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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2105840

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2105840

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2105840
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantGIUDICELLI-JAHN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 avril 2021, M. C A, représenté par Me Giudicelli-Jahn, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Il soutient que :

- en estimant que son comportement représente une menace à l'ordre public, le préfet a entaché sa décision d'un défaut de motivation et commis une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 313-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision en litige a méconnu les stipulations de l'alinéa 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- il justifie d'une présence régulière et stable depuis 2015 ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 18 août 2022 par une ordonnance du même jour, en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

M. A a produit des pièces, enregistrées le 27 septembre 2022, qui n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Khiat, conseiller,

- les observations de Me Giudicelli-Jahn pour M. A,

- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité algérienne, né le 30 mai 1999 à Mazouna (Algérie), déclare être entré en France le 16 février 2015. Il a sollicité, le 5 avril 2019, le renouvellement de son certificat de résidence mention " étudiant ". Par un arrêté du 7 avril 2021, pris sur le fondement de l'article L. 313-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande au motif que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir cet arrêté préfectoral.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision refusant le renouvellement du certificat de résidence de M. A comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire ou la carte de séjour pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusée ou retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

4. Pour refuser le renouvellement du certificat de résidence de M. A, le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé que la présence en France de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. A cet égard, le préfet a relevé que l'intéressé était connu au fichier du traitement des antécédents judiciaires (TAJ) pour des faits de rébellion commis le 28 août 2017, de refus d'obtempérer à une sommation d'arrêter son véhicule dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité le 24 octobre 2017 et de transport, acquisition, offre ou cession non autorisée de stupéfiants le 4 février 2020. Le préfet a également relevé que M. A avait été condamné le 29 août 2018 par le tribunal judiciaire de Bobigny à une amende de 500 euros pour des faits de conduite d'un véhicule en ayant fait l'usage de substances ou de plantes classées comme stupéfiants, et refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer. En se bornant à soutenir que le préfet n'apporte pas la preuve des faits relatés au TAJ, alors que l'autorité préfectorale fait état d'éléments précis et datés, le requérant ne peut être regardé comme apportant une contestation sérieuse de leur matérialité. Eu égard à la nature, à la gravité et au caractère récent de l'ensemble des faits relevés par le préfet, dont certains ont fait l'objet d'une condamnation pénale devenue définitive, la présence en France de M. A doit être regardée comme constitutive d'une menace pour l'ordre public. Par suite, en refusant de renouveler le certificat de résidence de M. A, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 313-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, la décision contestée ne constituant pas une sanction ayant le caractère d'une punition, le moyen, à le supposer soulevé, de la méconnaissance de la présomption d'innocence garanti notamment par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut en tout état de cause qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé en France en 2015 comme étudiant, et a été scolarisé jusqu'à l'obtention d'un baccalauréat professionnel en 2020. Si l'intéressé affirme avoir réalisé deux stages au cours de ses études, il ne justifie d'aucune formation et intégration socio-professionnelle depuis l'obtention de son baccalauréat professionnel. En outre, la seule circonstance que sa sœur réside en France en situation régulière, à la supposer établie, ne permet pas d'établir que M. A a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Dans ces conditions, eu égard à ses conditions de séjour en France, et à la menace pour l'ordre public que constitue la présence en France de l'intéressé, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, la décision en litige n'a pas méconnu les stipulations précitées du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " III. ' L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. () Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. () La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

9. D'une part, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

10. D'autre part, et ainsi qu'il a été dit aux points 4 et 7, M. A ne démontre pas qu'il a établi sa vie privée et familiale sur le sol français, et sa présence doit être regardée comme constituant une menace pour l'ordre public. Dès lors, en prenant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant au remboursement des frais non compris dans les dépens et au paiement des dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romnicianu, président,

Mme Nathalie Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Youssef Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

Y. Khiat

Le président,

Signé

M. B

La greffière,

Signé

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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