vendredi 5 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2113768 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BONNEMYE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2011327 du 4 octobre 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête de M. B A, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.
Par cette requête, enregistrée le 29 juillet 2020, complétée par un mémoire enregistré le 30 décembre 2022, M. A, représenté par Me Bonnemye, demande au tribunal :
1°) de condamner la société orange SA à lui verser une somme de 16 452 euros au titre des rappels de salaire sur la compensation mensuelle non versée pour la période non prescrite du 1er mars 2017 au 1er mars 2020, outre 1 645,20 euros au titre des congés payés afférents, une somme de 1000 euros au titre du préjudice consécutif à la non-conformité de son grade et une somme de 17 802 euros au titre des congés inscrits sur son compte-épargne temps,non pris et non payés, outre 1 780, 20 euros au titre des congés payés afférents ;
2°) d'assortir ces sommes des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;
3°) de mettre à la charge de la société Orange SA la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la compensation salariale à laquelle il avait droit en application de l'article 6.6 de l'accord de substitution signé le 26 mars 2007 ne lui a plus été versée à compter de l'année 2015 ;
- il a droit au versement de la somme de 16 452 euros correspondant au montant non-versé de cette compensation salariale durant la période non prescrite comprise entre le 1er mars 2017 et le 1er mars 2020, ainsi qu'une somme de 1 6452,20 euros au titre des congés payés afférents ;
- l'indice dans lequel il a été réaffecté dans les effectifs de la société orange SA ne correspondait pas à son salaire réel, du fait de l'absence de versement de la compensation salariale ;
- il est en droit d'obtenir une somme de 1000 euros en réparation du préjudice que cela lui a causé ;
- il n'a pas en mesure de prendre les six mois de congés qui avaient été ajoutés sur son compte-épargne temps (CET) en application d'un accord de sortie de conflit collectif signé 2012, compte-tenu de son placement en congé maladie pendant une longue période et de l'absence de mention de ces congés sur son CET ;
- il demande le versement d'une somme de 17 802 euros, correspondant au paiement de ces congés, à laquelle s'ajoute la somme de 1 780,20 euros au titre des congés payés afférents.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 7 décembre 2022 et 30 janvier 2023, le dernier n'ayant pas été communiqué, la société Orange SA, représentée par Me Bellanger, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre des frais d'instance.
Elle soutient que :
- les conclusions tendant à la condamnation de l'administration à lui verser un rappel de salaire sur la compensation non versée sont irrecevables dès lors, d'une part, que l'intéressé n'est pas fondé à demander au juge administratif de condamner l'administration à lui verser un rappel de salaire mais seulement des dommages-intérêts et, d'autre part, que ces conclusions sont tardives ;
- les conclusions tendant à ce que le tribunal enjoigne à l'administration de rectifier le grade de l'intéressé sont également irrecevables, dès lors qu'elles sont tardives et qu'il n'appartient pas au tribunal d'adresser des injonctions à l'administration à titre principal ;
- les moyens contenus dans la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Van Maele ;
- les conclusions de Mme de Bouttemont, rapporteure publique,
- les observations de Me Bonnemye, représentant M. A, et les observations de Me Bellanger, représentant la société Orange SA.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, recruté en 1984 en qualité de fonctionnaire au service des postes et télécommunications et de la télédiffusion (PTT), devenu société France Telecom et, désormais, Société Orange SA, a été détaché au sein de la filiale " Transpac " à compter du 1er juin 2003, puis placé, à la suite de la fusion entre cette filiale et la société France Télécom le 1er janvier 2006, en position de détachement interne au sein de la société France Télécom, en qualité de salarié. Il soutient avoir été réintégré dans le corps des fonctionnaires de France Télécom à compter du 1er juillet 2009, date à laquelle il a été placé en disponibilité pour convenances personnelles, puis réintégré au sein des effectifs de France Télécom au poste de chef technicien en télécommunication à compter du 1er janvier 2013. Après avoir été placé en congés de longue maladie à compter du 14 janvier 2014, puis en congés de longue durée à compter du 17 janvier 2015, et en position de disponibilité d'office pour maladie à compter du 17 janvier 2019, il a été mis à la retraite d'office pour invalidité à compter du 1er mars 2020. A la suite du rejet implicite de sa réclamation préalable reçue le 6 mai 2020, il demande au tribunal de condamner la société Orange SA, anciennement France Télécom, à lui verser un montant total de 38 679,20 euros, au titre de l'indemnité de compensation financière qu'il estime lui être due pour la période comprise entre le 1er mars 2017 et le 1er mars 2020, de l'indemnisation du préjudice résultant de l'erreur commise selon lui sur son indice lors de sa réintégration, et de l'indemnité de six mois de congés pénibilité qu'il n'a pas été en mesure de prendre avant son départ à la retraite. Il demande également au tribunal d'assortir ces sommes des intérêts au taux légal et de leur capitalisation et de mettre à la charge de la société Orange SA la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions indemnitaires :
S'agissant des conclusions tendant au versement de la somme de 16 452 euros correspondant à la compensation salariale mensuelle non versée entre le 1er mars 2017 et le 1er mars 2020 :
2. Aux termes de l'article 45 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, alors en vigueur : " le détachement est la position du fonctionnaire placé hors de son corps d'origine mais continuant à bénéficier, dans ce corps, de ses droits à l'avancement et à la retraite. / () / Le fonctionnaire détaché est soumis aux règles régissant la fonction qu'il exerce par l'effet de son détachement () / Il est tenu compte, lors de sa réintégration, du grade et de l'échelon qu'il a atteint ou auxquels il peut prétendre à la suite de la réussite à un concours ou à un examen professionnel ou de l'inscription sur un tableau d'avancement au titre de la promotion au choix dans le corps ou cadre d'emplois de détachement sous réserve qu'ils lui soient plus favorables. ". L'article 29 de la loi du 2 juillet 1990 relative à l'organisation du service public de La Poste et à France Télécom dispose que : " () / les fonctionnaires de La Poste et de France Télécom peuvent être sur leur demande, mis à disposition, détachés ou placés hors cadre, en vue d'assurer des fonctions propres aux entreprises et à leurs filiales, selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat / () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'un agent public placé en position de détachement demeure soumis aux règles régissant la fonction exercée par l'effet du détachement.
