mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2103174 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | MASILU-LOKUBIKE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 mars 2021, M. A B, représenté par Me Masilu, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté 29 janvier 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
- elle n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- elle méconnaît l'article 10, paragraphe c, de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- elle est entachée d'erreur de droit, dès lors que les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants tunisiens ;
- elle méconnaît le 7° de l'article de L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'hommes et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- l'administration n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;
- elle est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;
- elle méconnaît le 6° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 12 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 22 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien, né le 20 février 1993 à Tataouine (Tunisie), a sollicité le 19 octobre 2020 le renouvellement de sa carte de séjour temporaire délivrée au titre de sa qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 29 janvier 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné. Le requérant demande l'annulation de ces décisions.
Sur la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte les considérations de droit et de fait qui fondent la décision en litige. Si M. B soutient que le préfet n'a pas visé l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des stipulations de cet accord, ni, par suite, que la décision en litige serait fondée sur cet accord. Il suit de là que l'absence de visa invoquée est sans incidence sur la légalité de cette décision. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, et notamment les stipulations du c de l'article 10 de cet accord, qui se rapportent au titre de séjour d'une durée de dix ans pouvant être délivré au père ou à la mère d'un enfant français résidant en France. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut être utilement soulevé.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; () / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant () ".
5. D'une part, les stipulations de l'article 10, paragraphe c, de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, qui portent sur la délivrance d'un titre de séjour d'une durée de validité de dix ans et n'ont ainsi pas le même objet que les dispositions précitées du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne font pas obstacle à l'application à un ressortissant tunisien de ces dernières dispositions. Par suite, alors que, ainsi qu'il a été dit, il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de renouvellement de titre de séjour du requérant aurait été fondée sur l'accord précité, le moyen tiré de l'erreur de droit qui résulterait de l'inapplication des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 doit être écarté.
6. D'autre part, pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé ne justifiait pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant de nationalité française né le 22 juillet 2018. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment d'un courriel adressé le 14 décembre 2020 par le requérant aux services préfectoraux, que la communauté de vie entre ce dernier et la mère de l'enfant du couple a cessé depuis le mois d'août 2020. En outre, le requérant n'établit pas qu'à la date de l'arrêté attaqué il résidait avec son enfant et ne se prévaut d'aucune décision de justice portant sur la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Enfin, il n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il apporterait une quelconque aide matérielle pour subvenir aux besoins de son enfant, alors qu'il n'est pas dépourvu de ressources dès lors qu'il allègue travailler depuis le mois de mars 2020. S'il produit quelques photographies le représentant avec son enfant, des témoignages de proches ainsi qu'une attestation d'un médecin, ces pièces ne suffisent pas à démontrer une réelle et constante implication de sa part dans l'éducation de son enfant. Par suite, en l'absence de preuve d'une contribution effective du requérant à l'entretien et à l'éducation de son enfant, les dispositions précitées du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas été méconnues.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
8. M. B soutient que depuis le mois de mars 2014 il séjourne habituellement en France, où il est inséré socialement et professionnellement, et où il réside avec son enfant mineur ainsi que la mère de ce dernier. Toutefois, il résulte de ce qui est dit au point 6 que le requérant ne justifie pas de la vie familiale qu'il invoque ni qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. En outre, il n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales en Tunisie. Enfin, si M. B fait valoir qu'il a occupé un emploi depuis le mois de mars 2020 et produit à ce titre des pièces de nature à établir qu'il a exercé la profession de vendeur de fruits et légumes, il n'en résulte pas qu'il pourrait se prévaloir d'une insertion professionnelle significative. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi par cette décision, ni porté atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant. Dès lors, elle n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
9. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait présenté une demande de renouvellement de titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut être utilement soulevé.
10. En dernier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent, effectivement, les conditions d'obtention du titre de séjour sollicité auxquels il envisage de refuser ce titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Eu égard aux motifs qui précèdent, M. B ne peut prétendre de plein droit à la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de prendre la décision attaquée.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, la décision attaquée, qui fait suite à un refus de titre de séjour et a ainsi pour fondement les dispositions du 3° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de renouvellement de titre qui, ainsi qu'il est dit, est suffisamment motivée.
12. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée n'aurait pas été précédée d'un examen complet de la situation du requérant.
13. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision refusant à M. B un renouvellement de titre de séjour n'est pas illégale. Dès lors, le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence de la décision l'obligeant à quitter le territoire ne peut qu'être écarté.
14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 6° L'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () "
15. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. B ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas méconnu l'article L. 511-4 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
16. En cinquième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la décision en litige au regard de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 8.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 29 janvier 2021. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Jimenez, présidente,
M. Charageat, premier conseiller,
Mme Nour, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 202Le rapporteur,
D. C
La présidente
J. JimenezLe greffier,
C. Chauvey
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2103174
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026