l'annulation de ces décisions, de la décision d'abroger son récépissé de demande de titre de séjour ainsi que d'une décision désignant l'autorité compétente pour exécuter cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision désignant l'autorité compétente pour exécuter l'arrêté du 7 janvier 2021 :

2. La mention, à l'article 3 de l'arrêté en litige, du responsable administratif chargé de l'exécution de cet arrêté constitue le simple rappel d'une mesure d'organisation du service. Elle ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de recours. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de cette mention sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 7 janvier 2021 :

En ce qui concerne la compétence du signataire de l'arrêté attaqué :

3. Par un arrêté n° 2020-2175 du 2 octobre 2020, publié au bulletin d'informations administratives du 5 octobre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D C, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer les décisions contenues dans cet arrêté, en cas d'absence ou d'empêchement des agents la précédant dans l'ordre des délégataires. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contenues dans l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens :

S'agissant du refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui constituent le fondement de la demande de renouvellement de titre de séjour. En, outre, cet arrêté expose de manière suffisante, sans présenter de caractère stéréotypé, les éléments relatifs à la situation de la requérante pris en compte par le préfet de la Seine-Saint-Denis pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité. Si la requérante allègue que sa situation a été inexactement prise en compte par le préfet, ces allégations sont sans lien avec l'exigence de motivation prévue par la loi. Par suite, le refus de titre de séjour attaqué, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement est suffisamment motivé. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 4° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ". Aux termes de l'article L. 313-12 du même code : " Le renouvellement de la carte de séjour délivrée au titre du 4° de l'article L. 313-11 est subordonné au fait que la communauté de vie n'ait pas cessé () ". Aux termes de l'article R. 313-36 de ce code : " Sauf dispositions réglementaires contraires, l'étranger qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour temporaire présente () les pièces prévues pour une première délivrance et justifiant qu'il continue de satisfaire aux conditions requises pour celle-ci. () ".

6. Pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par la requérante sur le fondement des dispositions précitées, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé notamment sur la circonstance qu'elle ne justifiait pas d'une communauté de vie avec son époux, au regard de la situation affective et matérielle du couple. Si la requérante soutient que depuis l'année 2015 elle forme avec son époux un couple présentant une vie familiale stable, elle ne justifie pas de manière probante, compte tenu de la nature et de la relative ancienneté des pièces qu'elle produit, que la communauté de vie qu'elle invoque se poursuivait à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 4° de l'article L. 313 -11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait présenté une demande de régularisation de sa situation en sollicitant une admission exceptionnelle au séjour au titre de sa qualité de salariée. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait omis d'examiner son droit à une admission exceptionnelle au séjour au regard de son insertion professionnelle ne peut être utilement soulevé.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. La requérante soutient qu'elle réside depuis l'année 2013 en France, où elle justifie d'une communauté de vie constante avec son époux et où elle est insérée professionnellement. Toutefois il résulte de ce qui est dit au point 6 qu'elle ne peut se prévaloir de la vie familiale qu'elle invoque. En outre, si la requérante établit avoir été employée en tant qu'agent de service durant les années 2015 à 2019, puis en tant qu'opérateur de presse de l'année 2019 jusqu'à la date de l'arrêté attaqué, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors que la première de ces activités qui a été exercée à temps partiel correspond à un emploi occupé à temps plein pendant moins de deux ans, que cette période d'emploi lui aurait permis d'acquérir une expérience professionnelle très significative. Enfin, bien que la requérante justifie avoir été inscrite au cours de certaines années scolaires à des ateliers de formation pour l'apprentissage de la langue française, elle ne démontre pas qu'elle possèderait des attaches très intenses en France, quand bien même sa sœur et ses nièces y résideraient. En tout état de cause elle ne peut utilement faire valoir qu'elle devrait être présente auprès de sa sœur pour l'aider à élever son dernier enfant dès lors que celui-ci est né postérieurement à l'arrêté attaqué. Il suit de là que la décision de refus de titre de séjour attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi par cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le refus de titre de séjour en litige n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation, notamment au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 312-2 de ce même code : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 ou de délivrer une carte de résident à un étranger mentionné aux articles L. 314-11 et L. 314-12, ainsi que dans le cas prévu à l'article L. 431-3. () ".

11. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité effectivement placés dans les conditions prévues aux articles L. 313-11, L. 314-11 et L. 314-12 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Dans ces conditions, eu égard à ce qui précède, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas tenu de soumettre le cas de la requérante à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui fait suite à un refus de titre de séjour et a ainsi pour fondement les dispositions du 3° du I de l'article L. 511 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de titre qui, ainsi qu'il est dit, est suffisamment motivée.

13. En second lieu, il résulte de ce précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qui aurait pour effet de priver de base légale la décision d'éloignement ne peut qu'être écarté.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

14. L'arrêté attaqué, qui vise notamment les articles L. 513-1 à L. 513-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, énonce avec une précision suffisante les éléments de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi, en précisant que la requérante est une ressortissante marocaine et qu'elle pourra être éloignée d'office à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout autre pays où elle serait légalement admissible. Cette décision est dès lors suffisamment motivée.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.

Le rapporteur,

D. E

La présidente,

J. JimenezLe greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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