mardi 9 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2108540 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | TOURNIQUET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juin 2021 et 23 février 2024, Mme B A, représentée par Me Tourniquet, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de condamner la commune de Pantin à lui verser une somme de 25 000 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis ;
2°) et de mettre à la charge de ladite commune le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la commune a commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité ; à ce titre, la commune de Pantin a méconnu l'obligation d'assurer la protection de sa sécurité et de sa santé ; elle l'a affectée sur un emploi qui ne correspond pas à sa catégorie d'emploi ; elle n'a pas été évaluée de manière complète au titre de l'année 2020 ;
- ces fautes lui ont causé plusieurs préjudices, à savoir un préjudice financier tiré de ce qu'elle n'a pas bénéficié du régime juridique relatif à la maladie professionnelle ; elle a également subi un préjudice de carrière dès lors que ses chances d'obtenir un avancement sont désormais réduites ; enfin, elle a subi un préjudice moral, le comportement fautif de l'administration ayant aggravé son état de santé ;
- elle est fondée, à ces titres, à solliciter une indemnisation à concurrence de 25 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2024, la commune de Pantin, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les conclusions tendant à l'engagement de sa responsabilité à raison de l'abstention de reconnaître le caractère professionnel de la maladie dont souffre Mme A sont irrecevables car tardives ;
- les autres conclusions indemnitaires sont également irrecevables car elles se rapportent à des faits dommageables non mentionnés dans la demande indemnitaire préalable ;
- à titre subsidiaire, Mme A n'est pas fondée à solliciter l'engagement de la responsabilité de la commune, aucune faute n'ayant été commise et les préjudices n'étant pas établis.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984,
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987,
- le décret n° 2006-1690 du 22 décembre 2006,
- le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ghazi, rapporteur ;
- les conclusions de M. Colera, rapporteur public ;
- les observations de Me Tourniquet, représentant Mme A,
- et les observations de Mme C, représentant la commune de Pantin.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, adjointe administrative principale de première classe titulaire, exerce ses fonctions au sein de la commune de Pantin. Ayant développé une pathologie dépressive à la suite d'un changement de fonctions, Mme A a été placée en arrêt de maladie du 1er juillet 2015 au 30 juin 2016. Elle a repris ses fonctions en bénéficiant d'un mi-temps thérapeutique du 1er juillet 2016 au 31 mars 2017. Par un arrêté du 13 février 2017, et à la suite d'un avis du comité médical du 12 janvier 2017, le maire de la commune de Pantin a mis fin à son mi-temps thérapeutique. Mme A a sollicité à plusieurs reprises le maintien de ce
mi-temps, sans que la commune de Pantin n'y fasse droit. Elle a été, de nouveau, placée en congé de maladie ordinaire à compter du 1er avril 2017 puis en disponibilité d'office à compter du 31 mars 2018. Par une lettre du 24 mars 2021, notifiée le 26 mars suivant, Mme A a présenté une demande indemnitaire préalable tendant à l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de plusieurs agissements fautifs de son employeur. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la commune de Pantin le 26 mai 2021. Par la présente requête, Mme A sollicite l'engagement de la responsabilité pour faute de la commune de Pantin et à ce que ladite commune soit condamnée à lui verser une somme de 25 000 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne les fautes :
2. En premier lieu, les autorités administratives ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents. Il leur appartient à ce titre, sauf à commettre une faute de service, d'assurer la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet.
