lundi 3 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2112264 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | HAGEGE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2021, M. E B, représenté par Me Hagege, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2021 pris par le préfet de la Seine-Saint-Denis par lequel ce dernier a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office à l'expiration de ce délai et a désigné l'autorité compétente pour l'exécution de l'arrêté ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir de lui délivrer un titre de séjour " salarié " ou
" vie privée et familiale " sous astreinte de quinze euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 3-1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- est entachée d'erreurs de fait ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elle assortit ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 3-1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'erreurs de fait ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La décision fixant le pays de destination :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La décision fixant l'autorité compétente pour exécuter l'arrêté :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 5 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 mai 2022.
En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de se fonder sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation de la désignation de l'autorité compétente pour exécuter l'arrêté en litige, qui ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, sont irrecevables.
Un mémoire présenté par M. B a été enregistré le 14 septembre 2022, il n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thébault, conseiller rapporteur,
- les observations de Me Hagege, représentant M. B présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. E B, ressortissant malien, né le 7 novembre 1980 à Bamako (Mali), a sollicité le 24 juin 2019 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu L. 435-1. Par arrêté du 11 août 2021 dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office à l'expiration de ce délai.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la désignation de l'autorité compétente :
2. La désignation de l'autorité compétente pour exécuter l'arrêté litigieux constitue une simple mesure d'exécution de cet arrêté, sans portée décisoire autonome et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de cette mesure d'exécution sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions faisant grief contenues dans l'arrêté :
3. Par un arrêté n° 2021-1191 du 18 mai 2021 publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 19 mai 2021, le préfet de
la Seine-Saint-Denis a donné à Mme D C, chef de pôle refus de séjour et interventions, délégation de signature aux fins de signer l'ensemble des décisions litigieuses. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les articles pertinents de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique notamment que M. B est entré en France le 24 octobre 2013 selon ses déclarations, sous couvert d'un visa de court séjour, et s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français après la date de son expiration. La décision indique que l'intéressé, célibataire, père d'un enfant en bas âge, s'il se prévaut de la présence de son frère en France, ne démontre pas la nécessité de rester auprès de lui, qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 33 ans et n'y et pas dépourvu d'attaches dès lors qu'y demeurent toujours ses parents et qu'il ne justifie ainsi d'aucun obstacle l'empêchant de mener, dans son pays d'origine, une vie privée et familiale normale. La décision expose également que la demande d'autorisation de travail présentée par M. B a fait l'objet d'un avis défavorable de la part des services de la main d'œuvre étrangère le 17 juin 2021 et qu'il ne peut ainsi prétendre à une admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation de l'intéressé. En particulier, si l'arrêté ne fait effectivement pas mention de la naissance du second enfant de M. B, il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour a été déposée le 24 juin 2019, et que l'enfant est né en 2020, et que M. B ne justifie pas avoir porté cette information à la connaissance des services préfectoraux dans le cadre de l'instruction de sa demande. Il en résulte que le préfet s'est livré à un examen particulier de la situation du requérant en l'état des informations qui avaient été portées à sa connaissance à la date du dépôt de la demande de titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance, 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Le requérant se prévaut de sa durée de présence en France, de sa contribution à l'entretien et l'éducation de ses deux enfants, de sa relation avec une compatriote en situation régulière et de son insertion par le travail au sein de la société française. Toutefois, si M. B établit, par les pièces qu'il produit, contrairement à ce qu'a retenu le préfet dans la décision litigieuse, sa présence sur le territoire français depuis l'année 2013, une entrée régulière et qu'il est le père de deux enfants nés de sa relation avec une compatriote en situation régulière, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé ne vit pas maritalement avec cette dernière et n'établit pas que l'absence de communauté de vie serait rendue nécessaire par de prétendues sujétions professionnelles. Par ailleurs, les deux attestations établies par Mme A,
en août 2021, aux termes desquelles M. B s'acquitterait d'une pension alimentaire d'un montant de cent euros mensuels par enfant, ne suffisent pas à elles seules à établir une contribution effective à l'entretien et l'éducation des enfants par leur père. Si M. B produit deux photos pour démontrer qu'il entretient des liens avec ses enfants, ces photos, au demeurant non datées, ne permettent pas davantage d'établir qu'il participe à l'éducation de ses enfants. Par ailleurs, si l'intéressé se prévaut d'une insertion professionnelle certaine sur le territoire national au regard de son emploi au sein de la société MBT en qualité de vendeur de mars 2016 à
avril 2019 et de la société BKO à partir d'octobre 2020 à août 2021 en qualité de vendeur, cette circonstance n'est pas suffisante pour établir que l'intéressé a fixé le centre de ses intérêts personnels en France alors même qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 33 ans et qu'il ne justifie ni même n'allègue être dépourvu de toute attache au Mali, où réside encore son père. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, en violation des stipulations, ci-dessus reproduites, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et il résulte de l'instruction que le préfet, aurait pris la même décision s'il avait tenu compte de l'entrée en France régulière de M. B à compter de l'année 2013, de la naissance de son second enfant en 2020 et de son activité professionnelle telle que décrite précédemment. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. B ne conteste pas ne pas vivre maritalement avec la mère de ses enfants, ni n'établit contribuer effectivement à l'entretien et l'éducation de ces derniers. Par suite la décision contestée n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
11. En premier lieu, M. B n'établissant pas que le refus de délivrance d'un titre de séjour serait illégal, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée et doit, en conséquence, être écartée.
12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droit de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doivent être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. En premier lieu, la décision attaquée par laquelle le préfet fixe le pays de destination énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde dès lors qu'elle vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et qu'elle précise la nationalité malienne de M. B. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
15. En deuxième lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité des décisions fixant le pays de renvoi et soulevé par voie d'exception pourra être écarté.
16. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur le surplus des conclusions :
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Charret, président,
M. Iss, premier conseiller,
M. Thébault, conseiller,
Rendu public par mise au disposition au greffe le 3 octobre 2022.
Le rapporteur,
Signé
P. THEBAULT Le président,
Signé
J. CHARRET La greffière,
Signé
I. SERVEAUX
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026