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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2102229

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2102229

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2102229
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBONNIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 16 février 2021 et le 26 avril 2021, Mme C D, représentée par Me Bonnin, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 29 500 euros en réparation des préjudices qu'elle impute à l'illégalité fautive de l'arrêté du 20 juillet 2020 portant renouvellement de son placement en disponibilité d'office pour raison médicale du 1er janvier 2020 au 31 décembre 2020 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2020 par lequel le recteur de l'académie de Créteil a renouvelé son placement en disponibilité d'office pour raison médicale du 1er janvier 2021 au 30 juin 2021, ensemble, la décision du 8 décembre 2020 portant rejet de son recours gracieux ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 18 000 euros en réparation des préjudices qu'elle impute à l'illégalité fautive de l'arrêté du 12 octobre 2020 ;

4°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Créteil de la réintégrer à compter du 1er janvier 2021, de reconstituer sa carrière dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Créteil de lui proposer une affectation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 20 juillet 2020 portant mise en disponibilité d'office pour raison médicale pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2020 est illégal, dès lors que l'avis du comité médical du 19 mai 2020 ne repose sur aucune expertise ni justification médicale et que cette illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, qui lui a causé des préjudices financier et de carrière évalués à 29 500 euros ;

- l'arrêté du 12 octobre 2020 portant mise en disponibilité d'office pour raison médicale pour la période du 1er janvier au 30 juin 2021 méconnait les dispositions de l'article 43 du décret du 16 septembre 1985, dès lors qu'elle était apte à la reprise de ses fonctions et que cette illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, qui lui a causé des préjudices financier et de carrière évalués à 18 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2021, le recteur de l'académie de Créteil conclut au non-lieu à statuer s'agissant des conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 12 octobre 2020, et au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 juin 2022 à 12:00.

Vu :

- l'arrêté du 12 octobre 2020 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État ;

- le décret du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hardy, rapporteure,

- les conclusions de M. Löns, rapporteur public,

- les observations de Me Bonnin, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 26 septembre 2019 du recteur de l'académie de Créteil, Mme D, adjointe administrative principale de 2ème classe, a été placée, à l'expiration de ses droits à congé de maladie ordinaire, en disponibilité d'office pour raison de santé du 1er janvier au 31 décembre 2019. Par un arrêté du 20 juillet 2020, le recteur a renouvelé son placement en disponibilité d'office pour une durée d'un an à compter du 1er janvier 2020, puis, par un arrêté du 12 octobre 2020, pour une durée de six mois, du 1er janvier au 30 juin 2021. Par la présente requête, Mme D doit être regardée comme demandant au tribunal l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2020, ensemble, la décision du 8 décembre 2020 portant rejet de son recours gracieux, ainsi que l'indemnisation des préjudices financier et de carrière subis du fait de l'illégalité fautive des arrêtés du 20 juillet 2020 et du 12 octobre 2020.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 12 octobre 2020 :

En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer :

2. Par un arrêté du 12 octobre 2020, le recteur de l'académie de Créteil a prononcé la mise en disponibilité d'office pour raison de santé de Mme D pour la période du 1er janvier au 30 juin 2021. Par un arrêté du 16 mars 2021, elle a été replacée en position d'activité de manière anticipée à compter du 22 mars 2021. Dans ces conditions, les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de la décision du 12 octobre 2020, en tant qu'elles portent sur la période du 22 mars 2021 au 30 juin 2021, sont devenues sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu d'y statuer dans cette mesure seulement.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté :

3. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions () ". Aux termes de l'article 51 de cette loi, dans sa rédaction alors en vigueur : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration ou service d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 34 () ".

4. Aux termes de l'article 43 du décret du 16 septembre 1985, dans sa rédaction alors en vigueur : " La mise en disponibilité ne peut être prononcée d'office qu'à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée et s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues à l'article 63 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. / La durée de la disponibilité prononcée d'office ne peut excéder une année. Elle peut être renouvelée deux fois pour une durée égale. Si le fonctionnaire n'a pu, durant cette période, bénéficier d'un reclassement, il est, à l'expiration de cette durée, soit réintégré dans son administration s'il est physiquement apte à reprendre ses fonctions, soit, en cas d'inaptitude définitive à l'exercice des fonctions, admis à la retraite ou, s'il n'a pas droit à pension, licencié. / Toutefois, si, à l'expiration de la troisième année de disponibilité, le fonctionnaire est inapte à reprendre son service, mais s'il résulte d'un avis du comité médical prévu par la réglementation en vigueur qu'il doit normalement pouvoir reprendre ses fonctions ou faire l'objet d'un reclassement avant l'expiration d'une nouvelle année, la disponibilité peut faire l'objet d'un troisième renouvellement ".