3. En l'espèce, Mme A soutient que la commune de Pantin a commis une faute en s'abstenant de protéger sa santé physique et morale. A ce titre, elle fait valoir, d'une part, que la commune de Pantin s'est abstenue de reconnaître le caractère professionnel de la maladie dont elle est atteinte, à savoir une dépression. Toutefois, le défaut de reconnaissance du caractère professionnel d'une maladie n'est pas de nature à constituer un manquement à l'obligation de protéger la santé. En tout état de cause, la commission de réforme interdépartementale de la Petite Couronne, par un avis du 4 juin 2018, a estimé que la preuve du lien direct entre la survenance de ladite pathologie et l'exercice des fonctions n'était pas établie. D'autre part, Mme A fait valoir que la commune de Pantin a mis sa santé en péril en refusant de prolonger le mi-temps thérapeutique, à compter du 1er avril 2017, dont elle bénéficiait antérieurement. S'il résulte de l'instruction que le docteur D, psychiatre, s'est prononcé favorablement le 16 février 2017 au maintien du mi-temps thérapeutique dont bénéficiait Mme A, le comité médical départemental s'est prononcé, par un avis du 12 janvier 2017, favorablement à une reprise à temps complet à compter du 1er avril 2017. Il résulte également de l'instruction que Mme A a été examinée par le médecin du travail le 14 mars 2017 et que celui-ci l'a déclarée apte à l'exercice de ses fonctions sans aménagement ni restriction. Il s'ensuit qu'il n'est pas établi que la commune de Pantin ait méconnu son obligation de protéger la santé physique et morale de son agent. Mme A n'est donc pas fondée à solliciter l'engagement de la responsabilité de ladite commune à ce titre.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 16 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987, dans sa rédaction alors applicable : " Sous réserve du deuxième alinéa du présent article, la commission de réforme prévue par le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 modifié relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales est obligatoirement consultée dans tous les cas où un fonctionnaire demande le bénéfice des dispositions de l'article 57 (2°, 2e alinéa) de la loi du 26 janvier 1984 susvisée. Le dossier qui lui est soumis doit comprendre un rapport écrit du médecin du service de médecine préventive compétent à l'égard du fonctionnaire concerné. () ".
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la commission de réforme a été saisie par la commune de Pantin afin qu'elle se prononce sur le caractère professionnel de la maladie dont souffre Mme A. Par un avis du 4 juin 2018, celle-ci a estimé que le lien direct entre ladite pathologie et les fonctions de Mme A n'était pas établi. Par une lettre du 13 juillet 2018, la commune de Pantin a refusé de reconnaître le caractère professionnel de ladite maladie. Mme A soutient que cette dernière décision est entachée d'un vice de procédure, la commune de Pantin n'ayant pas soumis à la commission de réforme un dossier comprenant le rapport écrit du médecin du service de médecine de prévention. Il résulte du courrier électronique du 9 mars 2018 émis par la commune de Pantin et du bordereau de saisine de la commission de réforme du 13 février 2018, dressant la liste des pièces transmises à l'appui de cette saisine, que la commune de Pantin n'a effectivement pas transmis ledit document. Il s'agit, par ailleurs, d'une garantie pour le fonctionnaire concerné. Ce faisant, Mme A est fondée à soutenir que la commune de Pantin a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 1er du décret n° 2006-1690 du 22 décembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux : " Les adjoints administratifs territoriaux constituent un cadre d'emplois administratif de catégorie C au sens de l'article 13 de la loi du 13 juillet 1983 ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " I. Les adjoints administratifs territoriaux sont chargés de tâches administratives d'exécution, qui supposent la connaissance et comportent l'application de règles administratives et comptables. () / II. - Lorsqu'ils relèvent des grades d'avancement, les adjoints administratifs territoriaux assurent plus particulièrement les fonctions d'accueil et les travaux de guichet, la correspondance administrative et les travaux de comptabilité. () ".
6. En l'espèce, Mme A relève de la catégorie d'emploi des adjoints administratifs territoriaux, classée dans la catégorie C en vertu des dispositions précitées et dont les missions sont circonscrites à des tâches administratives d'exécution. Toutefois, et ainsi que le relève
Mme A, celle-ci a été affectée sur un emploi de secrétaire sociale à compter du 6 avril 2020. Or, cet emploi a été classé dans la catégorie B, ainsi que le mentionne la fiche de poste correspondante. Ce faisant, et nonobstant la circonstance que cette affectation répondait à une demande de l'intéressée, la commune de Pantin a commis une illégalité en affectant un agent de catégorie C sur un emploi de catégorie B. Toute illégalité étant constitutive d'une faute, la commune de Pantin a donc commis une faute susceptible d'engager sa responsabilité.
