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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2103823

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2103823

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2103823
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantMARCEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2101524 du 17 mars 2021, le président de la 7ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Montreuil le dossier de la requête de M. A C en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par cette requête et des mémoires enregistrés le 6 avril 2021, le 4 janvier 2023 et le 21 juin 2023, M. A C, représenté par Me Marcel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 24 mars 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours administratif préalable présenté le 28 juillet 2020 auprès de la commission de recours des militaires contre sa fiche individuelle de notation établie au titre de l'année 2020 ;

2°) d'enjoindre à l'autorité militaire de retirer le rapport du 6 février 2020 de son dossier administratif individuel et de lui attribuer une nouvelle notation au titre de l'année 2020 en modifiant notamment ses appréciations littérales et la cartouche 2.3, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 24 mars 2021 est entachée d'incompétence ;

- sa fiche individuelle de notation est entachée d'erreurs de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle repose sur une enquête administrative et des rapports dont les faits relatés sont inexacts et mensongers, certains de ses subordonnés présentant de lourdes carences professionnelles et s'étant concertés en vue de lui nuire alors qu'il a tout mis en œuvre pour mettre en place un dialogue au sein de son unité.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative, notamment ses articles R. 222-13 et R. 222-19.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courneil,

- les conclusions de M. Cozic, rapporteur public,

- et les observations de Me Marcel, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Lieutenant de la gendarmerie nationale, M. A C a été affecté à compter du 1er août 2017 au commandement du groupe d'observation et de surveillance (GOS) de la section de recherches de la gendarmerie des transports aériens (SRTA) de Paris-Charles-de-Gaulle. Le 4 mars 2020, il a pris connaissance de sa feuille de notation individuelle établie pour la période du 15 février 2019 au 24 février 2020. Le 30 juillet 2020, il a présenté un recours administratif préalable obligatoire, enregistré auprès de la commission des recours militaires le 5 août 2020. Par une décision du 24 mars 2021, le ministre de l'intérieur a rejeté le recours de M. C. Dans le dernier état de ses écritures, le requérant demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, par un arrêté du 7 juillet 2020 publié au Journal officiel de la République française le 10 juillet 2020, le ministre de l'intérieur a donné à M. D B, directeur adjoint du cabinet et signataire de la décision attaquée, délégation aux fins de signer tous actes, arrêtés ou décisions, à l'exclusion des décrets, en ce qui concerne les affaires pour lesquelles délégation n'a pas été donnée aux personnes mentionnées aux 1° et 2° de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 modifié relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 24 mars 2021 ne peut qu'être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 4135-1 du code de la défense : " Les militaires sont notés au moins une fois par an. / La notation est traduite par des notes et des appréciations qui sont obligatoirement communiquées chaque année aux militaires. / A l'occasion de la notation, le chef fait connaître à chacun de ses subordonnés directs son appréciation sur sa manière de servir. / Les conditions d'application du présent article, ainsi que les conditions dans lesquelles il peut être dérogé au caractère annuel de la notation, sont fixées par décret en Conseil d'État. ".

4. Aux termes de l'article R. 4135-1 du même code : " La notation est une évaluation par l'autorité hiérarchique des qualités morales, intellectuelles et professionnelles du militaire, de son aptitude physique, de sa manière de servir pendant une période déterminée et de son aptitude à tenir dans l'immédiat et ultérieurement des emplois de niveau plus élevé. ". Aux termes de l'article R. 4135-2 du même code : " La notation est traduite : 1° Par des appréciations générales, qui doivent notamment comporter les appréciations littérales données par l'une au moins des autorités chargées de la notation ; 2° Par des niveaux de valeur ou par des notes chiffrées respectivement déterminés selon une échelle ou selon une cotation définie, dans chaque force armée ou formation rattachée, en fonction des corps qui la composent. La notation est distincte des propositions pour l'avancement.".

5. M. C soutient que sa note d'évaluation professionnelle, maintenue à 6/10 comme pour les années précédentes, ainsi que certaines des appréciations littérales contenues dans sa fiche de notation, sont fondées sur des faits inexacts et sont entachées d'erreurs manifestes d'appréciation. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de difficultés signalées par six des dix personnes encadrées par M. C au sein du GOS SRTA, une enquête administrative a été diligentée par l'Inspection générale de la gendarmerie nationale qui a établi un rapport du 24 octobre 2019 dépeignant, de façon circonstanciée, les méthodes d'encadrement de l'intéressé qui, si elles n'ont pas été considérées comme étant constitutives de harcèlement moral, ont été qualifiées de maladroites et génératrices de dissensions profondes, d'une ambiance professionnelle dégradée et d'une forte défiance au sein du collectif de travail. A cet égard, le rapport, qui se fonde notamment sur les auditions de l'ensemble des intéressés, décrit de façon très précise la survenance des difficultés au sein du service et la manière dont M. C a, par exemple, tenu des cahiers d'observations pour consigner l'ensemble de ses griefs à l'encontre du personnel encadré ayant eu pour conséquence de contribuer à l'instauration d'un climat de défiance, mis en difficulté certains de ses subordonnés au cours d'un exercice de filature, refusé ou omis de prendre en compte certains services de ses personnels au sein du logiciel " Puls@ar " ou encore mis en place un système de répartition des astreintes et permanences sur la base d'un volontariat spontané par voie de messagerie instantanée ne permettant pas une répartition équilibrée et prévisible entre les agents. Dans ces conditions, si le rapport lui-même reconnaît les carences professionnelles de certains des personnels encadrés par M. C et si ce dernier produit de nombreux témoignages de divers membres de la gendarmerie avec qui il a été amené à travailler, en qualité de collègue en formation, de supérieur hiérarchique, de collaborateur ou de subordonné, rapportant de façon détaillée et concordante ses grandes qualités techniques et humaines ainsi que son dévouement professionnel, aucune de ces attestations n'est toutefois de nature à remettre en cause les faits et l'appréciation portée sur ses méthodes d'encadrement au sein du GOS SRTA. Dès lors, sa fiche de notation pouvait, sans être entachée d'erreur de fait ni d'aucune erreur manifeste d'appréciation, tenir compte de ces circonstances pour maintenir la note de M. C à 6/10, constater que la cohésion d'équipe a été rompue, que la confiance mutuelle a été perdue et que le lieutenant C a " négligé l'adhésion et la concertation nécessaires dans le commandement " et mentionner enfin, comme point d'amélioration, " l'aptitude à travailler en équipe ". Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, sans qu'il soit besoin d'examiner sa recevabilité, y compris ses conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

La rapporteure,

L. Courneil

La présidente,

N. Ribeiro-MengoliLa greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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