5. Aux termes de l'article 27 du décret du 14 mars 1986, dans sa rédaction alors en vigueur : " () Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical : en cas d'avis défavorable il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. () ". Aux termes de l'article 48 de ce décret, dans sa rédaction alors en vigueur : " La mise en disponibilité prévue aux articles 27 et 47 du présent décret est prononcée après avis du comité médical ou de la commission de réforme sur l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions. / Elle est accordée pour une durée maximale d'un an et peut être renouvelée à deux reprises pour une durée égale () / Le renouvellement de la mise en disponibilité est prononcé après avis du comité médical. Toutefois, lors du dernier renouvellement de la mise en disponibilité, l'avis est donné par la commission de réforme ".

6. Il ressort des pièces du dossier que pour prononcer le placement en disponibilité d'office pour raison de santé de Mme D à compter du 1er janvier 2021, le recteur de l'académie de Créteil s'est fondé sur l'avis du comité médical départemental du 11 août 2020, lequel a estimé, contrairement à ce que soutient l'intéressée, que cette dernière n'était pas apte à reprendre ses fonctions avant le 1er juillet 2021, et que son placement en disponibilité d'office pour raison médicale devait être renouvelé une seconde fois pour une durée de six mois, à compter du 1er janvier 2021. Si Mme D se prévaut d'une consultation médicale du 5 août 2020 auprès d'un médecin agréé, elle ne produit aucun document médical relatif à une telle consultation. Par ailleurs, le certificat médical du 16 décembre 2020 établi par son médecin traitant et faisant état de son aptitude à reprendre ses fonctions dès la fin de l'année 2019, qu'elle produit, peu circonstancié et rédigé en des termes très généraux, n'est pas, à lui seul, de nature à remettre en cause l'avis précité du 11 août 2020 et à démontrer qu'elle était apte à la reprise de ses fonctions. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le recteur de l'académie de Créteil a entaché l'arrêté du 12 octobre 2020 d'une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2020, ensemble la décision du 8 décembre 2020 portant rejet de son recours gracieux, présentées par Mme D doivent être rejetées en tant que cet arrêté l'a placée en disponibilité d'office pour la période allant du 1er janvier 2021 au 21 mars 2021. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction qui auraient pu être impliquées par l'annulation de cet arrêté ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'illégalité fautive de l'arrêté du 12 octobre 2020, Mme D n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme totale de 18 000 euros au titre des préjudices financier et de carrière qu'elle estime avoir subis, ces derniers n'étant, au demeurant, pas établis.

9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour prononcer le placement en disponibilité d'office pour raison de santé de Mme D pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2020, le recteur s'est fondé sur l'avis du comité médical départemental du 19 mai 2020, lequel a estimé que cette dernière n'était pas apte à reprendre ses fonctions, et a préconisé un premier renouvellement de son placement en disponibilité d'office pour une durée d'un an à compter du 1er janvier 2020. Si Mme D soutient que cet avis ne repose sur aucune expertise médicale, aucune disposition légale ou règlementaire n'impose au comité médical départemental de diligenter une expertise avant de se prononcer sur l'aptitude de l'agent placé en disponibilité d'office pour incapacité médicale à exercer ses fonctions. Par ailleurs, le certificat médical du 14 octobre 2019 dont elle se prévaut, établi par son médecin traitant, peu circonstancié et rédigé en des termes généraux, n'est pas de nature à remettre en cause l'avis du 19 mai 2020. En outre, Mme D n'établit pas avoir saisi le comité médical supérieur, procédure qui lui aurait permis de contester utilement cet avis. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 20 juillet 2020 est entaché d'illégalité.

10. En l'absence d'illégalité fautive de l'arrêté du 20 juillet 2020 de nature à engager la responsabilité de l'administration, Mme D n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 29 500 euros au titre des préjudices financier et de carrière qu'elle estime avoir subis, ces derniers n'étant, au demeurant, pas établis.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme D doivent être rejetées.

Sur les frais de justice :

12. Eu égard à ce qui a été dit au point 2, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'Etat à verser à Mme D une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2020 en tant qu'elles portent sur la période du 22 mars 2021 au 30 juin 2021.

Article 2 : L'Etat versera à Mme D une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, au recteur de l'académie de Créteil et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Weidenfeld, présidente,

- Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

- Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

M. B

La présidente,

Signé

K. Weidenfeld

La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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