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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2106952

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2106952

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2106952
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantPARASTATIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 25 mai et 13 juillet 2021 et 8 juillet 2022, M. D A, représenté par Me Parastasis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour et doit être annulée par voie de conséquence ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 8 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er août 2022.

Des pièces, enregistrées le 26 octobre 2022 et produites par M. A, n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Parastatis, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 10 décembre 1985, déclare être entré en France le 11 janvier 2016. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 25 juillet 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision

du 4 décembre 2017 de la Cour nationale du droit d'asile. Le 18 avril 2018, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré. Le 9 janvier 2020, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 26 avril 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le préfet n'étant pas tenu de faire une mention exhaustive des éléments de la situation personnelle de l'intéressé. Dès lors, le moyen tiré ce que cette décision serait insuffisamment motivée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. M. A se prévaut de sa présence en France depuis l'année 2016 ainsi que de celle de son épouse, de nationalité bangladaise, et de leur enfant, né le 14 janvier 2017 à Saint-Denis (93). Toutefois, alors que son épouse est en situation irrégulière, il ne fait état d'aucune circonstance faisant obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue au Bangladesh, pays dans lequel résident ses parents selon les mentions non contestées de l'arrêté attaqué. En outre, si M. A se prévaut de son insertion professionnelle et justifie occuper un emploi de commis de cuisine depuis le 22 décembre 2017, soit depuis plus de trois ans à la date de la décision attaquée, il ressort des pièces du dossier qu'il a occupé cet emploi à temps partiel

jusqu'au 1er janvier 2019, pour une rémunération brute mensuelle de moins de 600 euros. Au regard de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle de l'intéressé.

5. En troisième lieu, M. A fait grief au préfet d'avoir relevé, à tort, qu'il n'avait fourni à l'appui de sa demande aucun contrat de travail corroborant sa demande d'autorisation de travail et qu'il n'avait présenté que 12 fiches de paye, insuffisantes pour justifier d'une insertion professionnelle effective et suffisamment stable ni de perspective réelle d'embauche, alors qu'il avait fourni deux avenants à son contrat de travail et vingt-cinq fiches de paye. Toutefois, outre le fait que M. A ne démontre pas qu'il aurait transmis au préfet un contrat de travail ou plus de 12 fiches de paye, il ne produit, dans le cadre de la présente instance, que deux avenants à son contrat de travail du 22 décembre 2017, mais pas ce dernier, et sur les 25 fiches de paye qu'il produit à l'instance et soutient avoir transmises au préfet, seules douze faisaient état d'un salaire supérieur ou égal au SMIC. Dans ces conditions, les moyens tirés du défaut d'examen et de l'erreur de fait dont serait entachée la décision attaquée doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la

Seine-Saint-Denis a relevé que le requérant a fait l'objet d'une mesure d'éloignement

le 18 avril 2018 à laquelle il n'avait pas déféré. Le préfet déduit de cette situation que l'intéressé ne saurait être regardé comme séjournant en France depuis une date antérieure au délai d'exécution de la mesure d'éloignement précitée. Si un tel motif est erroné dès lors que l'appréciation de la présence habituelle et continue d'un étranger sur le territoire national n'est pas conditionnée par sa régularité, cette erreur de droit demeure toutefois sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors qu'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qui a été dit au point 4, que le préfet aurait pris la même décision s'il ne l'avait pas commise.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui précède que les moyens dirigés par le requérant contre la décision portant refus de titre de séjour ne sont pas fondés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

8. En second lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées au point 4, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / () Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. / () La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

10. En premier lieu, la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français vise les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que " l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressé a été effectué relativement à la durée de l'interdiction de retour, au regard notamment du huitième alinéa dudit III ". Le préfet, qui développe dans son arrêté l'ensemble des éléments relatifs à la durée de présence de l'intéressé sur le territoire français, la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et précise qu'il a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, doit être regardé comme ayant fait état, de manière suffisamment circonstanciée, des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels il a arrêté la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français. En outre, si le préfet fait mention, dans son arrêté, de la mention de M. A au fichier de traitement des antécédents judicaire pour conduite d'un véhicule terrestre à moteur sans assurance, le préfet ne retient nullement que le comportement de M. A constituerait une menace pour l'ordre public de sorte qu'une motivation sur ce point n'était pas requise. Par suite, le préfet a suffisamment motivé sa décision.

11. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et eu égard aux motifs retenus aux point 4, que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre de M. A, qui a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

13. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novrembre 2022.

La rapporteure,

Signé

N. C

Le président,

Signé

M. B

La greffière,

Signé

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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