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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2113556

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2113556

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2113556
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARLU HAGEGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 octobre 2021, M. E A, représenté par Me Hagege, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné, en fixant l'autorité chargée de l'exécution de ces décisions ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, portant la mention " salarié ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 15 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ; à défaut, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'incompétence du signataire de la décision ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa demande ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle est entachée d'incompétence du signataire de la décision ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle est entachée d'incompétence du signataire de la décision ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

S'agissant de la fixation de l'autorité compétente pour exécuter l'arrêté :

- elle est entachée d'incompétence du signataire de la décision ;

- elle est illégale par voie d'exception.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est tardive ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 6 décembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation d'une décision désignant l'autorité chargée de l'exécution de l'arrêté attaqué, qui ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

Il a été répondu à cette information par des observations produites par le requérant le 6 décembre 2022 qui ont été communiquées au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 décembre 2022 :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Guillotte, substituant Me Hagège, représentant le requérant.

Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 16 décembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 8 mai 1997, fait valoir être entré régulièrement en France le 10 novembre 2017 et y résider depuis lors. Il a sollicité le 1er mars 2021 son admission exceptionnelle au séjour en se prévalant de son insertion professionnelle. Par un arrêté du 27 juillet 2021 dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun tiré de l'incompétence :

2. Par un arrêté n° 2020-0541 du 5 mars 2020, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 6 mars 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. C B, sous-préfet du Raincy, à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers, lorsqu'elles concernent des ressortissants résidant dans l'arrondissement du Raincy. Par un arrêté du 18 mars 2020 régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du même jour, le préfet a consenti cette même délégation à M. Mame-Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, signataire des décisions attaquées, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B. Par suite, dès lors que la commune de Sevran, où a indiqué résider M. A, est située dans l'arrondissement du Raincy, et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B n'aurait pas été absent ou empêché à la date des décisions attaquées, le moyen tiré du vice d'incompétence, dirigé contre les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien susvisé : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention "salarié " () ". L'article 7 quater de cet accord stipule que : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ".

4. En premier lieu, l'arrêté en litige, en tant qu'il porte refus de séjour, vise l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, et notamment ses articles 3 et 7 quater, et indique les raisons pour lesquelles le requérant n'entre pas dans les conditions de ces stipulations. Il analyse également la situation de l'intéressé au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'opportunité de régulariser l'intéressé au titre du travail sur le fondement du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet. La circonstance que la situation de l'intéressé n'a pas été expressément analysée au regard de la circulaire dite " Valls " du 28 novembre 2012, qui n'est d'ailleurs pas invocable par le requérant, n'est pas constitutive d'une insuffisance de motivation. La décision portant refus de séjour comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est donc suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, d'une part, M. A soutient que le préfet a, à tort, examiné sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, sur le fondement duquel il n'a pas formulé de demande de titre de séjour. Cependant, le préfet a pu, comme il lui est loisible de le faire et sans entacher sa décision d'un défaut d'examen ou d'une autre illégalité, examiner d'office la situation de l'intéressé au regard de ces stipulations.

6. D'autre part, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fixe donc notamment les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. M. A soutient qu'il a déposé une demande de titre de séjour " sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour par le travail " et " conformément à l'article L. 435-1 " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il considère que le préfet aurait ainsi dû apprécier sa situation personnelle et professionnelle au regard des critères de l'admission exceptionnelle par le travail et au titre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Cependant, si le préfet a d'abord considéré que l'intéressé ne pouvait se prévaloir des dispositions de l'article 3 de l'accord franco-tunisien susvisé, en n'étant pas en mesure de produire le contrat de travail exigé ni le certificat médical obligatoire, ce qu'il lui était loisible de faire, comme il a été dit, bien que l'intéressé ait comme il le soutient seulement sollicité son admission exceptionnelle au séjour, cette autorité a aussi estimé, en tout état de cause, que " l'ancienneté professionnelle dont se prévaut l'intéressé, issue de l'exercice du métier de livreur/technicien depuis le 16 juillet 2018, sans autorisation ni permis de conduire adéquat, ne saurait constituer les motifs dérogatoires suffisants, susceptibles de conduire à l'admission au séjour du requérant au titre du travail ". Ce faisant, le préfet a examiné l'opportunité de régulariser la situation de M. A au regard de son pouvoir discrétionnaire.

8. Il suit de là que le moyen tiré du défaut d'examen doit, dans ses deux branches, être écarté.

9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A travaille depuis le 16 juillet 2018 en vertu d'un contrat à durée indéterminée à temps plein en tant que livreur ou technicien. Cependant, cette circonstance ne constitue pas un motif exceptionnel suffisant pour estimer que le préfet aurait, à la date de l'arrêté en litige, commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet dans l'application de son pouvoir de régularisation doit, par suite, être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A ne peut se prévaloir de l'illégalité de la décision portant refus de séjour pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, l'arrêté en litige, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, dès lors qu'il est pris concomitamment à un refus de titre de séjour, doit nécessairement être regardé comme fondé sur le 3° dudit article. Il n'avait dès lors pas, en application du second alinéa de l'article L. 613-1 du même code, à faire l'objet d'une motivation en fait distincte de celle relative au séjour, laquelle est suffisamment motivée ainsi qu'il a été dit au point 4. La mesure d'éloignement comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est donc suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit par suite être écarté.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire et sans enfant à charge en France. Par ailleurs, il ne soutient ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans et dans lequel, selon son formulaire de demande de titre de séjour, résident encore ses parents ainsi qu'un frère et une sœur. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre n'a pas, nonobstant son insertion professionnelle en France, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que, pour les mêmes motifs, celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation personnelle, doivent être écartés.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

17. En second lieu, l'arrêté en litige, en tant qu'il fixe le pays à destination duquel M. A sera renvoyé d'office, vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et les articles L. 721-3 à L. 721-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne la nationalité tunisienne du requérant et indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention déjà mentionnée en cas de retour dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est donc suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit par suite être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel M. A sera éloigné d'office doivent être rejetées.

En ce qui concerne la désignation de l'autorité chargée d'exécuter l'arrêté :

19. La mention, à l'article 4 de l'arrêté en litige, du responsable administratif chargé de l'exécution de cet arrêté constitue le simple rappel d'une mesure d'organisation du service et une simple mesure d'exécution de cet arrêté sans portée décisoire autonome. Elle ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de recours. Par suite, les moyens soulevés à l'encontre de cette décision doivent en tout état de cause être écartés.

20. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées.

Sur le surplus :

21. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées.

22. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. Charageat, premier conseiller,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

Le rapporteur,

Signé

L. D

Le président,

Signé

L. Gauchard La greffière,

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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