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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2109440

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2109440

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2109440
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantBROCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juillet 2021, Mme C I et M. H I, agissant en leur nom propre et au nom de leurs enfants mineurs J, E et B, ainsi que Mme A F et M. K F, représentés par Me Brochard, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à leur payer la somme de 58 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de leur absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 à verser à leur conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme et M. I soutiennent que :

- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'ils n'ont été relogés que le 15 janvier 2021, alors que Mme I a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 14 février 2018 ;

- ils ont occupé jusqu'au 15 janvier 2021 un logement de type T2 d'une superficie de 45 m² moyennant un loyer mensuel charges comprises de 697,88 euros qui était sur-occupé, inadapté à la composition du ménage, au handicap de l'aînée et à l'état de santé d'un autre de leurs enfants en raison de son humidité ;

- ils ont subi des troubles de toute nature dans leurs conditions d'existence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Terme pour statuer sur ces litiges.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Terme a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 14 février 2018, désigné Mme I comme prioritaire et devant être logée en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme et M. I ont saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 9 juillet 2020. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme et M. I demandent au tribunal de condamner l'État à leur verser une somme de 58 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. La carence fautive de l'Etat à assurer le logement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence qu'elle a entraînés pour ce dernier. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les conclusions indemnitaires présentées par Mme et M. I au nom de leurs enfants mineurs ainsi que celles présentées par M. I, Mme F et M. F doivent être rejetées.

5. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme I le 14 février 2018 au motif qu'elle occupait un logement sur-occupé avec une personne mineure ou handicapée à charge. Il résulte de l'instruction qu'entre le 1er mars 2015 et le 15 janvier 2021, date de son relogement, Mme I a occupé avec son époux et leurs enfants nés en 2001, 2002, 2010, 2012, 2014, un logement d'une superficie de 45 mètres carrés, lequel était donc sur-occupé à compter de la naissance du quatrième enfant en 2012. La persistance de cette situation, à compter du 14 août 2018, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme I des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. Il ne résulte pas de l'instruction en revanche, au regard des pièces produites, que ce logement ait été insalubre, ou même inadapté à l'état de santé des enfants du couple, à défaut de précision suffisante concernant le handicap de l'aîné des enfants et son lien avec les caractéristiques du logement, et dès lors que les photos produites ne permettent pas d'identifier les parties du logement qu'elles concernent. Par ailleurs, il ne résulte pas davantage de l'instruction, au regard des pièces versées au dossier, que les deux premiers enfants de la requérante, devenus majeurs en 2019 et 2020, seraient restés à sa charge postérieurement à 2020. Enfin, le ménage a été relogé le 15 janvier 2021 dans un logement dont il n'est pas soutenu qu'il serait inadapté. La période d'indemnisation s'étend donc du 14 août 2018 au 15 janvier 2021. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme de 4 200 euros.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme et M. I la somme de 4 200 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme I la somme de 4 200 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 900 euros au bénéfice des requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C I, M. H I, Mme A F, M. K F et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

Le magistrat désigné

D. TermeLa greffière

I. Dad

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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