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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2103927

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2103927

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2103927
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGIUDICELLI-JAHN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 et 24 mars 2021, M. A B, représenté par Me Guidicelli-Jahn, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 janvier 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois suivant le jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il méconnaît le principe de la présomption d'innocence ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 6 alinéa 2 de l'accord franco-algérien ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 7b de l'accord franco-algérien ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 10 janvier 1988 à Nedroma (Algérie), est entré en France le 18 décembre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour pour y rejoindre son épouse de nationalité française, avec laquelle il avait contracté mariage le 7 mars 2019. Le 9 novembre 2020, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien. Par un arrêté du 7 janvier 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () / Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux () ".

3. Si l'accord franco-algérien précité ne subordonne pas la délivrance d'un certificat de résidence aux ressortissants algériens à l'absence de menace à l'ordre public, les stipulations de cet accord, qui ont pour seul objet de définir les conditions particulières que les intéressés doivent remplir lorsqu'ils demandent à séjourner en France, ne privent pas l'administration du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale en vigueur relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour à un ressortissant algérien en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public.

4. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B, le préfet s'est fondé sur la circonstance que ce dernier avait été " interpellé en janvier 2020 " pour des faits de violence sur mineur de moins de quinze ans sans incapacité, violences sans incapacité sur une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, usurpation d'identité et harcèlement sur une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, et enfin dégradation des conditions de vie entrainant une altération de la santé, et que ces faits étaient " de nature à créer un faisceau d'indices permettant de considérer que le caractère répété des infractions est susceptible de compromettre l'intégration durable et effective de l'intéressé et de créer une présomption de troubles à l'ordre public ". Toutefois, l'intéressé conteste avoir commis les faits qui lui sont reprochés, dont la date précise n'est pas mentionnée dans l'arrêté attaqué, et fait valoir, sans être contredit par le préfet, qui n'a pas produit de mémoire en défense, qu'aucune poursuite pénale n'a été engagée à son encontre. Dans ces conditions, en l'absence de tout élément, ni même d'un commencement d'explication apporté par la préfecture de la Seine-Saint-Denis, à laquelle le présent recours a pourtant été régulièrement notifié, il n'est pas établi que M. B représente une menace réelle et actuelle pour l'ordre public.

5. Il suit de là, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l'annulation pour excès de pouvoir de la décision du 7 janvier 2021 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement implique seulement que le préfet de la Seine-Saint-Denis réexamine la demande de M. B. Il y a lieu de faire application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative et de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 000 euros au titre des frais que M. B y a exposés.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 7 janvier 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. B dans un délai de trois mois.

Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre des frais d'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 31 août 2022, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

N. D

Le président,

Signé

M. C

La greffière,

Signé

S. Séguéla

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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