3. Il résulte de l'instruction qu'une compensation financière mensuelle de 457 euros s'ajoutant au salaire fixe a été prévue par un avenant du 25 avril 2007 au contrat de travail de M. A, alors que l'intéressé était détaché, sous le statut de salarié, au sein de la société Transpac puis, à la suite de la fusion opérée entre les deux sociétés le 1er janvier 2006, de la société France Télécom. Cette compensation, résultant de l'accord de substitution signé le 26 mars 2007, avait pour objet de maintenir le niveau de régime indemnitaire qui était plus favorable pour les salariés de Transpac en application d'un accord salarial tenant compte des contraintes de leur activité. Or, il résulte de l'instruction que M. A a demandé qu'il soit mis fin à son détachement à compter du 1er juillet 2009 et a été réintégré à cette même date dans son statut de fonctionnaire au sein de la société France Télécom. Il ne peut, dès lors, utilement se prévaloir des stipulations du contrat de travail qui régissait les conditions d'exécution des fonctions qu'il exerçait durant son détachement, à l'égard de l'administration au sein de laquelle il a été réintégré en qualité de fonctionnaire. En outre, aucune disposition législative ou règlementaire ni aucun principe général du droit ne prévoit que le fonctionnaire, réintégré à sa demande après un détachement, dispose d'un droit au maintien d'une rémunération équivalente au salaire ou au bénéfice de primes dont il jouissait durant son détachement. Dans ces conditions, M. A n'établit pas l'existence de la créance dont il se prévaut à l'égard de la société Orange SA. Dès lors, ses conclusions tendant au versement de la somme de 16 452 euros au titre des rappels de salaire sur la compensation mensuelle non versée pour la période non prescrite du 1er mars 2017 au 1er mars 2020, outre 1 645 euros au titre des congés payés afférents, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la société Orange SA.
S'agissant des conclusions tendant au versement de la somme de 1 000 euros à titre de dommages et intérêts pour " non-conformité au grade " :
4. Le requérant soutient que l'indice 683 auquel il a été réintégré dans les effectifs de la société Orange SA au grade de Chef technicien, ne correspondait pas à son niveau de salaire perçu sous couvert de son contrat avec la société Transpac, tel qu'il convient de le recalculer en prenant en compte la compensation salariale mensuelle de 457 euros mentionnée au point 3. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point 3 que M. A n'avait pas de droit acquis au maintien de la compensation salariale dont il a bénéficié dans le cadre de son détachement, lors de sa réintégration en qualité de fonctionnaire. Par suite, M. A n'apporte aucun élément permettant d'établir que l'administration aurait procédé à un reclassement indiciaire erroné. Il suit de là, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir et l'exception de prescription quinquennale de la créance opposées par la société orange SA, que les conclusions susvisées doivent être rejetées.
S'agissant des conclusions tendant au paiement des congés non pris :
5. M. A demande en dernier lieu au tribunal de condamner la société Orange SA à lui verser une somme de 17 802 euros correspondant au paiement des 6 mois de congés qui lui ont été accordés au titre de la pénibilité et qu'il n'a pas pu prendre avant son départ à la retraite le 1er mars 2020, ainsi qu'une somme de 1 780,20 euros au titre des congés payés afférents.
6. Il résulte de l'instruction, notamment du courrier du 31 mai 2018 adressé à M. A par le directeur des ressources humaines de la société Orange SA, que le requérant a bénéficié d'un abondement de six mois de son compte épargne temps, en application du protocole d'accord de fin de grève signé le 22 juillet 2011 au profit des salariés ayant acquis une ancienneté de quinze ans ou plus dans un poste, dit " 24/7 ". Il ressort toutefois des termes de cet accord, rappelés au requérant dans le courrier susmentionné du 31 mai 2018, que ces congés sont " non monétisables " et " doivent être pris avant le départ en retraite ". Dans ces conditions, compte tenu du cadre dans lequel s'est inscrit cet abondement de six mois dans le CET et des termes du protocole en ayant résulté, et nonobstant la circonstance qu'il était placé en congés de longue maladie, puis de longue durée, puis en disponibilité d'office pour maladie, à compter du 17 janvier 2014 et jusqu'à sa mise en retraite, le 1er mars 2020, M. A n'établit pas l'existence de la créance dont il se prévaut auprès de l'administration. En outre, à supposer que le requérant, en soutenant que l'administration n'a pas fait apparaître les jours de congés en question sur son CET de sorte qu'il n'a pas été mis en mesure de les prendre, ait entendu se prévaloir d'une faute de l'administration, aucune pièce du dossier n'est toutefois de nature à établir que la société Orange SA aurait mis l'intéressé dans l'impossibilité d'utiliser ses jours de congés. Il s'ensuit que les conclusions susvisées doivent être rejetées.
7. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions indemnitaires présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Orange SA, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés dans l'instance.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de
M. A la somme demandée par la société Orange SA en application de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la Société Orange sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la société Orange SA.
Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,
Mme Van Maele, première conseillère,
Mme Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.
La rapporteure,
S. Van Maele
La présidente,
N. Ribeiro-Mengoli La greffière,
P. Demol
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026