7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 2 du décret n° 2014-1526 du
16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. () ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Article 4 : " Les critères à partir desquels la valeur professionnelle du fonctionnaire est appréciée, au terme de cet entretien, sont fonction de la nature des tâches qui lui sont confiées et du niveau de responsabilité assumé. Ces critères, fixés après avis du comité technique, portent notamment sur : / 1° Les résultats professionnels obtenus par l'agent et la réalisation des objectifs ; / 2° Les compétences professionnelles et techniques ; / 3° Les qualités relationnelles ; / 4° La capacité d'encadrement ou d'expertise ou, le cas échéant, à exercer des fonctions d'un niveau supérieur. ". Enfin, aux termes de l'article 5 du même décret : " Le compte rendu de l'entretien, établi et signé par le supérieur hiérarchique direct, comporte une appréciation générale littérale exprimant la valeur professionnelle du fonctionnaire au regard des critères fixés à l'article 4. () ".
8. Mme A soutient que la commune de Pantin a commis une faute dès lors que son compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2020 est incomplet, sa supérieure hiérarchique directe n'ayant pas évalué les items mentionnés du titre II " Evaluation de la valeur professionnelle (manière de servir) ". Il résulte effectivement de l'instruction que l'ensemble des items dudit titre II n'a pas été renseigné, la seule mention " sans objet " y apparaissant. Toutefois, il résulte des dispositions précitées au point précédent que le compte-rendu d'entretien professionnel doit obligatoirement comporter une appréciation générale littérale exprimant la valeur professionnelle du fonctionnaire et non que l'ensemble des critères permettant d'apprécier la valeur professionnelle de l'agent doit être évalué. Dans la mesure où le compte-rendu d'entretien professionnel de Mme A comporte une appréciation littérale de sa valeur professionnelle, la commune de Pantin n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité.
9. Il résulte de ce qui précède que la commune de Pantin a commis deux fautes de nature à engager sa responsabilité, à savoir d'avoir affecté Mme A sur un emploi ne correspondant pas à sa catégorie d'emploi et de s'être abstenue de transmettre un rapport écrit du médecin de prévention à la commission de réforme à l'appui de la saisine du 13 février 2018.
En ce qui concerne les préjudices :
10. En premier lieu, Mme A soutient avoir subi un préjudice financier faute d'avoir bénéficié du régime juridique des congés relatifs à une maladie professionnelle. Toutefois,
Mme A n'établit pas que les fautes commises par la commune de Pantin, mentionnées aux points 4 et 6 du présent jugement, aient pu directement causer le préjudice allégué.
11. En deuxième lieu, Mme A soutient également avoir subi un préjudice de carrière, son compte-rendu d'entretien professionnel étant incomplet. Or, ce préjudice est également sans lien direct avec les fautes retenues aux points 4 et 6 du présent jugement.
12. Enfin, la requérante estime avoir subi un préjudice moral, le comportement fautif de la commune de Pantin dans le traitement de sa situation ayant aggravé sa pathologie. Toutefois, Mme A n'apporte aucun élément de nature à démontrer la réalité dudit préjudice et son lien direct avec les fautes retenues.
13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que Mme A n'est pas fondée à solliciter la condamnation de la commune de Pantin à lui verser une somme de 25 000 euros au titre de la responsabilité pour faute.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Pantin, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme sollicitée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Pantin.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Truilhé, président,
- M. L'hôte, premier conseiller,
- Mme Ghazi, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.
La première conseillère,Signé A. GhaziLe président,SignéJ-C. TruilhéLa greffière,
SignéA. Capelle
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026