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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2103529

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2103529

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2103529
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantSURJOUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2021, M. B C D, représenté par Me Surjous, demande au tribunal :

1°) la décharge de l'obligation de payer les sommes procédant des saisies administratives à tiers détenteur n° 2100066 et n° 2100065 en date du 29 octobre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'action en recouvrement est prescrite s'agissant des impôts et taxes faisant l'objet de la saisie à tiers détenteur n° 2100065 en date du 29 octobre 2020 ;

- l'administration ne justifie pas de l'envoi d'une mise en recouvrement;

- les bases imposables des impositions en litige sont erronées, dès lors qu'elles ne correspondent pas à ses revenus.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis conclut à l'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur n° 2100065 en date du 29 octobre 2020 s'agissant de la taxe d'habitation au titre de l'année 2015 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- l'action en recouvrement étant prescrite s'agissant de la taxe d'habitation au titre de l'année 2015, aucune poursuite ne sera engagée ;

- la contestation du requérant portant sur l'assiette des cotisations d'impôt sur le revenu est irrecevable, faute de réclamation préalable ;

- les autres moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de M. Combes, rapporteur public, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D demande la décharge de l'obligation de payer les sommes procédant des saisies administratives à tiers détenteur n° 2100066 et n° 2100065 en date du 29 octobre 2020, correspondant à des cotisations d'impôt sur le revenu, de prélèvements sociaux et de taxe d'habitation qui lui ont été réclamées au titre des années 2011 à 2015.

2. Aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable ". Aux termes de l'article 2240 du code civil : " La reconnaissance par le débiteur du droit de celui contre lequel il prescrivait interrompt le délai de prescription. ". A cet égard, la reconnaissance, par le redevable de l'impôt, de l'exigibilité de sa dette s'entend de tout acte ou de toute démarche par lesquels celui-ci admet son obligation de payer une créance définie par sa nature, son montant et l'identité de son titulaire. En vertu de l'article 2244 du code civil, le délai de prescription est également interrompu, notamment, par un acte d'exécution forcée, au nombre desquels sont les avis à tiers détenteur.

3. Il résulte de l'instruction que les sommes figurant sur l'avis de saisie à tiers détenteur n°210065 du 29 octobre 2020, correspondant à l'impôt sur le revenu des années 2011, 2012 et 2013, aux prélèvements sociaux de l'année 2011 et à la taxe d'habitation des années 2012, 2013, et 2014, ont été mises en recouvrement, respectivement, les 31 juillet 2012, 15 octobre 2012, 30 septembre 2012, 31 août 2012, 30 septembre 2013, 31 juillet 2014, 30 septembre 2014. L'administration en a poursuivi le recouvrement en émettant un premier avis à tiers détenteur le 23 février 2016 puis un second le 7 mars 2018. L'administration a également poursuivi le recouvrement de la taxe d'habitation due par le requérant au titre de l'année 2015 et mise en recouvrement le 31 octobre 2015, par l'avis à tiers détenteur du 7 mars 2018. Ces actes, qui ont été notifiés à M. C D les 29 février 2016 et 13 mars 2018, ont eu pour effet d'interrompre le cours de la prescription, faisant chacun courir un nouveau délai de quatre ans. Le moyen tiré de ce que la prescription était acquise à la date du 29 octobre 2020 à laquelle a été émis l'avis de saisie à tiers détenteur n°210065 du 29 octobre 2020 doit, dès lors, être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 253 du livre des procédures fiscales : " Un avis d'imposition est adressé sous pli fermé à tout contribuable inscrit au rôle des impôts directs ou, pour les redevables de l'impôt sur la fortune immobilière, au rôle de cet impôt, dans les conditions prévues aux articles 1658 à 1659 A du code général des impôts () ". Aux termes de l'article 1663 du code général des impôts : " 1. Les impôts directs, produits et taxes assimilés, visés par le présent code, sont exigibles le dernier jour du mois suivant celui de la mise en recouvrement du rôle () ".

5. Si M. C D soutient que l'administration ne justifie pas de l'envoi des mises en recouvrement des impôts et taxes en litige, l'administration fait valoir, sans être contestée, qu'elle lui a adressé l'ensemble des avis d'imposition et extraits de rôle correspondant aux sommes en litige par lettre simple à l'adresse connue des services depuis 2004. Dans ces conditions, M. C D doit être regardé comme ayant reçu les avis d'imposition et extraits de rôle en litige. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

6. Le moyen selon lequel les bases imposables sur le fondement desquelles a été établi le montant d'impôt sur le revenu dû au titre des années en litige seraient erronées relève du contentieux de l'assiette. Par suite, M. C D ne peut utilement invoquer un tel moyen dans le cadre du présent contentieux de recouvrement.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de M. C D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C D et au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2022.

La rapporteure,

C. A

La présidente,

J. Jimenez La greffière,

L. Vimen

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2103529

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