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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2106448

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2106448

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2106448
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantBROCARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2021, Mme A B, représentée par Me Brocard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle ou à défaut temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Brocard de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;

- la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle a méconnu les dispositions de l'alinéa 4 de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité de la décision de refus de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 13 juillet 2022 par une ordonnance du même jour, en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Khiat, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, de nationalité comorienne, née le 31 décembre 1986, a été admise au séjour en France au titre du regroupement familial et est entrée à ce titre sur le territoire français le 26 décembre 2017. Elle a sollicité le 8 février 2019, le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 19 avril 2021, pris sur le fondement de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile , le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande au motif que l'intéressée ne justifie plus d'une communauté de vie avec son époux et ne remplit donc plus les conditions du regroupement familial pour continuer à séjourner en France. Par voie de conséquence, le préfet l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté préfectoral.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-2175 du 2 octobre 2020, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis le 5 octobre 2020, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D C, attachée d'administration de l'Etat, cheffe du pôle refus de séjour et interventions, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration ainsi que du chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, pour signer les décisions de la nature de celles en litige. Ainsi, et dès lors qu'il n'est pas établi que ces autorités n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque l'arrêté en cause a été pris, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, Mme B soutient que le préfet n'a pas fait état des violences conjugales commis à son égard par son époux. Toutefois, il ressort du courriel du 10 novembre et du courrier du 14 novembre 2018 adressés par l'association La Cimade à la préfecture de la

Seine-Saint-Denis que les violences conjugales alléguées par Mme B sont seulement évoquées. Si la requérante se prévaut d'un courrier daté du 8 février 2019 accompagnant sa demande, elle n'établit pas que ce courrier aurait été reçu par les services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis. Dans ces conditions, Mme B ne démontre pas avoir mis à même le préfet de porter une appréciation sur les violences conjugales qu'elle aurait subies. Dès lors, le préfet doit être regardé comme ayant procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen particulier de la situation de la requérante doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 431-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " Les membres de la famille entrés en France régulièrement au titre du regroupement familial reçoivent de plein droit une carte de séjour temporaire, dès qu'ils sont astreints à la détention d'un titre de séjour. ". Aux termes de l'article L. 431-2 du même code : " § 1er En cas de rupture de la vie commune ne résultant pas du décès de l'un des conjoints, le titre de séjour qui a été remis au conjoint d'un étranger peut, pendant les trois années suivant l'autorisation de séjourner en France au titre du regroupement familial, faire l'objet d'un retrait ou d'un refus de renouvellement. / () § 4 En outre, lorsque l'étranger a subi des violences familiales ou conjugales et que la communauté de vie a été rompue, l'autorité administrative ne peut procéder au retrait du titre de séjour de l'étranger admis au séjour au titre du regroupement familial et en accorde le renouvellement. En cas de violence commise après l'arrivée en France du conjoint mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint se voit délivrer, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". ".

5. Mme B, qui soutient avoir subi des violences conjugales de la part de son époux ayant conduit à la rupture de leur communauté de vie depuis le 22 juin 2018, se prévaut des dispositions précitées du 4ème § de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'il ressort des pièces du dossier que Mme B a déposé plainte pour la première fois le 23 juin 2018, elle s'est bornée à indiquer aux services de police que son mari refusait de la soutenir et menaçait de la " virer de l'appartement ". Dans une nouvelle main courante du 10 juillet 2018, Mme B indiquait qu'elle avait quitté le domicile de son époux et qu'elle vivait chez une amie. Elle a enfin porté plainte le 15 octobre 2018 pour des violences psychologiques commises par son époux sans développer le moindre fait précis. Si Mme B bénéficie d'un suivi psychologique par la Maison des femmes du centre hospitalier de Saint-Denis, d'un suivi médical et d'un soutien par l'association SOS Femmes 93, les attestations produites à l'instance ne relatent aucun fait précis de nature à établir la réalité des violences conjugales alléguées. Il suit de là que la requérante n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions précitées du 4ème § de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vertu desquelles l'autorité administrative accorde le renouvellement du titre de séjour de l'étranger admis au séjour au titre du regroupement familial et victime de violences conjugales et ce nonobstant la rupture de la communauté de vie entre les époux.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est célibataire, sans charge de famille et n'établit ni même n'allègue être dépourvue de toutes attaches familiales dans son pays d'origine. Si elle exerce le métier d'agent de production à temps plein depuis février 2020 au titre d'un contrat à durée indéterminée, cette expérience professionnelle naissante ne reflète pas une insertion socio-professionnelle significative sur le sol français. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de séjour de Mme B en France, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale, et n'a donc ni méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni davantage entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour soulevé à l'encontre de la décision d'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

9. En sixième et dernier lieu, la décision d'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de Mme B comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation soulevé à l'encontre de cette décision doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant au remboursement des frais non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romnicianu, président,

Mme Nathalie Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Youssef Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

Y. Khiat

Le président,

Signé

M. E

La greffière,

Signé

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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